La bourse ou la vie

Ici bas, tout s’explique, et si les hommes ne sont pas encore arrivés à piger comment s’est opérée la création de l’univers, et compliquent tout ce qu’ils entreprennent, c’est probablement parce qu’ils vont chercher midi à quatorze heures, alors que l’explication est simple comme bonjour.

Le problème des riches, c’est de ne faire que ça.

Les moutons de Panurge

Les premiers signes annonciateurs de la mondialisation se sont manifestés sous la forme de domination vers le Nouveau Monde, l’Océanie, l’Asie et l’Afrique. Les colons s’installèrent dans le but d’acquérir leurs propres titres de propriété, annexant purement et simplement les connaissances des indigènes qu’ils mirent à profit pour les spolier de leur terre, faisant fi de respecter les règles communautaires et religieuses des peuples natifs qui suscitèrent des réactions de rejet massif de la part de ces derniers. La théorie politique libérale tendait à donner un visa d’approbation au nom de la nouveauté, de la loi et de la raison ou Dieu a donné la Terre aux peuples élus. Chouette formule que le nationalisme virtuel sioniste appliquera, avec autant de succès, deux siècles plus tard en Palestine.

La relation entre les États conquérants demeurait tumultueuse, mais tout en fonctionnant sur des bases rivales, les monarchies et les empires se renforçaient mutuellement. La première tentative libre-échangiste fut entreprise, au XVIIIe siècle, par les Britanniques, pour empêcher les Néerlandais, première économie moderne, de fermer leur empire colonial au commerce anglais. Elle servit d’argumentaire politique à l’expansion coloniale britannique. Il se trouvait plusieurs financiers hollandais à l’âme bouffée par le délire du gain pour qui la liberté de commerce et son principe d’application large est de tenir le gouvernement en dehors de l’économie[1] ; ces Bataves étaient détenteurs d’actions dans les compagnies des Indes, du Levant et dans les Caraïbes[2] ce qui facilita les choses aux Britanniques. Merveilleusement rapaces, ces derniers s’aperçurent ensuite qu’une division du travail à l’échelle internationale s’avérerait beaucoup plus efficace que le système colonial pour piller les ressources. S’ensuivit une expansion de toutes les conquêtes d’Amérique, d’Océanie et d’Afrique que l’intérêt national a justifié sous boniments humanitaires et de mission divine à perte de vue. De là naquit la forme moderne du travail, forme vouée à satisfaire le consommateur : la cruauté de la traite négrière.

La première mondialisation, qui avait atteint son paroxysme de tension suite aux rivalités économiques, politiques et culturelles dans les Balkans, en Asie et en Afrique, sera brutalement arrêtée par la première guerre impérialiste de 1914. Surprenant n’est-ce pas ? Et pour cause : les rapports de force, économique et politique, n’avaient pas changé, excepté pour l’Allemagne et l’Empire ottoman, cocus jusqu’aux tripes : un des buts de la manœuvre. S’en est suivi le krach de 1929[3], qui a ralenti les appétits insatiables des tenants du libéralisme sans nécessairement mettre en péril leurs ambitions d’hégémonie mondiale qui servit de pont avec la Deuxième Guerre. En 1941, les Anglo-Saxons se donnèrent comme but de guerre le passage du mode d’exploitation colonial à celui de l’échange inégal avec les nations après la victoire sur la tyrannie nazie.

C’est ainsi que la triste histoire se poursuivait en 1944 à Bretton Woods, où naquirent sous d’obscurs critères deux institutions de mutilation des notions les plus élémentaires de droits de l’homme et de démocratie connues de mémoire d’homme : La Banque Mondiale, institutions de subordination des pays pour qui chaque dollar prêté doit être dépensé pour l’achat de marchandises produites aux États-Unis, et le Fonds Monétaire International dont la mission officielle est de réduire la pauvreté et officieusement celle d’entretenir et perpétuer la Faim, la Misère et l’Ignorance dans le monde. Comme l’exprimait un des pontes du FMI en langage plus vigoureux et franc : « Vous leur tordez le bras droit et nous leur tordrons le gauche »[4].

Vous n’êtes pas sans avoir entendu parler de Charybde ce monstre fabuleux de la mythologie grecque qui gardait l’entrée du détroit de Messine. Il avait la foutue manie de gober les navires qui se présentaient. Alors les pauvres marins, pour ne pas se faire glouper comme des huîtres, changeaient de cap : las, ils tombaient sur Scylla, un autre monstre, à six têtes celui-là, qui n’en faisait que six bouchées.

