Choc des civilisations et usure financière (6ème partie) : Venise et l’Orient

Au Levant et en Asie

Grâce à la coopération des Califes et Sultans Fatimides, Ayyoubides, puis Mamelouks, Venise se trouve être l’interlocutrice privilégiée des musulmans (avant, pendant, et après les croisades). Elle leur vendait bois, esclaves, laine contre des épices et de la soie.

Ainsi, pour s’assurer leur sympathie, Venise aimait couvrir les princes et les souverains orientaux de cadeaux somptueux et s’assurait qu’il y ait aussi des  relations diplomatiques directes opérées par le biais de consuls ou bailo parfaitement bilingues.

bailo de constantinople


rencontre entre ambassadeur vénitien et sultan mamelouk

Ces derniers étaient les ambassadeurs vénitiens dans les différents ports de méditerranée et même jusque dans les cours de Perse, d’Égypte, et de Syrie. Ces hommes faisaient partis des grandes familles vénitiennes et avaient les pleins pouvoirs pour représenter Venise. Ils pouvaient signer des traités de commerce, négocier des traité de paix.

Mais surtout, ils servaient d’agents de renseignements et produisaient une quantité importante de rapports sur : les caractéristiques de la région, son histoire, sa géographie, les sentiments du souverain envers Venise, les ressources, l’armée, le commerce l’industrie, etc….

Toutes ces informations étaient alors étudiées à Venise, puis soumises au sénat qui orientait ses décisions en conséquence. Ce système de renseignement inventé pour l’orient fût bientôt repris pour l’occident. Il est important de noter que le monopole du commerce méditerranéen reposait sur les échanges avec l’Orient. Et que Venise trouvait un plus grand intérêt à être présente dans les cours orientales qu’occidentale ce qui explique qu’elle reléguait ce rôle au florentins et aux  Lombards pour l’Europe.

Ainsi, d’après le registre d’un notaire vénitien à Alexandrie, Giovanni Campione (à Alexandrie entre 1361 et 1363),  la population  majoritaire dans le quartier commercial, à quasiment toujours été composée de Vénitiens,et, comme on peut le voir dans Othello: le maure de Venise de Shakespeare, à  Alexandrie comme dans le reste de l’Empire, les relations entre vénitiens et orientaux allaient même jusqu’au marriage.

bande annonce de Othello de Oliver Parker avec lawrence Fishburn dans le Rôle de Othello :

Extrait du marchand de Venise où un prince Marocain cherche à se marier avec une riche héritière Vénitienne.

Des liens très forts liaient donc l’Orient à Venise, mais les relations vénitiennes avec le monde arabe ne s’arrêtaient pas là.

Othello et Desdemone à Venise

En effet, l’architecture, les objets d’arts étaient pour les vénitiens un moyen de montrer leur raffinement et leur supériorité sur les autres européens : Le palais des doges fut grandement inspiré par des motifs musulmans ainsi que le Campanile qui est inspiré du Phare d’Alexandrie.

Enfin, les vénitiens, pour assurer leurs relations commerciales et diplomatiques, se trouvaient de fait les seuls « chrétiens » à s’aventurer dans le monde Arabe et Mongol, comme en atteste les voyages de Marco Polo et sa famille chez le  Kubilaï Kahn à Beijing.

En plein âge sombre, Marco Polo, envoyé par le pape pour représenter les chrétiens devant le Khan, traverse toute l’Asie jusqu’à Beijing, où il rencontre le grand Kubilaï Kahn.  D’après les écrits de Marco Polo, le Kahn se prend d’affinité pour le vénitien au point qu’il lui  confie la responsabilité de l’inspection des finances dans une bonne partie de l’Empire. Puis, quelques années plus tard,  il devient même l’ambassadeur du Khan en Inde. En définitive, Marco Polo termina même  sa carrière en tant que gouverneur de la région du Yang Tchou sur le delta du fleuve bleu avant de repartir pour Venise où il siégera au Conseil des Dix.

En dépit de son ouverture sur le monde, le système vénitien n’est pas mu par une volonté de contribuer au bien commun mais bien au contraire par une volonté de domination. Cette domination s’exprime dans le contrôle monopolistique des échanges que lui confèrent ses relations internationales. Ainsi, nous verrons dans une prochaine partie, comment Venise impose ses lois sur l’économie du moyen age et comment les guerres, notamment les croisades lui permettent d’accroitre ses monopoles.

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