La crise de 2008 pour les nuls

Comme chacun le sait, l’économie mondiale a été touchée de plein fouet par la crise des subprimes (emprunts immobiliers américains dont le taux d’intérêt est flottant). En effet, cette crise financière a provoqué la chute de la banque Lemhans Brothers, qui était parait-il « trop grosse pour faire faillite » (too big to fail). La fermeture de cette banque, grande rivale de Goldman Sachs, a pourtant été bien réelle et a créé un véritable chaos dans l’industrie financière américaine et européenne. Pour mieux appréhender la crise des dettes souveraines en Europe aujourd’hui, il est important de connaître ce qui a généré la bulle immobilière américaine avant qu’elle ne crève de façon spectaculaire en 2008.

La crise de 2008 a commencé sous l’ère de la présidence de Ronald Reagan au début des années 80.  Deux  décisions politiques majeures dans sa politique économique auront un impact titanesque sur les crises qui se succéderont à partir de la fin des années 80 :

Milton Friedman

D’une part,  le 40ème président américain est le premier à avoir libéralisé l’économie des États-Unis en suivant les conseils de Milton Friedman, économiste ultra-libéral qui reçut un prix Nobel en 1976. Cette libéralisation a notamment abolit le principe de séparation des activités de banque traditionnelle et celles nommées pudiquement « banques d’affaires ».  En outre, pour permettre aux financiers américains de s’en donner à cœur joie, on déréglementa tambour battant leurs activités. En effet, le modèle monétariste promu par le bienfaiteur de l’humanité qu’était Milton Friedman nécessitait selon ses dires, une libéralisation totale des activités financières des contraintes et limites instaurées par les États.

Du fait de ces déréglementations et du regroupement des activités bancaires, les activités de spéculation prirent un poids de plus en plus important sur l’économie réelle, générant des crises à répétition, dont les conséquences se révélèrent de plus en plus désastreuses. Il est important de faire remarquer que pendant les quarante années de forte croissance ayant suivi la Grande Dépression, le monde de la finance n’a causé aucune crise. Celui-ci était en effet très règlementé par les États, car contraint par la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’affaires.

Une fois  Ronald Reagan au pouvoir, les banques de dépôt ont donc commencé à jouer en bourse avec l’épargne de leurs clients. Leur chiffre d’affaire a alors augmenté de façon exponentielle. Exploitant le filon de la déréglementation, des sociétés de crédits prêtes à accorder des emprunts risqués à des ménages peu solvables se sont montées. Mais surtout, nous avons assisté à une connivence, pour ne pas dire une convergence, d’intérêts extrêmement importante entre hommes politiques et le monde financier.

De plus, en vertu de sa politique du « tous les américains seront propriétaires »,  Ronald Reagan a conclu des accords avec la Chine : les accords du nouveau Bretton Woods. Ces accords, méconnus des français, permettaient à la Chine d’ancrer sa devise (le Yuan) sur le Dollar lui autorisant ainsi de conserver une monnaie dévaluée qui lui permettrait de doper ses exportations. En échange, la Chine achetait en masse des bons du Trésor américain, permettant aux États-Unis d’avoir un créancier fidèle. Ceci a permis de conserver un taux d’intérêt extrêmement bas, permettant à la population américaine de souscrire des crédits à de très faibles taux.

Alan Greenspan

Afin d’illustrer la grande fiesta monétaire qui se déroula sur le dos du contribuable américain durant les années 80, notons que c’est sous la présidence de Reagan que fut promu à la tête de la Réserve Fédérale le dénommé Alan Greenspan, membre assidu du groupe Bilderberg et grand adorateur de feu Milton Friedman (lui aussi faisant partie du groupe Bilderberg).

Pour la petite anecdote, deux ans avant d’être catapulté à la Présidence de la Réserve Fédérale, Alan s’est vu loué 40 000 dollars sa très grande autorité en matière d’économie, par Charles Keating (un effarouché de la pornographie mais un amoureux du profit), afin de produire deux lettres assurant de la salubrité de la Caisse d’épargne Lincoln, fond de retraite que ce dernier avait créé. Malheureusement pour Alan Greenspan, l’épargne de toute une vie de labeur des clients de Keating s’évaporèrent dans le remboursement d’actifs pourris sur lequel notre chantre de la morale et la vertu, avait spéculé copieusement, avant de finalement faire faillite.

Si Keating fut arrêté et jeté en prison, Greenspan ne fut jamais inquiété. Mieux, il prit la tête de la Réserve Fédérale pendant plus de 15 ans. Après le Krach du 19 Octobre 1987, Alan Greenspan a manqué plusieurs fois à son devoir  de régulation du marché financier. Il a en effet mené, sous l’influence de son gourou Milton Friedman, une politique monétaire beaucoup trop laxiste. Durant cette période, le pouvoir de Wall Street ne cessera d’augmenter, car les lobbies de la finance engageront des millions de dollars dans les campagnes électorales des sénateurs aussi bien Démocrates que Républicains.