Globalement les pays ayant échappé à Charybde, tombaient sur Scylla.

In God we trust, les autres payent cash.

L’expansion économique, industrielle et l’impérialisme des nations riches dans le monde contribuèrent à appauvrir les pays dépendants, ainsi que les populations à l’intérieur des nations riches. Le sous-développement du Mexique, par exemple, aura été la conséquence de l’expansion des États-Unis. Les exemples d’asservissement des populations sont infinis[5]. Malgré tout ça, il se trouve des couillons, et ils sont légion, qui prêchent que le commerce c’est la paix et la prospérité des peuples. Ils ont raison ; la vie est belle. On peut s’envoyer en l’air, à condition de prendre l’ascenseur vers le centième  étage de la tour de la bourse à Wall Street. Mais, ce n’est donné qu’aux maîtres absolus du monde[6].

Au lendemain de la Deuxième Guerre, il ne fallait surtout pas rater le coche. La banque Mondiale (Charybde), octroya des prêts aux puissances coloniales : la France en Algérie ; la Belgique au Congo ; l’Angleterre en Inde, etc. Ces prêts permettaient aux puissances de renforcer le joug qu’ils exerçaient sur les peuples colonisés. Là où ça devient intéressant, c’est que lorsque les colonies accédaient à l’indépendance, les principaux actionnaires de la Banque Mondiale, avec la bénédiction des États-Unis qui applaudissaient les désirs d’émancipation des peuples, se mettaient d’accord pour léguer la charge de la dette contractée par le pouvoir colonial aux nouveaux États indépendants pour les coloniser – par la dette, cette fois . Ce qui faisait leur force, chers lecteurs, chez ces gens, c’est que les dirigeants des pays nouvellement indépendants se prenaient au sérieux.  Et on peut tout obtenir de quelqu’un qui se prend au sérieux, même le baiser en levrette. Les États indépendants se trouvaient obligés de prendre des décisions favorables aux grandes puissances créancières et à leurs entreprises. Les accords du GATT formalisèrent ce modèle de « décolonisation » dès 1947, et les beaux esprits de la Charte Atlantique  qui jouent des peuples et des circonstances comme Menuhin joue du violon entonnèrent le leitmotiv de la chevauchée du monde libre : vive la décolonisation !

Dans cette logique, le sous-développement n’est pas un état naturel, mais un état créé par les moteurs du développement capitaliste et impérialiste.

Depuis, tous les dirigeants américains sont montés en boucle sur un refrain qui transporte d’allégresse : démocratie, aspiration des peuples, droit de l’homme, partenariat, justice, liberté… Bien sûr à condition que le choix démocratique des peuples soit aligné sur le libre-échange et la libre circulation maritime.  Mais, avaient-ils le choix ?

La descente aux enfers commençait pour les États indépendants.

Que faire ? Se tourner vers la Banque Mondiale qui fronçait des sourcils à cause des dettes octroyées par l’occupant évincé était inenvisageable. Qui restait-il ? Scylla dit le FMI.  Le FMI ne dit jamais non, mais à une condition : Il se charge d’étudier les besoins et de déterminer une stratégie globale de remboursement en fonction des richesses du pays -  il y en a toujours – tout en permettant un développement du pays : le plan de réajustement structurel. Un genou à terre de reconnaissance, mais fier comme un pou, l’ex-colonisé, nouveau dictateur, à la fibre patriotique aussi tendue qu’une corde de violon dit : le peuple ……[7] sera à la hauteur de ses engagements. Voilà, c’est pesé et emballé. La vanité et la répression font le reste.

«Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez les peuples». Henri Kissinger.

Plus tard Ronald Reagan et son pote Margaret Thatcher, telle une grande trouée lumineuse percèrent le sombre azur du ciel des droits sociaux. Le premier marqua le coup d’envoi en licenciant 11345 contrôleurs aériens pour les remplacer par des bidasses et le deuxième, telle une brise qui fauche l’épi, sabra les dépenses publiques par la réduction du déficit et de la dette publique ; à la satisfaction de qui – parce que personne n’est à l’abri, même pas les poissons-pilotes qui gravitent autour des requins ? Du FMI. Un hymne. Ces symptômes de vastes mouvements de privatisation et de dérégulation qui, par exemple, permirent aux trains britanniques d’entrer en gare sans freiner renforcèrent les accords du GATT.

