Renonciation de Benoît XVI : La chair contre l’Esprit

La démission du pape Benoît XVI de sa fonction a laissé court aux plus folles suppositions et interprétations. Dans cet article, Adrien Abauzit, auteur de Né en 1984, ne cherche donc pas à comprendre les causes de la renonciation du futur-ex pape ; il en analyse l’impact symbolique au travers d’une grille historico-religieuse.

© OLIVIER LABAN-MATTEI / POOL / AFP Benoit XVI

« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en Esprit et en vérité. »
Evangile selon Saint-Jean 4 : 24

« Les impulsions de la chair, c’est la mort ; les impulsions de l’Esprit, c’est la vie et la paix. »
Saint Paul, Epître aux Romains, 8 : 6

« Si vous vivez selon la chair, vous devez mourir ; mais si par l’Esprit, vous faîtes mourir les œuvres du corps, vous vivrez. »
Saint Paul, Epître aux Romains, 8 : 13 

L’auteur de ces lignes n’est certainement pas le plus légitime et le plus qualifié pour en parler, mais face à la papophilie actuelle (fort étrange, car venant du Système), il se sent obligé de rappeler quelques faits qui, par comparaison, révèleront le caractère si ce n’est tordu en tout cas troublant de la « démission » (au sens de l’article 1237-1 du Code du travail), de Benoît XVI.

SAINT PIERRE

Suite au grand incendie de Rome de l’an 64, Néron déchaîna une nouvelle vague de persécution contre les chrétiens. Saint Pierre, premier pape, quitta la capitale impériale pour échapper aux sévices qui lui étaient promis, abandonnant derrière lui la communauté dont il était le chef. Mais alors qu’il empruntait la voie Appienne, il aperçut Jésus faire le chemin inverse en direction…de Rome ! Surpris, Saint Pierre lui demanda :

Quo vadis, Domine ? (Où vas-tu Seigneur ?)

- Ego Romam iterum crucifigi.  (Je vais à Rome me faire crucifier une seconde fois).

Votre serviteur n’était pas là pour en témoigner, mais on devine bien qu’à ces mots, Saint Pierre dût certainement baisser les yeux de honte. Conjurant sa faiblesse passagère, il refusa que son maître aille se faire crucifier une seconde fois, à sa place. Il rebroussa chemin, regagna Rome et fut supplicié, crucifié la tête en bas. Saint Pierre avait rempli sa charge jusqu’à son dernier souffle.

BONIFACE VIII

Suite au long conflit opposant Philippe le Bel et le pape Boniface VIII, le roi de France envoya Guillaume de Nogaret en Italie capturer le souverain pontife dans l’optique le faire juger. Sur place, Nogaret rencontre Sciarra Colonna, ennemi intime de Boniface VIII. Le 8 septembre 1308, le pauvre pape est arrêté. Voyant la soldatesque venir s’emparer de lui, il se couvre de sa tiare, prend sa crosse papale et ses clefs, puis déclare à ses assaillants : « Je suis pape, je mourrai pape. » Même les partisans de Philippe le Bel reconnaîtront la dignité de Boniface VIII. Sciarra Colonna gifle Boniface avec un gant de fer. Le pape mourra un mois plus tard des suites de ses blessures et de ses mauvais traitements, sans avoir renoncé à rien.

BENOÎT XVI…

Ceci fera évidemment ricaner les athées, mais la mission du pape est de sauver nos âmes, de nous aider à gagner le Royaume des cieux (lire Sous le soleil de Satan de Bernanos). Etre pape n’est pas un job, pas un travail, mais une charge, un sacrifice, à plein temps, sans période d’essai, sans congés payés, sans limite d’horaire, sans repos compensatoire, sans arrêt maladie.

On ne peut se dessaisir d’une telle mission, et ce qui arguent que l’âge empêchait Benoît XVI de la réaliser doivent avant toute chose se demander pourquoi parmi les plus de deux cent soixante papes précédents, excepté l’un d’entre eux, aucun ne renonça à sa charge du fait de son âge. Dans cette logique, on pourrait très bien reprocher à Saint-Pierre de ne pas avoir renoncé : il aurait pu transmettre le témoin à plus jeune.

