L’Euro va t-il survivre?

Au début du mois d’Aout, le directeur de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, a annoncé qu’il fera « tout ce qu’il faut pour sauver l’Euro ». En effet, début septembre, la BCE a annoncé qu’elle s’apprêtait à racheter des obligations à court terme sur le marché secondaire pour tous les pays de la zone euro qui se déclareraient en fragilité Économique. Ce Quantitive easing ou OMT de la BCE a été suivi par la celui de la Federal Bank et de la Banque Centrale Japonaise. Dans un futur proche, l’Économie mondiale devrait être inondée de liquidité, soulageant ainsi la crise de la dette, du moins pour un moment.

Saint Draghi, priez pour nous(et pour notre flouse)

Nous allons nous demander si l’Euro peut survivre sous sa forme actuelle. Dans un premier temps nous allons faire un état des lieux de la Zone Euro puis, dans un second temps nous emmétrons trois conjectures sur l’avenir de l’Euro.

Pour comprendre la crise que rencontre la Zone Euro, il est important de faire remarquer que cette zone monétaire subit des chocs asymétriques. En effet, les pays périphériques –comme la Grèce ou l’Espagne –  ont été gravement touchés par la crise de la dette.

On observe une hétérogénéité des Économies européennes. En regardant uniquement la balance commerciale, on observe deux types d’Économies :

  • Les pays du Sud, comme la Grèce ou l’Espagne, ayant un déficit commercial important
  • Les pays du Nord, comme l’Allemagne ou la Finlande ayant un excédent commercial.

Ainsi, on en déduit que l’Allemagne et la Grèce n’ont pas les mêmes attentes envers l’Euro. L’une cherche à limiter à tout prix l’inflation de façon à conserver une monnaie forte pour conserver des avantages lors de ses importation et un de meilleurs bénéfices pour ses exportations hors prix, tandis que l’autre a besoin que l’Euro soit dévalué de façon à doper ses exportations.

De plus, cette hétérogénéité s’observe également au niveau de la langue. Cette différence de langue empêche la migration des facteurs de production. En effet, en cas de crise du secteur automobile en France, la très grande majorité des travailleurs français ne vont pas aller travailler en Allemagne. Donc le chômage de la zone euro ne peut pas s’équilibrer.

Par conséquent, l’Euro ne peut survivre à condition que les pays du nord (c’est à dire l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas) acceptent de payer les dettes des pays en difficultés comme la Grèce. Cependant, ces pays créanciers exigent que les pays en difficulté fassent des réformes d’austérité et de rigueur très lourdes pour les populations des pays du Sud Mais ces réformes sont jugées inacceptables par ces populations.

D’après le dernier sondage en date (mai 2012), les allemands sont opposés à 60% au maintient de la Grèce dans la Zone Euro et contre le Mécanisme européen de stabilité (MES) à 79%. Il y a quelques semaines, la cour constitutionnelle allemande vient de ratifier ce MES sous deux conditions :

La première condition est que l’engagement de l’Allemagne dans le fonds de sauvetage permanent de l’Union européenne soit limité à 190 milliards d’euros, comme prévu par le traité. Tout augmentation de ce montant doit être approuvé au préalable par le Bundestag, une des chambres du Parlement.

La seconde condition est que les deux chambres du Parlement soient consultées sur les opérations et décisions du MES, alors que le traité prévoyait une confidentialité relative aux décisions du mécanisme.

Cependant, la Banque centrale Européenne a annoncé au début du mois de septembre qu’elle allait monétiser la dette européenne sur le marché secondaire. Ceci signifie qu’elle va déroger à son devoir de contrôle de l’inflation et d’interdiction de monétisation de la dette Européenne.