En 1991 papa Bush enfonça le clou en énonçant sa vision d’un Nouvel Ordre Mondial : la globalisation. L’objectif était de combler fissa le vide créé par la disparition de l’URSS pour étendre la domination anglo-saxonne en privilégiant l’expansion économique sur l’expansion militaire ; premier en liste l’Irak.

Suivit ce grand benêt de Clinton, qui, entre deux boutons de braguettes, l’appliquera contre la Yougoslavie de Slobodan Milošević qui avait eu le toupet de faire un bras d’honneur a Charybde et Scylla. Le nouveau modèle visait non seulement à une libre-circulation des produits, chose acquise, mais aussi des services et des capitaux, le tout régulé par un tribunal arbitral qui empiète sur la souveraineté des États incarnés par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

«Créez la foi en une idée forte, affirmez-la en termes simples et de façon concise, répétez-la constamment et éventuellement ils finiront par y croire » A. Hitler

 Et puis il y a eu le grand tournant annoncé par George Méphisto Bush et sa clique des Rumsfeld, Wolfowitz, Cheney, et autre Perle membre de la confrérie métropolitaine du pouvoir, du fric et de leur corollaire le meurtre, pour qui la guerre, le massacre et la violence sont tout à fait légitime tant qu’elles sont le fait de l’Amérique. C’est fou comme les hommes qui n’ont pas toujours l’âge de leurs artères possèdent immanquablement la gueule de leur saloperie.

Et donc Bush avait entamé son mandat en se torchant des accords de Kyoto, mais surtout en prolongeant le processus déjà entamé, avec la dématérialisation de l’économie. De concert avec ses potes anglo-saxons, il ferme les industries de biens de consommation, pour ne garder que les industries militaires. Les autres font comme tout le monde et transportent leurs pénates en Chine pour contribuer à faire de ce pays la puissance que l’on redoute aujourd’hui. Et donc Bush & Cie. inventent une économie basée sur les « produits financiers » (c’est-à-dire la spéculation) et les redevances de la « propriété intellectuelle » (c’est-à-dire des droits d’usage). Parlant de propriété intellectuelle, on se souviendra du cas édifiant de l’Afrique. Le nombre de décès dû au SIDA en Afrique dépassait le nombre de 20 millions. En 1997, l’Afrique du Sud avait adopté une loi sur les médicaments dont un article prévoit le recours aux importations de génériques. Pour faire invalider cette disposition que l’Association de l’Industrie pharmaceutique d’Afrique du Sud et 39 laboratoires qui, à elles seules totalisaient des milliards de dollars de bénéfice qui dépassait largement le PIB de nombreux pays, attaquaient auprès de l’OMC le gouvernement Sud-africain. Évidemment ; elles ont gagné. L’avantage en Afrique c’est que l’hécatombe se fait toute seule. Pas besoin d’envoyer les briscards de l’occident pétri d’amour et de farce humanitaire.

« Celui qui n’a pas été complètement volé n’a pas été volé du tout »

 Dans son élan humanitaire pour Haïti dévasté par le séisme de 2010, en passant vous souvenez-vous de cet Occident immensément empathique, en transe humanitaire, infiniment généreux, redresseur éploré qui pétait plus haut que son oignon a coups de simulacres d’émotion ? Oui ? Non ? Ça n’a pas d’importance, ce cirque ne leur à pas coûté un kopeck, pas même un petit croc, rien – au contraire ils se sont fait des couilles en or grâce aux andouilles exaltées de supériorité ravies d’incantations sentimentales, d’humilité bouffonne, qui douillent l’addition abêtit de télé.  Dans son élan humanitaire pour Haïti disais-je, les États-Unis, sous prétexte de lutter contre la famine, ont inondé le marché local de riz. Les producteurs haïtiens ne pouvant pas concurrencer, même à prix dérisoire, furent forcés de brader leur riz et d’abandonner l’agriculture. Ceux qui en ont réchappé ont été contraints d’utiliser des semences génétiquement modifiées fournies par Monsanto[8], leader mondial des organismes génétiquement modifiés (OGM) pour assurer les récoltes à venir qui n’est en somme que la contamination transgénique des sols, ce qui veut dire que le paysan haïtien devra se tourner à chaque fois vers Monsanto – et payer le prix fort – pour obtenir ses semences. La faillite est immanquablement au rendez-vous – Monsanto aussi qui rachète les terres pour une bouchée de pain. Voilà comment Haïti est devenu encore plus pauvre, et propriété privée américaine, grâce à l’humanitaire. C’est par un scénario similaire, à quelques variantes près, que Monsanto, forte de son arme de brevet, tisse sa toile dans le monde entier. Même les paysans américains ne sont pas épargnés. Ne vous demandez pas d’où nous viennent toutes ces maladies et allergies bizarres : en bouffant de la merde.