On voit bien que tout cela est grotesque. Le Système et, hélas, une large frange des catholiques, justifient la renonciation de Benoît XVI en appliquant l’idéologie jeuniste de notre époque à la papauté. C’est faire primer la chair sur l’Esprit. Peu étonnant venant du Système, très surprenant venant du pape. Difficile de ne pas voir dans sa démission sans préavis autre chose qu’un acte délibéré de rabaissement symbolique de la fonction.

Benoît XVI n’aurait pas dû écouter à son corps, sa chair. Il aurait dû se soumettre et se livrer jusqu’au bout à l’Esprit. Plus facile à dire qu’à faire ? Certes, mais ou on est pape, ou on ne l’est pas.

L’histoire retiendra que Benoît XVI a choisi la chair.

Qu’il a choisi la chair contre l’Esprit.

Qu’il a choisi la mort contre la vie.

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5 commentaires

  1. RJ dit :

    vigueur du corps, et de l’ESPRIT qu’il dit le Pape.

    Du coup ça met un peu à mal l’idée principale de l’article…

    « Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié »

    http://www.imedia-info.org/depeches/benoit-xvi-annonce-qu-il-demissionnera-28-fevrier-2013,29783.html

  2. Christian Lacombe dit :

    Je n’avait encore jamais lu d’article aussi grotesque et prétentieux. La suffisance y atteint véritablement des sommets… hymalayesques.

  3. Pascale dit :

    Très intéressant article qui éclaire ce que l’on ressent confusément. Tu donnes quand même une possible cause : la volonté de rabaisser la charge. Il aurait pu y en avoir une autre : l’impression de ne plus en être digne, de la rabaisser par sa présence.

  4. Papa Bento XVI dit :

    Bonjour à tous,
    La question de la renonciation est une question complexe qui divise assez logiquement aussi bien les théologiens que les croyants et qui interroge même les non-croyants.

    A mon avis elle ne peut se comprendre qu’à la lumière du grand débat théologique du XXe siècle ouvert par Urs Von Balthasar, qui fut l’un des maîtres aussi bien de Wojtyla que de Ratzinger.
    Dans son ouvrage, la gloire et la croix, UVB ouvre un débat fructueux avec le théologien protestant Karl Barth qui l’a beaucoup influencé. Le titre de l’ouvrage est assez explicite : alors que le catholicisme a toujours reconnu Dieu dans la Gloire, le protestantisme (et surtout celui de la Réforme luthétienne) a proposé au contraire de voir Dieu dans la croix, c’est-à-dire dans la souffrance et pour tout dire dans la négativité.
    L’influence de ce mouvement sur l’idéalisme allemand de hegel à Heidegger a été décisif au sein de lamodernité et c’est assez naturellement que le catholicisme s’est trouvé lui-même très proche de cette théologie au début du XXe siècle.

    L’oecuménisme de Vatican II a d’abord visé à sceller cette unité nouvelle du christianisme par-delà les anciens clivages dogamtiques, au sein d’une vision davantage dialectique et existentielle de la nature humaine. La volonté de Jean-Paul II d’accomplir sa tâche jusque dans la souffrance peut-être interprété comme un geste théologique fort, tout comme celui de Benoît XVI de revenir à une pratique monacale et contemplative (par opposition à une via activa) afin de marquer la spécificité de la foi catholique.

    A mon avis il est en tout cas difficile de ramener cet acte à un caprice ou simplement à un acte « politique ». Il me semble au contraire se situer à l’inverse de cette tendance. Je ne prétends pas pénétré toutes les raisons de cet acte, mais j’espère que ceux que ce débat intéresse iront lire l’oeuvre de Urs Von Balthasar afin de mieux saisir les enjeux de l’oecuménisme, ses raisons et les graves problème que celui-ci présente dans sa volonté d’accorder des modes de pensées qui s’opposent diamétralement sur bien des points fondamentaux. Par cette dernière remarque, je ne veux pas dire que la tâche me semble impossible, mais qu’elle représente un défi qui excède de très loin le simple cadre de la théologie.

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