Dans le Noir, toutes les couleurs s’accordent

A la question du journaliste de Street Press : « Il y a les dîners du CRAN, calqués sur les dîners du CRIF. Comment ça se passe ces petits repas ? », Louis-Georges Tin, haut-membre du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France), n’a rien trouvé de mieux que de répondre « Nous n’en avons pas fait depuis 1 an. Ce sont des opérations qui prennent du temps, qui sont chronophages. Mais la convivialité c’est important. Ça permettait d’avoir aussi un peu d’argent mais pas tellement en fait. Donc j’ai laissé tomber, on verra plus tard ». Sinon, comme autre genre de « propos puissants » nous avons « Vous savez, le complotisme anti-noir c’est aussi vieux que la colonisation » ou encore « Oui, c’est une forme euphémisée de racisme de contester aux gens le droit de se défendre ».

« Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembé. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu’a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu’ont reçus les ancêtres des Noirs américains ou des Noirs antillais. Je voudrais cesser d’être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme. » Gaston Kelman.

La création du CRAN remonte aux lendemains des émeutes de 2005, vous savez, la fameuse guerre civile narrée par des médias américains qui nous montraient – preuve à l’appui – des cartes de France avec Lyon au-dessus de Paris. Là où c’est honteux, à l’instar du CRIF, ou de l’UOIF, n’est pas qu’il y ait une association composée de ceci ou de cela, le plus grave est qu’au cœur d’une société démocratique, pour avoir la légitimité de représenter des milliers de personnes, il faudrait que ces dernières aient justement voté en faveur de la personne dite représentative. Or, il n’en est rien. Pire encore, si vous creusez le CV des hauts-dirigeants de ce genre d’institution, vous découvrez avec stupeur qu’ils appartiennent soit à des cercles d’influences privés, soit à des partis oligarchiques, quand ils ne sont pas parachutés tout court ou que la « soi-disant cause » ne sert pas de tremplin pour une carrière politique. En clair si vous êtes d’origine Noire, Corse, Bretonne, Juive, Magrébine, Kurde, Turque, etc, et que vous souhaitez monter votre propre combat politique en partant de rien (exemple, vous êtes prolétaire), et ceci sans chercher à montrer patte blanche, ce sera très dur pour vous (et là, y a pas discrimination peut-être ?) !

Je vais être cash, des jeunes noirs de banlieue, ces dites « élites noires » n’en ont strictement rien à branler ! Comme toutes les élites, elles se regardent le nombril dans un miroir. La vraie différence entre Racialisme et Racisme est quasi-nulle, tout le monde le sait, mais le premier est d’élite et peu condamné, alors que le second vient du Peuple, cette bête infâme…

La première catégorie de ces élites noires est ladite « Africaine », où les atrocités de la colonisation servent de prétexte à un racisme primaire qui visent en premier « les Blancs », mais peut tout aussi bien concerner « les Arabes » (car trop « blancs » aux yeux d’un racialiste noir), ou « les Juifs », souvent relégués aux pires clichés. Pour ceux et celles qui trouvent encore Dieudonné abominable, je leur souhaite d’aller assister à une palabre. Ajoutez aussi les tensions inter-ethniques, les coucheries, l’appât du gain. Et chers compatriotes quant vous entendez leurs voix dire que l’Afrique crève de faim (ce qui est vrai, attention), demandez-vous pourquoi elle continue à crever de faim malgré tout les dons envoyés. Idéologiquement parlant, ces élites noires sont assez proche des dictateurs africains à la solde du Grand Capital et a opté pour le double discours (officiellement, elles prônent l’assimilation mais…).

L’autre partie pesante de l’élite noire est ladite « Antillaise » qui, elle, s’est bâtie sur la mémoire de la traite négrière. Je dis traite négrière parce que j’en ai plein le crâne d’entendre dire que l’esclavage est aboli, alors que de nouvelles formes en subsistent encore. C’est comme d’entendre « Plus jamais ça ! » concernant les camps d’exterminations nazis alors que ça s’est reproduit un peu partout dans le monde, à plus ou moins grande échelle. Sujet tabou que de voir la question mémorielle contribuer à la racialisation des esprits, récupération politique oblige. Certaines personnalités antillaises utilisent la traite négrière pour justifier leurs délires racistes à propos des africains, ou des métropolitains en général. La traite négrière est un sujet de diversion chez les Noirs, car nous sommes des hommes comme les autres. Lors d’une marche silencieuse dédiée aux victimes de la traite négrière, je me souviens d’avoir été abordé par un homme regrettant que « nous ne soyons pas unis et que nous parlons sans arrêt de la Shoah et pas de l’Esclavage ». A ses yeux, je reprends ses propos, « Il faut faire comme les Juifs, en parler tout le temps »Mais-là, premièrement, on oubliait que le principe d’une marche silencieuse, c’est le silence justement. Moment de recueillement quoi. Ensuite, je me demandais bien ce qu’il y avait de « mémoriel » à voir tous ces militants divers et variés venus tracter leurs causes politiques.

La « Mémoire », c’est ce que tu retiens, pas ce qu’on te dit de retenir.

La réalité veut qu’il y ait une multitude de communautés noires, et non pas une seule qui serait unie sous la bannière d’une institution qui ne fait que renchérir les pires clichés.