Ce n’est pas tout : pour que ce soit toujours les plus démunis qui trinquent, il y a eu la flambée mondiale du coût de la nourriture. Le plus marrant (qu’est-ce qu’on se boyaute en économie) les émeutes qui ont suivi ont été mises sur le dos des biocarburants, des Chinois et des Indous qui bouffent trop. Surgit le sauveur : Le FMI avec son plan de réajustement structurel. À l’époque des émeutes de la faim Dominique Strauss-Kahn, ancien socialiste (rien de pire qu’un converti)  était le grand patron du FMI et disait : Lorsqu’il y a des situations aussi dramatiques, ça met en cause la démocratie dans les régimes. Vous mordez l’astuce ? Ce fumier amalgame sous développement à démocratie, et donc crise alimentaire à cette garce de démocratie. Il poursuivait : « Lorsque la tension va au-delà de la remise en cause de la démocratie, il y a des risques de guerre ». Comme il nous prenait, à raison, pour des cons, il rajoutait : « Malheureusement, le pire est peut-être devant nous, tout cela est extrêmement grave, il faut que la planète s’en saisisse ». Évidemment la planète c’est l’Occident. Le reste…
 Et voici comment DSK prévoyait de s’y prendre : « Une des manières de résoudre les questions de famine, c’est au contraire d’augmenter le commerce international, d’augmenter les flux ». Et comment augmenter le flux du commerce international, hmm ? En refilant dans un geste humanitaire du fric aux pays pauvres à un taux d’intérêt élevé en leur faisant avaler la médecine économique qui consiste à comprimer davantage les salaires et éliminer les infimes structures sociales. Ce sont encore les plus pauvres parmi les pauvres qui engraissent les plus riches. Ne cherchez pas à comprendre c’est là, tout le charme de la finance. DSK y allait d’une autre louche : « Pour les pays fortement touchés, le FMI est en train de réviser ses procédures d’accès parce qu’elles étaient peu orientées vers la crise alimentaire, c’est notre mission que leur commerce extérieur soit rééquilibré, grâce à des appuis du FMI ».

Bref comme vous pouvez le constater DSK avait expliqué la stratégie à venir du FMI sans faire allusion au vrai problème. Le FMI et la banque mondiale déblayent le terrain aux moyens d’interventions humanitaires imposées au tiers-monde déjà à genoux, pour les mettre à plat ventre grâce à la crise alimentaire, dernière étape avant leur privatisation.
 En somme c’est comme le zig qui assure qu’il va suivre des cours de natation pour secourir un type qui se noie parce qu’il l’a lui-même poussé dans la tisane. Du grand art !

Pendant ce temps, à l’autre bout de la planète, il ne restait plus qu’à l’évoquer, le prédire, le souhaiter, prier fort. Et ils ont eu de la chance. Comme quoi le roi des cons, Dieu, ne prête qu’aux riches ! Le 11 septembre est arrivé et s’est déroulé comme prévu ; Fa-bu-leux !

« Un bon politicien ne peut faire carrière sans mythe »

Ce triste événement deviendra la rampe de lancement qui étendra le contrôle anglo-saxon de la libre circulation des biens et des services à l’espace aérien en prétextant la « guerre au terrorisme » et à l’espace maritime sous couvert de « lutte contre la piraterie ». Sacré Ben Ladin. On n’est pas près de l’oublier celui-là.

Et, pour compléter ce macabre cortège ; la majorité des leaders arabo-islamiques et aussi d’un peu partout dans le monde, Russie, Chine, Pakistan… s’érigèrent avec ardeur contre leurs minorités et tous contestataires sociaux qu’ils baptisèrent : terroristes. Les grands gagnants : La finance internationale telle Lehmann Brother, les verrues qui ont rédigé le fameux Projet pour un Nouveau Siècle Américain, les grandes chaînes de désinformation continue…CNN, Aljazeera. Les Big Five de l’industrie de la défense nationale U.S. (Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Dynamics, Boeing, Raytheon) avec leur chapelet de trafiquants d’armes et de mercenaires dont Blackwater, côté en bourse imaginez-vous, le fameux groupe Halliburton dirigé jusqu’en 2000 par « Dick » Cheney, vice-président US… j’en passe, et des pires.

