Gagnent-ils vraiment trop d’argent?

 

La dernière prestation de l’équipe de France contre l’Espagne a largement de quoi rassurer ceux qui doutaient des compétences de Didier Deschamps. Mais ce n’est pas encore ça sur le plan technique et stratégique, on sent que le sélectionneur va devoir ossaturer d’avantage son équipe pour rendre son jeu plus compact et offensif. Enfin, c’est plus facile à dire qu’à faire… Par contre, niveau côte de popularité, on est aux antipodes de l’idolâtrie qui a suivi la victoire en 1998. C’est même à vrai dire le contraire… Explications.

D’abord, levons un malentendu. Lors d’un transfert normal, faramineux par exemple, la somme entière ne va pas au joueur ou au club le cédant.  X pour cent vont au joueur, X autre à l’agent du joueur, la grosse partie au club vendeur, et le restant au club formateur (ce qui, en soi, n’est pas illogique). La répartition des pourcentages n’est jamais fixe, puisque un tas d’éléments est à prendre en compte : la négociation du contrat, le statut du joueur ou du club. Toutefois, il faut savoir qu’un transfert ne peut être validé qu’après examen médical. Maintenant, il peut arriver aussi que le joueur soit en fin de contrat avec son club, et étant « libre » il peut répondre favorablement à une demande d’un autre club (mais dans ce cas de figure, le joueur a perdu beaucoup de valeur).  Dans le cas de joueurs mis à pied, ou littéralement virés, parce que leurs frasques excédaient les dirigeants du club, la valeur est assurément moindre. Avec le temps, toutefois, les joueurs ont acquis plus de pouvoir décisionnel, souvent à cause des modalités temporelles de contrat .

Ajoutons que si le Real Madrid a déboursé 94 millions d’Euros pour un Christiano Ronaldo parfois tête à claque, 77 millions pour un Zidane au sommet de son art (coût d’un petit Airbus), ou 65 millions pour un Figo dribblant les défenses comme un chien fou, quitte à s’endetter atrocement et à faire en sorte que le roi se porte garant, c’est parce qu’il renflouera largement la caisse.  Voici trois moyens de financement permettent à un club de s’en sortir économiquement parlant : les revenus direct (TV sport, sponsors, pub), la billetterie, et la vente de maillots. Ainsi le Real Madrid aura innové en étant à l’origine du phénomène Beckham, lui-même, l’un des pionniers du metrosexual fashion style. Lorsqu’il était au sommet de sa gloire (le rendement n’était pas toujours là, mais bon) il gagnait environ dix-huit millions d’euros par an rien qu’en revenu publicitaire, dont une partie revenant au club bien entendu.

Mais d’où est venue cette primauté du fric sur la beauté du geste ?

Au temps de mes grands-parents reimois, les footballeurs travaillaient parallèlement à leurs activités sportives. Fontaine, Jacquet ont tous deux travaillé dans des usines. Koppa, avant de contracter au Real Madrid, était mineur la semaine, et enflammait les foules du Stade de Reims le week-end. Jean-Michel Larqué, qu’on ne présente plus, passait son diplôme de professeur d’éducation physique et dans un livre récent déplorait que « ces jeunes ne fassent pas d’études, car du temps ils n’ont que ça ! ».

Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas tant l’acquisition du statut de professionnel qui a tout fait péricliter. Le 15 décembre 1995, la Cour de Justice des Cours Européennes donnera raison à Jean-Marc Bosman au litige qui l’oppose au FC Liège, trouvant l’instauration de quotas contraire à l’article 48 du Traité de Rome permettant l’échange entre travailleurs des pays membres. Si l’Arrêt Bosman partait d’une bonne intention, à savoir celui d’en finir avec une règle drastique qui autorisait chaque équipe européenne à seulement trois joueurs étrangers ressortissants de l’UE, il a hélas abouti à deux types de politiques au sein du football : les clubs qui forment et ceux qui achètent. Avant, toutes les équipes avaient leurs chances d’acheter une star pour un prix modique et espérer remporter une compétition : Montpellier avait acheté Carlos Valderama. Marseille, contre moins de 45 Millions de francs (soit moins de sept millions d’euros), avait pu avoir Chris Waddle. Mais plus grave encore, les grands clubs formateurs Belges et Néerlandais (Anderlecht, Bruges, Amsterdam, Eindhoven, Rotterdam) sont littéralement pillés et la qualité de leurs championnats baissent obligatoirement. Avec le laissez-faire, le football Français en prendra un coup, vu que son niveau d’imposition n’est pas le même qu’en Italie, qu’en Espagne, ou en Angleterre. On ne parle pas de l’Afrique Subsaharienne où on retrouve à peu de choses près une véritable traite négrière footballistique.

