Lettre d’un adopté à François Hollande

(Lettre publiée par Cyril Langelot sur le site Boulevard Voltaire)

Monsieur le Président de la République,

Dans quelques mois, vous priverez irrémédiablement un enfant d’un père et d’une mère puisque vous allez permettre à des personnes du même sexe d’adopter. Alors même que l’institution de l’adoption était jusque-là censée apporter à des enfants qui ont perdu leur père et leur mère de retrouver, de manière fictive, un père et une mère de substitution.

Au risque de vous surprendre, je voudrais vous dire que la capacité d’amour et de bienveillance des adoptants ne sont pas suffisantes. La construction psychique d’un enfant abandonné, orphelin ou retiré et placé à la DASS (aujourd’hui ASE) est très complexe.

Un orphelin ou un abandonné est un enfant « atypique », « handicapé » par la perte de ses parents, laquelle est vécue comme une injustice. Bien sûr, selon les individus, les réactions sont différentes mais il reste que tout enfant adopté vit un deuil au fond de lui. Il vit le deuil d’une femme et d’un homme, d’une famille, d’une histoire, d’une normalité.

Toutes les personnes confrontées à un cas d’adoption admettent l’existence d’une crise identitaire chez l’adopté. Et quel que soit l’âge auquel la personne a été adoptée. Dans cette crise où l’enfant doit construire ses relations à autrui (y compris ses nouveaux parents), il a besoin d’un père et d’une mère. Bien sûr, l’amour comme une bonne éducation participent à l’apaisement des souffrances de l’enfant. Mais ce n’est pas suffisant.

Pour une personne adoptée, il est très difficile d’oublier sa particularité, sa différence. En retrouvant un père et une mère, il peut profiter sereinement d’une situation familiale identique à celle qu’il a perdue.

L’institution de l’adoption, en lui offrant un père et une mère de substitution, permet, dans une certaine mesure – de manière fictive, souvent vécue comme telle – de « gommer », tant bien que mal et partiellement, cette différence, d’atténuer ce handicap.

Dès lors, une seule question se pose : à partir du moment où un enfant est « placé » à l’ASE, notre société recherche-t-elle par l’institution de l’adoption à ce que ce dernier retrouve un père et une mère, ou la société décide-t-elle que, dans la mesure où cet enfant n’a plus de père ni de mère, il devient disponible pour tout adulte qui en fait la demande, qui réclame le droit d’obtenir un enfant ?

Monsieur le Président, lorsque l’on parle d’adoption, on ne peut pas faire l’impasse sur l’adopté, le premier concerné.

Parce qu’un enfant orphelin, abandonné ou retiré de sa famille d’origine n’est pas un enfant comme les autres.

Parce qu’un enfant, qui a déjà perdu son père et sa mère, devrait avoir l’assurance que la société, bienveillante et attentive au plus faible, s’attache à lui offrir un père et une mère de substitution, plutôt que de satisfaire les besoins des adultes.

Parce que la femme comme l’homme sont deux êtres différents et qu’ils apportent, par leur spécificité, leur identité propre, une richesse bénéfique à l’enfant qui se construit.

Aussi, je vous demande, Monsieur Le Président, de vous soucier du sort des plus faibles plutôt que des désirs des plus forts en permettant aux enfants, privés de parents par les caprices du destin, de retrouver, grâce à notre société, ce dont ils ont le plus besoin : un père et une mère.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Cyril Langelot, le 12 janvier 2013

(source : Boulevard Voltaire)

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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3 commentaires

  1. Cher Cyril: Comme adopté, né au Liban et adopté aux États-Unis, je voudrais vous remércier de votre lettre qui commence juste à décrire ce qu’il faut dire.

    J’ajouterai simplement les idées suivantes afin d’élargir la discussion (je m’éxcuses d’avance de mon français souvent lamentable):

    Il ne faut pas croire qu’il y’ait dans l’institution de l’adoption quelque chose “de soi” progressiste. N’oublions pas que l’adoption trouve sa base historique dans l’esclavage (notamment en France parmi les enfants des DOM/TOM venu(e)s en France pour travailler dans les usines et aux fermes).

    Il faut qu’on admette que l’adoption est une grande violence, qui profite (dans tous les sens du terme) des inégalités sociaux éxistants.

    Finalement, il y a quelque chose de malsain quand l’Europe, dans un paroxysme inouïe du néocolonialisme voudrait décrire l’adoption comme un “droit humain”.

    Nos vrais parents biologiques, eux aussi, n’avaient-ils pas le droit a une vie entre-gillemets “normale”?

    Honte au pays qui continue de promouvoir cette ignoble institution, qui évoque les pires manifestations racistes et classistes d’une société.

    Si on se croyait vraiment progressiste, on lutterait pour l’abolition de l’adoption, pur et simple.

  2. Christophe dit :

    En tant que père “normal” d’enfants “normaux”, c’est-à-dire pas “handicapé” par des situations de départ difficiles comme celles décrites par Cyril Langelot, je voudrais ajouter à ce qu’il dit ce rappel d’un mot fameux de Freud, que tout parent de famille comme la mienne devrait avoir l’humilité de faire sien : qu’une éducation est “toujours mauvaise”, d’un point de vue de la formation du psychisme. Autrement dit on ne peut au mieux qu’avoir conscience que toute bonne intention est limitée dans ses résultats.

    Donc mettre le désir d’enfant comme résultat principal de l’amour est non seulement inutile du point de vue de l’éducation, mais une manifestation assez écœurante de bons sentiments. Dans une société où la jouissance et la valorisation du corps comme objet de plaisir ne cessent de croître et de se monnayer davantage, et cherchent sans cesse des justifications morales, cette évolution du Droit est pour le moins inquiétante, bien peu réfléchie et peu autonome – “en âme et conscience”.

    Mais ce que dit Daniel Ibn Zayd est bien évidemment excessif car justement, l’adoption par un couple non géniteur est justement une façon de marquer le symbolisme dans la parentalité et de fournir les repères que Cyril réclame à raison, en distinguant l’autre qu’est l’enfant, par le symbole, et par rapport à la réalité matérielle de la jouissance du couple ; un couple qui est non pas homme-femme mais plus exactement père-mère.

    Cependant, il y a un autre point de vue critique que celui du psychisme infantile sur ce problème de l’adoption par des couples qui seraient “avant tout aimants”. C’est celui politique que recèle l’attitude bourgeoise, néo-familiale, de ces couples qui en parlant de leur “droit” cherchent à légaliser un désir de posséder, d’être propriétaires, on ne peut plus contestable dans une société moderne.
    En cela je rejoins donc Daniel, jusqu’à un certain point.

  3. LES INFOS dit :

    La Haute Cour d’Australie, plus haute juridiction du pays, a interdit jeudi le mariage homosexuel.

    Mariage homosexuel gayLa décision tombe quelques jours après les premières unions gay dans la capitale fédérale, Canberra, dont l’assemblée législative avait voté en faveur du mariage entre personnes de même sexe.

    Les unions civiles entre personnes de même sexe sont autorisées dans la plupart des Etats australiens, mais le mariage reste régi par la loi fédérale qui le limite à l’union d’un homme et d’une femme. Le mariage gay a été rejeté par les parlementaires australiens en septembre 2012, par 98 voix contre et 42 pour.

    Toutefois, pour la première fois en Australie, le mariage de personnes de même sexe avait été légalisé le 22 octobre dernier par Canberra. Ses opposants avaient alors annoncé leur intention de saisir l’Etat fédéral pour l’invalider.

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