Les perdants sont nombreux… en tête de liste les sacrifiés du 11 septembre. Suivent les populations démocratisées. Les populations du Nord ferment le rang avec en prime, en plus de leur dette publique qui ravage des pans entiers d’acquis sociaux, les restrictions des libertés individuelles  avec toutes les lois antiterroristes de merde, comme le Patriot Act, la loi antiterroriste du Canada en décembre 2001, la loi Vaillan en France, etc. ; des millions de vidéos surveillance qui filment les citoyens des villes occidentales, les données biométriques, l’archivage des numéros de téléphone personnel, les empreintes digitales, les données à caractère personnel sont automatiquement traitées pour contrôler et restreindre les libertés publiques et plus encore qui transforment, entre autres, nos voyages en avant-goût d’incarcération et assurent une sécurité comme ça à nos petites vies précaires aux lendemains incertains, que cette même dette épouvante, crée par une crise financière fabriquée sur mesure.

«Le chaos qui émerge de par le monde dû à la crise financière et l’augmentation du terrorisme est une opportunité pour faire émerger un nouvel ordre mondial.» Henri Kissinger. 

La colonisation de l’Afghanistan et de l’Irak et leur coût exorbitant a manqué de provoquer l’effondrement financier de l’Empire. Aux États-Unis seulement, le dernier sauvetage aux entreprises et aux banques pour se refaire une santé se monte à plus de 7 000 milliards de dollars puisés à même les Fonds publics, dix fois plus que ce qui est officiellement déclaré.

C’est ainsi que commença la première crise de cette ère idyllique : la montée de la demande dans les biens immobiliers qui engendra deux bulles financières, celle du marché immobilier et celle des investissements boursiers. Les spéculateurs aux yeux engourdis par l’appât du gain ne virent pas qu’ils étaient sous le broyeur qu’ils actionnaient. Et donc ils gonflèrent les taux d’intérêt qui ont atteint des sommets où les prix de l’immobilier commencèrent à chuter. Et C’est là qu’on peut s’apercevoir que l’imbécillité du pouvoir du marché donne du pouvoir aux imbéciles ;  les cocus c’est-à-dire les actionnaires à qui l’attrait du gain est aussi indispensable à leur existence que de la poudre à un accro en manque ne parvinrent pas à rembourser leurs emprunts et les banques commencèrent à faire faillite. Ils font partie de la famille de coureurs de lots, de rabais, de joueurs de tiercé ou loto, de superbes et perpétuels perdants qui comptent sur la chance et les diseuses de bonne aventure pour les sortir de la merde dans laquelle ils se confondent. 
La chute qui toucha les États-Unis contamina les bourses, les banques et les sociétés à fond spéculatifs dans le monde entier. On connaît la suite…

« Nos démocraties sont très sensibles aux maux de certains hommes, non pas aux misères de l’espèce humaine »

Arrive Obama, le Messie noir qui ne se distingue de son prédécesseur que par la dégaine et le style oratoire. Hamlet de la Maison Blanche tente, avec le premier ministre Brown, de sauver le système financier en vidant les places financières étrangères et en contraignant les capitaux à migrer vers les paradis fiscaux anglo-saxons. En outre, dans un mouvement concerté, les États occidentaux placent tous les moyens financiers publics au service de quelques banques privées qui peuvent alors non seulement éviter la chute, mais acquérir les sociétés défaillantes dans un gigantesque mouvement de concentration des richesses.

L’Hydre de la mondialisation intervient en Libye non seulement pour le pétrole comme objectif – dont les réserves (estimées à 60 milliards de barils) aux coûts d’extraction parmi les plus bas du monde, non plus aussi pour sont gaz naturel dont les réserves sont estimées à environ 1 500 milliards de m3, mais surtout pour rafler les fonds souverains, les capitaux que l’État libyen a investis à l’étranger. Du pur bénef.

Au Nord on hausse les prix, inflation oblige. Dans ces circonstances les salariés qui tirent le diable par la queue ont l’outrecuidance d’exiger une hausse de salaire. Bon. Mais les capitalistes fidèles à la charte de l’égoïsme qui n’en finissent plus de se goinfrer attaquent pour mieux se défendre et rétorquent en exigeant une baisse des salaires sinon « on met la clé sous la porte ! ». Lorsque les salariés souscrivent à une réduction de leur salaire, manipulés par un syndicat torpillé ou vendu au patronat[9], s’ensuit une concurrence féroce entre les salariés, d’où, entre autres symptômes, les suicides[10] en milieu de travail. Sinon, lorsque les salariés ne baissent pas les bras, grèves et manifs suivent. Pour en finir des demandes gloutonnent des salariés et assurer une plus-value des produits et services, les patrons se relocalisent au Sud avec des ouvriers dociles comme une pute et payés à coup de lance pierre : les nouveaux esclaves. La boucle est bouclée.

