À propos de l’entretien avec M. Jean-Marc Moskowicz, président de l’association Europe-Israël.

   

   

    M’étant engagé auprès de Raphaël pour filmer l’entretien que Jean-Marc Moskowicz avait réclamé1, et n’étant pas spécialiste des “questions israélo-palestiniennes”, j’avais préparé ce rendez-vous en lisant les articles des différents protagonistes de cette “affaire Oberlin2 ainsi que le petit opuscule d’Eric Hazan et d’Eyal Sivan intitulé : Un État commun3. J’eus donc, en toute naïveté, aimé échanger quelques propos, en complément des questions de Raphaël, que les intimidations et l’agressivité générale à l’encontre des quelques volontaires qui s’étaient déplacés pour réaliser cet entretien m’auront empêché de tenir. Je poursuivrais donc ici de manière épistolaire.

Commençons tout d’abord par quelques précisions sur « l’affaire Oberlin ». Dans l’interview que ce dernier a accordée au Cercle des volontaires, il indique que les questions qu’il propose à l’examen de droit humanitaire sont des cas réels et que le cas qui suscite polémique, est tiré d’un rapport d’Amnesty International dont voici le passage :

« Dans la nuit du 6 janvier, 22 membres de la famille Al Daya, des femmes et des enfants pour la plupart, ont trouvé la mort lorsqu’un avion israélien F-16 a largué une bombe sur leur maison dans le quartier de Zaytoun, à Gaza4. »

S’appuyant sur les connaissances de droit humanitaire supposément acquises au cours de l’année, les étudiants devaient qualifier, au sens juridique, les cas qu’ils auraient médicalement eu à traiter s’ils avaient été en exercice en répondant à ces questions. Et, répétons-le, en argumentant et non en répondant à un QCM. On comprendra que les « bonnes réponses » pouvaient être diverses, et fonction des arguments avancés, comme en témoigne une étudiante du cours de médecine humanitaire de Paris 75 . Répétons aussi que l’examen présentait trois autres questions n’ayant aucun rapport avec le conflit israélo-palestinien.

À mon sens, on ne peut nier la véracité du cas présenté à moins de remettre en cause la légitimité du rapport d’Amnesty International, ce qui n’a pas été fait me semble-t-il par les détracteurs de M. Oberlin6. D’autre part, si l’on est en droit de considérer les opinions politiques de M. Oberlin, exposées publiquement par ailleurs7, comme étant contestables, il est difficile de déceler dans ces questions d’examens de droit humanitaire les opinions politiques de son auteur.

Mais ne rajoutons pas de la polémique à la polémique, si M. Moskowicz a envie de discuter avec M. Oberlin, qu’il en fasse directement la demande au principal intéressé. Je poursuivrais en m’intéressant aux quelques réflexions qui me sont venues en préparant ce rendez-vous.

On est toujours étonné d’apprendre, ou de réapprendre, en se penchant sur ces questions, qu’il existe une différence de citoyenneté entre ceux qui possèdent la nationalité israélienne et ceux qui possèdent l’appartenance nationale juive.

« Les non juifs peuvent avoir la nationalité israélienne mais ils n’ont pas l’appartenance nationale juive. La différence entre les deux est portée sur les documents officiels : l’appartenance nationale des non juifs peut être arabe, druze, ou « autre ». Inversement, les juifs de la diaspora, eux, ne sont pas citoyens d’Israël mais ils ont l’appartenance nationale : ce sont des citoyens « potentiels » qui peuvent devenir citoyens tout court s’ils en font la demande8. »

Constatons que pour un lecteur français cette définition de la citoyenneté échappe à sa propre définition. Si donc l’association Europe-Israël entend promouvoir les valeurs communes entre Europe et Israël, il aurait été utile d’expliquer plus avant aux internautes intéressés ce que représente ces diverses définitions de citoyenneté.

Et ce d’autant plus, qu’en cherchant sur le site d’Europe-Israël des articles explicitant les raisons de la manifestation de ce dimanche 24 juin devant l’UNESCO, je suis tombé sur un autre article, plus ancien, et déjà à charge contre l’UNESCO, où il est curieusement fait mention, à plusieurs reprises, d’un peuple européen. Ce qui devrait surprendre une grande majorité de lecteurs plutôt habitués à entendre parler de civilisation européenne ou de peuples européens et non d’un peuple européen.

Plus fondamentalement, – et c’est la thèse du livre de MM. Hazan et Sivan – devant l’échec répété d’une partition de la Palestine9, envisager un partage au sein d’un État bi-national, ou unique ou commun, ne serait-il pas la solution la plus réaliste ?

C’est une solution qui est d’ailleurs de plus en plus débattue, au moins à un niveau intellectuel lors de conférences10, aux États-Unis et au Royaume-Uni11, en Israël12, alors qu’en France, le débat sur cette question semble absent.

Au vu de l’hétérogénéité ou mosaïque de peuplement du Jourdain à la mer Méditerranée, on peut légitimement se demander si ce sont les peuples qui doivent d’abord s’adapter à un projet ou si c’est un projet qui doit s’adapter à la réalité des populations qui y vivent. C’est une solution qui peut difficilement être taxée d’antisionisme et encore moins d’antisémitisme parce qu’elle reconnaît les droits collectifs du peuple juif entre Jourdain et Méditerranée, mais, elle ne se fonderait plus sur une partition de la Palestine13, mais sur son partage.

Rien n’étant figé, et, au vu des évolutions démographiques dans la région, il est fort probable que l’idée d’un État unique, mieux à même de préserver les droits collectifs des minorités, gagne peu à peu des partisans. On pourrait rajouter que les récentes découvertes de champs pétrolifères et gaziers14 font passer l’État d’Israël d’importateur à exportateur de ressources pétrolières, ce qui ne manquera pas de réorienter les intérêts géopolitiques d’Israël. Peut-être verrons-nous un jour Israël adhérer à l’OPEP…

Si les liens avec « la culture occidentale » restent indéfectibles pour ces populations juives qui migrèrent vers la Palestine ottomane puis vers la Palestine sous mandat britannique et enfin vers Israël, la contrepartie d’une association Europe-Israël, mais cette fois tournée vers les pays du Moyen-Orient, apparaît tout autant indispensable.

L’opinion de l’auteur n’engage que lui-même et ne coïncide pas nécessairement avec la position de la rédaction qui se refuse à publier la vidéo réalisée étant donné les circonstances inappropriées dans lesquelles s’est déroulé cet entretien.

1Commentaire du 21 juin à 12h33.

2Voir liste anti Oberlin à la fin de l’article.

3E. Hazan et E. Sivan, Un État commun, entre le Jourdain et la mer, La Fabrique, Paris, 2011.

4Dernier paragraphe du chapitre « homicides illégaux ».

5Commentaire du 18 juin 2012 à 11h38.

6Voir liste anti Oberlin à la fin de l’article.

7C. Oberlin, Chroniques de Gaza 2001-2011, Demi Lune, Paris, 2011.

8E. Hazan et E. Sivan, Un État commun, entre le Jourdain et la mer, La Fabrique, Paris, 2011, pp. 27-28.

9Dénomination faisant référence à la « Palestine sous mandat britannique » en vigeur avant la création d’Israël en 1948.

10The one state declaration (2007) ;  One State for Palestine/Israel, Boston, 2009 ; Haifa, 2010 ; One democratic state, Dallas, 2010, Tel-Aviv, 2011, Harvard, 2012 …

13Dénomination faisant référence à la « Palestine sous mandat britannique » en vigeur avant la création d’Israël en 1948.

14Rendant caduque la vieille blague de Golda Meir.


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