Là où Louis-Georges Tin atteint le comble du ridicule est lorsqu’il affirme sa position de refuser aux Blancs ce que lui voudrait faire avec les Noirs, « Non, parce que d’un côté vous avez des gens dominés et de l’autre des dominants. On ne peut pas renvoyer dos-à-dos dominants et dominés ». Ah ? Parce qu’un paysan du Limousin fait partie de la caste dominante ? Première nouvelle. Et pourtant, Tin va lui-même faire du lobbying pour s’attirer les bonnes grâces… des maîtres de ce système discriminatoire pour tout le monde. Il ne fait que répéter la contradiction de cette élite noire qui « crache sur les Blancs », qui se dit « victime du racisme », et qui ne se gêne aucunement… de s’affairer avec « les ennemis désignés ». Il y règne même une confusion des esprits à cause de ce genre de personnage. Ajoutez à cela que les populations noires de France sont sans aucun doute les plus américanisés en positif comme en négatif, qu’elles sont donc sujettes à céder aux sirènes d’un ultra-consumérisme dévastateur… La preuve en est avec le clip ci-dessous (aargh, ne me demandez pas s’il est meilleur que ses deux rivaux principaux !).

 

 

Booba, comme certains de ses aînés dans le Rap, et tant d’autres vedettes noires, font partie de ce qu’on pourrait appeler un Star System. Rien de mal dans tout ceci. Il faut vraiment être encarté UMP tendance Mariani-Hortefeux ou FN tendance identitaire pour être choqué par ce clip. En dépit des paroles ou des images qui tiennent de la fiction, néanmoins, un jeune sans repère croira voir le but absolu de la vie : l’argent, les filles faciles, trouver un moyen de se faire du fric sans se bousiller la santé, et rouler dans une belle décapotable. L’Egotrip. Le souci principal est que bon nombre de Noirs américanisés s’identifient à l’histoire bouleversante de leurs semblables Africains, quant ils ne relèguent pas l’histoire de l’Afrique à la colonisation. Le Noir Américain est devenu LA référence. Certes, les mouvements civiques ont eu raison de faire céder les barrières de la ségrégation absurde. Mais derrière tout cela il y a un business effroyable. Dans les années 90 l’on vit deux formes de Rap US s’opposer bien avant la dualité West Coast versus East Coast : le « gangsta Rap » à l’origine de la sous-culture Bling-Bling (N.W.A, Snoop Dog), et le « Rap Conscient » (Public Ennemy) qui verse dans le militantisme politique. Le second, plus radical, ressortira les combats du passé pour revendiquer une fierté d’être Noir, et faute à un certain idéalisme, il se réclamera de Malcolm X… tout en reconnaissant une certaine légitimité à Louis Farrakhan, leader de la Nation of Islam (NOI) que la veuve de Malcolm Little tient pour le commanditaire de l’assassinat de son mari. Dans le monde noir, Farrakhan a une image de saint-homme. Pourtant, s’est posée plusieurs fois l’hypothèse selon laquelle Farrakhan aurait des relations chez les plus hautes autorités américaines, outre d’avoir été longtemps financé par Kadhafi. Et on se souvient qu’il fut celui dont les imprécations chargeaient le plus Malcolm X – devenu Malik El Shabbaz – lorsque celui-ci quittât la NOI après avoir eu vent des frasques malsaines d’Elijah Mohamed.

 

Reste qu’il y a ce que nous sommes et qui nous sommes. Tout individu dispose d’une opinion qui lui est intrinsèque. A et B ne sont pas fait pour penser pareil. Alors rien n’est plus contre-nature que d’entendre certains se prendre effectivement pour des gourous (ils se reconnaîtront) et de recopier Marcus Garvey en invoquant le retour à la Mère-Patrie tout en crachant sur untel ou untel. L’exemple libérien parle de lui-même, avec ces descendants d’esclaves américains qui ont voulu bâtir une nation en Afrique, sur une terre qui leur a été généreusement donnée… Mais sur une terre où vivaient déjà des autochtones (ça ne vous rappelle rien, des fois ?). Au contraire, chaque individu a besoin de se structurer dans le milieu où il a grandi et de s’y familiariser, de s’y assimiler.

Savoir d’où l’on vient, c’est important. Savoir où l’on va, ça l’est tout autant.

 

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  1. CRAN : marque déposée dit :

    Le CRAN : … service de sécurité pour la protection des biens et des individus …

    Sources :
    http://bases-marques.inpi.fr/

    Recherche par nom de marque : CRAN

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    Marque : Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN)

    Classification de Nice : 45

    Produits et services : 45

    Services juridiques ; médiation ;
    service de sécurité pour la protection des biens et des individus ;
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    consultation en matière de sécurité ; ouverture de serrures ;
    location de vêtements ;
    agences de détectives ; recherches judiciaires ;
    conseils en propriété intellectuelle.

    Déposant : M. Louis-Georges Tin, 26 rue de Lappe, 75011, Paris, FR

    Mandataire : M. Louis-Georges Tin, 26 rue de Lappe, 75011, Paris, FR

    Numéro : 3965749

    Statut : Demande publiée

    Date de dépôt / Enregistrement : 2012-12-03

    Lieu de dépôt : 92 INPI – Dépôt électronique

    Historique :

    Publication 2012-12-28 (BOPI 2012-52)

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    Sources :
    http://bases-marques.inpi.fr/

    Recherche par nom de marque : CRAN

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