Autre cas, celui de nombreux joueurs brésiliens qui sont contraints d’adopter la nationalité d’un pays tiers pour pouvoir participer à une compétition de grande envergure.

On me dira « Mais c’est leurs boulots, ils mettent leurs corps en avant ». En moyenne, un arrière-latéral réalise à toute allure une distance de huit kilomètres, ce en 90 minutes et quelques. On pourrait rétorquer qu’un manutentionnaire travaillant dans un entrepôt logistique en fait autant lors d’une journée de labeur. Mais sont-ce les sportifs qui risquent le plus ? Non, loin s’en faut ! Un gymnaste de haut niveau exerce de 16 à 25 ans des compétitions à haut niveau et risque d’avoir des conséquences bien plus importantes sur son ossature. Les pratiquants de Muay Thaï, surtout si ils apprennent cet art au sein d’une école Thaïlandaise traditionnelle, peuvent avoir également des problèmes d’articulation dès l’age de trente ans, et comme tout pratiquant de sports de combats qui se respectent risquent la mort après qu’un mauvais coup soit donné.

Ce qui énerve la plèbe comme l’on dit si bien concerne surtout les comportements de certaines petites vedettes, qui par exemple refusent de chanter l’hymne nationale alors qu’ils représentent le pays. Qu’ils refusent de s’entraîner devant les caméras du monde entier et insultent ouvertement leurs entraîneurs ou les journalistes parce qu’ils laissent s’exprimer un peu leurs égos. Mais en même temps n’en-a-t-on pas fait des Dieux Vivants ?

La grande idée reçue est que les footballeurs sont les sportifs les mieux payés. Erreur. Selon le classement 2012 de Forbes, le sportif le mieux payé est le boxeur Floyd Mayweather qui a détrôné le golfeur Tiger Woods.

On se souvient également de Michael Jordan et de Mickael Schumacher qui, respectivement, gagnaient 902 frs par heure et… pour le deuxième je préfère finalement mettre un lien.

Maintenant, effectivement, il est très rare de voir un joueur diplômé. Signalons le cas de Jean-Alain Boumsong, titulaire d’un diplôme en génie civil, du nigérian Seyi Olofinjana, ingénieur chimique, ou bien Oliver Bierhoff, diplômé en gestion. C’est qu’en centre de formation, on ne leur apprend qu’à taper dans un ballon et à suivre la stratégie donnée par l’entraîneur. De plus, imaginez un gosse de 15 ans nommé Hatem Ben Arfa qui, ayant connu une enfance sobre, reçoit tout d’un coup 150 000 euros… Car, avant l’Arrêt Bosman, les jeunes ne rentraient qu’à partir de la soixante-quinzième minute histoire de fatiguer les défenses centrales, et les titularisations ne prenaient effet qu’à partir de 25 ans. Maintenant, la moyenne d’age est de 23 ans. Le cas Ronaldo (le brésilien, pas CR7) est pourtant révélateur. Considéré à partir de ses dix-huit ans comme le nouveau Pelé, il ne sera jamais remplacé dans la période où il joue au PSV et au FC Barcelone. Tout le monde sait ce qu’il s’est passé par la suite, à partir de ses vingt-quatre ans, il était cassé…

Dernier point, on ne demande qu’à croire Michel Platini lorsqu’il condamne le transfert exorbitant de CR7, mais sa parole ne devient-elle pas caduque dès lors qu’on s’intéresse à son mentor Sepp Blatter, président de la FIFA ?