Cette financiarisation de l’économie conduite sous la Présidence de Ronald Reagan, va faire gonfler une bulle immobilière aux États-Unis durant plusieurs années, qui perdurera bien après la fin du mandat de celui-ci.

Au début des années 2000, apparaissent les « Collateralized Debt Obligation » (C.D.O). Ce sont des emprunts immobiliers contractés par des ménages (généralement incapables de les rembourser), que l’on regroupe et que l’on revend à de riches investisseurs, dans un portefeuille d’actifs un peu plus liquides, afin de les appâter.

C’est ce qu’on appelle la titrisation.

Les ingénieux banksters ne s’arrêtèrent pas là. Ils inventèrent les « Credits Default Swap » (C.D.S). Ce produit pourri est une sorte d’assurance qui est censé garantir les défauts de remboursements de certains crédits. Ce titre d’assurance très particulier permis ainsi aux banques d’éviter d’augmenter leurs fonds propres pour accorder de nouveaux crédits (C.D.O), puisque les C.D.S garantissaient leurs créances qui subiraient inévitablement un défaut des ménages endettés. Il faut savoir que certaines banques dont la trop fameuse Goldman Sachs, spéculaient contre les C.D.O en même temps qu’elles les vendaient à leurs clients. Il faut noter qu’elles étaient doublement protégées en cas de défaut de ces produits pourris par le biais d’assurances financières (AIG). Si ces C.D.O faisaient faillite, alors AIG s’engageait à rembourser les banques dans leur intégralité. Entre 2001 et 2006, le nombre d’emprunts subprimes fut ainsi multiplié par quatre. Ceci créa donc plus en plus de dettes.

Durant son second mandat, George Walter Bush fit pression sur la Chine pour obtenir la réévaluation du Yuan. La Chine accepta mais cessa d’acheter des bons du trésor américain. Cela eut pour conséquence de faire remonter les taux d’intérêts sur les crédits Subprimes. Cette hausse des taux provoqua ainsi le défaut de paiement de nombreux américains sur leur crédit, tandis que de nombreuses compagnies américaines incapables d’honorer leurs engagements firent faillite. Le gouvernement américain décida alors de faire un exemple, et d’appliquer les règles du marché en laissant couler la banque Lehmans Brothers. Goldman Sachs était débarrassée de son principal concurrent.

Conclusion :

Certes, cette crise à débuté à cause de décisions politiques désastreuses, mais ce sont bien les produits toxiques que l’industrie financière a généré qui permirent à cette crise d’envahir le vieux continent. En effet, le système bancaire étant interconnecté au niveau mondial, de nombreuses banques européennes ont perdu des centaines de milliards d’euros avec la chute de Lehman Brothers.  Il fallu alors les sauver, sous peine de voir s’engager une grave crise de liquidité en Europe et de provoquer des troubles sociaux.

Une chose est sure néanmoins. Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, la collusion du monde financier et du monde politique a clairement empêché la prise de bonnes décisions.

Le monde de la finance apporta la paille, le monde politique fit craquer l’allumette.

Pour aller plus loin :

•    Inside Job

•    Goldman Sachs-La banque qui dirige le monde

•    L’argent dette

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A propos de l'auteur :

Citoyen engagé, je m’intéresse particulièrement à l'économie et la géopolitique. Je suis convaincu qu'en se passant le mot nous finirons par réveiller les français qui hibernent depuis trop longtemps et à reprendre la main sur nos institutions. Parce que nous ne pouvons pas laisser une partie de l'humanité sur le bord de la route, parce qu'un citoyen informé en vaut dix, parce qu'unis nous sommes une force inarrêtable, plus que jamais la ré-information est un devoir.

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4 commentaires

  1. plethon1 dit :

    c’est Walker Bush je crois. le reste est bien. J’aurais écris sur le sujet mais j’en ai un peu marre de me répéter et de voir que les gens ne comprennent toujours pas après 4 ans de crise.

  2. michal dit :

    Intéressant dans l’ensemble même si tu focus trop sur les responsabilités républicaines.
    Il ne faut pas néanmoins oublier que c’est Clinton qui a mis fin au Glass Steagle Act (Il n’était plus respecté quoiqu’il en soit)
    Nous avons encore manqué le coche pour mettre à genou la finance, comme on le voit bien dans le docu d’Arte.
    En bref, souvenons-nous du perspicace Thomas Jefferson qui disait ‘Celui qui contrôle l’argent de la nation contrôle la nation’

  3. Lisandro Dias dit :

    J’ai encore appris pas mal de chose ! Merci pour cet excellent article 😉

  4. Très bon article, j´aime particulièrement l´image qui résume parfaitement la situation. Je me suis permis de la reprendre sur mon blog. Continuons à informer et à se battre pour un monde plus libre et plus juste!
    http://die-bruecke.eklablog.net/la-crise-pour-le-nuls-a57378347

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