Cette nouvelle action de la BCE peut pousser les pays exportateur de l’Euro à envisager d’en sortir. En prenant en compte l’opinion des allemands sur l’Euro et sur la Grèce, on peut très bien imaginer que le gouvernement allemand décide de sortir de l’Euro. Cependant, selon une étude de Natixis[i], les pays du nord de la Zone Euro ont accumulé trop d’actifs extérieurs par rapport aux autres pays débiteurs de la Zone Euro, et l’appréciation de leur devise les ruinerait par les pertes de changes qu’elle ferait apparaître sur ses actifs. En cas de sortie de l’Allemagne de la zone euro, l’Économie allemande sera touché par la future réévaluation de leur monnaie par rapport aux dettes grecques.

Cette sortie de l’Allemagne de la Zone Euro pourrait entrainer l’éclatement de celle ci.

Le second scénario imaginable est que la Grèce décide de sortir de la Zone Euro. Actuellement, la Grèce ne peut plus se financer au près des marchés financiers à cause des taux d’intérêts qui sont trop élevés, ni au près de sa propre banque à cause de la Zone Euro et du traité de Maastricht.

Elle est donc sous tutelle de la Troïka. Celle-ci lui demande voir lui ordonne de réduire son déficit budgétaire en réformant son économie. Elle doit donc mettre en place des mesures d’austérités et de privatisation. Pour rembourser sa dette, la Grèce aura besoin de faire une levée d’impôt, ce qui est impossible car de moins en moins de personnes en Grèce paient leurs impôts. Le seul avantage de la Grèce à rester dans la Zone Euro est l’aide qu’elle reçoit de la Troïka (BCE, FMI et commission européenne).

Mais, fin septembre, la Troïka a annoncé qu’elle suspendait temporairement ses aides à l’économie grecque à cause de « retard très important dans le processus de privatisation de la Grèce ».

On peut donc imaginer que dans peu de temps, si la Troïka ne recommence pas à aider la Grèce, celle ci décide de sortir de la Zone Euro.

Dès lors, la sortie de la Grèce va soit engendrer une fuite en avant des autres pays en difficulté –c’est à dire l’Espagne, l’Italie, le Portugal–  provoquant ainsi la chute de l’Euro, soit permettre l’émergence d’une Europe politique, à condition que la Zone Euro arrive à assainir toutes ses économies en difficulté en utilisant le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), ce qui est peu probable au vu des perspectives de croissance actuelle. De plus, les directives actuelles mettant directement en danger la souveraineté des états et plongent toutes les économies du Sud dans une austérité généralisée. Le problème de la fédéralisation de l’euro zone, c’est qu’il impossible d’homogénéiser toutes les économies européenne et donc il sera nécessaire pour cette option de mettre sous tutelle les pays jugés défaillants par les pays créditeurs de la zone euro.

La troisième solution, proposée par Hans-Olaf Henkel[ii], est que toute l’autorité européenne –BCE, commission européenne, conseil européen, parlement européen et membre de l’EUROGROUPE– décide de scinder l’Euro en deux. C’est à dire créer un Euro du Nord, fort, pour  les pays ayant un excédent commercial et un Euro du sud, faible, pour les pays ayant un déficit commercial.

Pour conclure, selon la théorie des zones monétaires optimales de Robert Mundell, l’Euro sous cette forme ne pourra survivre qu’à condition que les Économies de la Zone Euro s’homogénéisent et qu’en même temps, l’autorité européenne décide de créer une Europe politique fédérale, ce qui est peu probable car cela pose directement un problème économique, démocratique et social.

Il y a donc deux futurs pour l’Euro : soit la scission en 2 monnaie –Euro du Nord et Euro du Sud– soit l’éclatement de la zone euro.

 


[i] http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=65691

[ii] http://www.swissinfo.ch/fre/economie/Mieux_vaut_deux_euros_que_pas_d_euro_du_tout.html?cid=32597192

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3 commentaires

  1. Frédéric dit :

    Bonjour au CDV,

    Est-ce que vous avez envisagé interviewer Jacques Sapir?

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