Sepp Blatter est l’une des personnalités les plus détestées du football. Issu du règne Havelange marqué par des scandales, Blatter est directement compromis dans l’affaire ISL, nom de la société détentrice des droits sur la coupe du monde jusqu’en 2001 et qui fit faillite avec une dette avoisinant les 245 millions d’euros. Dernièrement, il semblerait aussi que sa bénédiction au Qatar pour la coupe du monde 2022 soit sujette à allégations. Car le Qatar (sans qu’il soit un pays de football) n’est pas vraiment un pays où les Droits de l’Homme sont appliqués, ce qui déjà contredit un peu le soi-disant message de paix délivré par la FIFA. Un an auparavant, on avait droit au scandale des joueurs ayant répondu favorablement au sanguinaire Khamzan Kadyrov, dont Maradona (pour l’inauguration en grande pompe d’un stade). Mais c’est plus facile de tirer sur un dictateur marionnette d’un ex-agent du KGB paranoïaque. Le Qatar, c’est autre chose. Via des sociétés de fonds d’investissements, les businessmen qataris sont partis à l’assaut des grands groupes européens, Kadyrov non. Quand, par exemple, le nouveau président du PSG refuse que les joueuses jouent au Parc des Princes, alors même qu’on assiste à un engouement pour les joueuses, on se demande où sont passées nos Chiennes de Gardes, nos Femen, et autres criardes associées. De même que, dans la presse oligarchique, on a préféré s’extasier devant les grandes constructions de stades digne des films futuristes. Tout ce que Blatter a trouvé à répondre a été une réplique stupide concernant les homosexuels, mais lourde de sens : « Je pense qu’ils devraient s’abstenir de toute activité sexuelle durant le mondial ».

Est-ce que déclencher un mini scandale est une manière de détourner l’attention du public?

PS : suggérons aux supporters du PSG d’envoyer beaucoup plus de dons à ces pauvres rebelles syriens qui ensanglantent leurs pays !

Sources :

http://www.lejdd.fr/Sport/Football/Actualite/Le-Qatar-soupconne-de-corruption-pour-la-coupe-du-monde-2022-323793

http://www.rfi.fr/sports/20120712-fifa-pots-vin-havelange-teixeira-confirmes

http://www.liberation.fr/sports/2012/07/18/la-fifa-et-blatter-soupconnes-de-corruption-pour-le-mondial-2006_833988

http://www.lefigaro.fr/football/2012/07/18/02003-20120718ARTSPO00393-blatter-jamais-a-terre.php

6 Comments

  1. Lisandro Dias dit :

    Remarquable ! Analyse pointu, à quand la prochaine? ^^

  2. Lisandro Dias dit :

    ah oui ça me fait penser, un milieu de terrain ne court-il pas plus qu’un arrière latéral? Genre 12 km en moyenne par match? Bon ça c’est pour un peu taquin, en revanche si Blatter à accordé l’organisation de la coupe du monde 2022 au Qatar, il y a moyen que ça soit pour récompenser les qataris de leur rattachement à l’occident – et à leur trahison du peuple arabe – ca colle bien finalement : La FIFA c’est quoi? Si ce n’est la Fédération Internationale de Football Anglais ! Anglais = Comprenez anglo-saxon ;)

    • Florian dit :

      Si il est question du milieu récupérateur, oui, je pense qu’il bât l’arrière-latéral en ce qui concerne la distance moyenne parcourue.

      Quant à la FIFA, j’aimerais bien la raccorder à la Perfide Albion, mais c’est plutôt chez nos voisins Helvètes. En attendant les réformes, comme ils disent y’a pas le feu au lac.

      • Lisandro Dias dit :

        Et bien voila une piste à exploiter !
        Le football européen sera en crise structurelle avant que les réformes ne soient décidé ^^

        Il a trop de chose a réviser, fruits des erreurs des dernières décennies…

        J’ai l’impression qu’il y a une vraie volonté d’abattre le sport en général – Scandales sur-médiatisés, sportifs constamment pointés du doigt, etc – et au delà de ça, les passions populaires et les nations…

  3. Florian dit :

    Je pense que c’est plus complexe. Il y a aujourd’hui dans le monde du sport trop de décideurs. Ensuite, les enjeux imposés par le fric sont tels que plus rien ne peut plus vraiment être appliqué. En fait, je pense que ceux qui ont vraiment bousillé le sport professionnel ( et en particulier le foot) ce sont les gros sponsors ( Nike, Adiddas, etc).

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