Du même coup certains quartiers de Paris, New York et Londres ressemblent aux favelas de Rio. Et pourquoi pas ? C’est l’économie libérale, la mondialisation ! Le monde est une Société Anonyme, dont les grands financiers possèdent toutes les actions. Ils nous promettent un avenir édénique, mais ne font confiance qu’au présent. Ils se régalent de notre bêtise ancrée dans nos esprits empoisonnés dès l’école primaire, de notre civisme irrespirable, de notre crédulité jobarde, de nos démocraties putassières, de nos petits drapeaux napperons, nos petits folklores clownesques, nos petites célébrations vaniteuses, nos petits martyrs cocus, nos petites traditions risibles et notre ridicule Dieu que nous idolâtrons, car les peuples n’idolâtrent que la merde.

« Le monde est un souk où les maîtres pénètrent, circulent, se servent et sortent sans payer »

La gouape de Calcutta trainant son troisième cycle, partagera le monde que les riches dédaignent avec celui de Londres, Tokyo ou Berlin et devra se soumettre, comme l’affamé du Sud, aux dictats du marché pour avoir sa miette de pain et se raccrocher aux branches !

Mais comme disent les bienpensants qui pensent si mal : faut être optimiste dans la vie et espérer. Espérons les amis, et en attendant la bonne fête je vous propose une colle joyeuse :

Une chemise conçue à New York est fabriquée par de jolies petites mains de chérubin Thaïlandais au prix de revient de 10 cents, puis revendue sur la cinquième avenue ou au boulevard du Faubourg-Saint Honoré pour la modique somme de 550 dollars ; dans combien de millions d’années les pays producteurs de produits consommés ailleurs, auront-ils remboursé leurs dettes ?

Ceux qui auront la bonne réponse auront droit à une place assise à la droite du Dieu de leur choix.

 


[1] C. A. Bayly, La Naissance du monde moderne, les Éditions de l’atelier, 2006, p.342.

[2] C. A. Bayly, La Naissance du monde moderne, les Éditions de l’atelier, 2006, p. 51.

[3] Suzanne Berger, Notre première mondialisation, éditions la république des idées, Seuil, 2003.

[4] Devesh Kapur, John P. Lewis, Richard Webb, The world bank, its Half Century, The Brooking institution, 1997, Volume 2, p 477.

[5] Lire à ce propos : C. A. Bayly, La Naissance du monde moderne, les Éditions de l’atelier, 2006, chapitre 11, p. 445.

[6] Avant qu’il ne rentre dans les rangs, Jean Ziegler avait pondu un bouquin : Les nouveaux maîtres du monde : à lire.

[7] Choisissez le pays qui vous convient, même la Suisse.

[8] Marie-Monique Robin, Le monde selon Mosanto, Éditions Stanké, 2008.

[9] Bruno Bauraind nous en fourni un bel exemple  dans son livre : Autopsie d’une délocalisation. C’est pas long et ça se lit comme un polar.

[10] Souvenez-vous des suicides chez France Télécom. Excellente analyse de Marie Pezé ; Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Pearson Education France, 2008.

A propos de l'auteur :

Arabe, j’ai grandi à la lisière de deux cultures ; arabe et française : un privilège. Rejeté par les uns, poliment refusé par les autres, je me réjouis d’être dans un no man’s land d’où j’observe non sans amertume le morbide mensonge des Dieux, l’hypocrisie démocratique, la barbarie civilisationnelle, la férocité du Marché et surtout, oui surtout le fond de sauce qui lie le tout : la souveraine connerie. Pour le reste je suis architecte, écrivain et livre mon âme en holocauste aux lèvres souriantes du vin…

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2 commentaires

  1. LEROY dit :

    Très belle analyse, que proposez vous , la révolte des Indignés n’a pas pris .De plus pour soumettre les pauvres on leurs donne du pain et des jeux ou rien du tout s’ils ne se soumettent pas.
    Que peut on faire si on nous coupe le web ,les soins , l’électricité l’approvisionnement en pétrole etc.

    • fayez dit :

      Bonjour Leroy
      Quand bien même je proposerai quelque chose. Qui écouterait ? Non malheureusement, je constate une fin de monde. C’est ça qu’est dur ; l’impuissance…

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