Le torchon brûle-t-il entre Obama et Kim Jong-Un ?

Sommes-nous à la veille d’une guerre thermonucléaire entre les USA et la Corée du Nord ? Malgré les déclarations de part et d’autre, largement relayées par nos médias « mainstream » sans aucun recul journalistique, il semble que non. C’est en tout cas l’avis de Régis Chamagne, ancien Colonel de l’armée de l’air, et responsable national de l’UPR en charge des questions de défense.


Existe-t-il un risque de conflit nucléaire avec la Corée du Nord ?

Du 1er mars au 30 avril 2013 se déroule, en Corée du Sud, l’exercice annuel conjoint entre les forces armées sud-coréennes et étasuniennes « Foal eagle ».

La Corée du sud, « poulain de l’aigle »

Littéralement, foal eagle signifie « le poulain de l’aigle » ; c’est dire l’importance stratégique que revêt la Corée du Sud pour les États-Unis d’Amérique, sachant que l’aigle représente les États-Unis eux-mêmes.

Ces exercices – les plus longues manœuvres militaires au monde – sont à caractère défensif et permettent de tester d’une part la capacité des États-Unis à soutenir la Corée du Sud face à une menace nord-coréenne en y déployant rapidement une force de projection et d’autre part l’interopérabilité procédurale et technique (en matière de commandement, de logistique et de manœuvre tactique) entre les deux armées.

Cette année, les exercices « Key Resolve », qui prennent place parmi les exercices « Foal eagle », impliquent près de 10.000 militaires sud-coréens et près de 3.500 soldats américains et dureront jusqu’au 21 mars.

Tous ces exercices conjoints sont traditionnellement accompagnés de menaces de la Corée du Nord de riposter en cas d’attaque de son territoire.

Des gesticulations militaires plus spectaculaires de part et d’autre

Mais cette année, les gesticulations de part et d’autre ont franchi un cap.

– La Corée du Nord a menacé les États-Unis d’une « frappe nucléaire préventive » ainsi que d’annuler l’armistice conclu à la fin de la guerre de Corée

– Les États-Unis ont répondu en annonçant le déploiement de deux bombardiers furtifs B-2 ainsi que de plusieurs chasseurs furtifs F-22, les deux fleurons de l’USAF en matière offensive et défensive.

– Enfin Pyongyang a déployé deux missiles MUSUDAN, d’une portée estimée à 3000 km, sur sa côte orientale.

L’ensemble de la communauté internationale, y compris la Chine, condamne la posture prise par Kim Jong-Un, troisième dirigeant de la dynastie communiste nord-coréenne.

Alors, que signifient ces diverses manœuvres, rodomontades, surenchères et menaces respectives que se lancent les États-Unis et la Corée du Nord ?

Sans pour autant prétendre lire dans la boule de cristal, on peut tenter de dégager quelques éléments de réflexion.

La Corée du Nord est en train de réunir les conditions d’une dissuasion nucléaire

En matière nucléaire, les recherches nord-coréennes remontent à 1965 et n’ont cessé de se développer dans un perpétuel jeu de chat et de souris qu’il n’est pas utile de détailler ici avec l’AIEA, la Chine, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et les États-Unis ; cela grâce à l’uranium que la Corée du Nord possède dans son propre sous-sol.

Trois essais nucléaires de faible puissance témoignent de ces recherches : le 9 octobre 2006, le 25 mai 2009 et le 12 février 2013.

Le dernier essai, d’une puissance de 6 à 7 kT*, semble indiquer que la technologie nucléaire nord-coréenne doit être celle des années 1960 ; ce serait la puissance maximum qui pourrait être contenue dans la charge utile offerte par un missile balistique (* 1 kT = 1000 tonnes équivalentes de TNT).

S’agissant des lanceurs – domaine par essence dual – la Corée du Nord s’est appuyée sur la technologie russe pour développer sa propre recherche jusqu’à mettre au point des fusées à plusieurs étages telles que le missile balistique TAEPODONG-2 d’une portée potentielle estimée à 6 700 km et le lanceur UNHA-3 qui, le 12 décembre 2012, a placé sur orbite polaire un satellite d’une masse de 100 kg, faisant de la Corée du Nord la dixième puissance spatiale.

Le 12 décembre 2012 et le 12 février 2013 marquent donc l’arrivée à maturité des deux technologies nécessaires à l’acquisition d’une force de frappe nucléaire capable d’atteindre le territoire américain.

Cela étant, il est très probable que l’intégration de ces deux techniques au sein d’un système d’armes opérationnel n’est pas encore réalisée. C’est une question de temps, mais même alors, la Corée du Nord disposera d’une force de frappe surannée. Qu’importe, une puissance nucléaire est une puissance nucléaire, et la Corée du Nord s’apprête à le devenir dans un avenir relativement proche.

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Pékin semble prendre ses distances avec Pyongyang

Le 7 mars dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté des sanctions contre le régime de Pyongyang, à l’unanimité, c’est-à-dire que la Chine, allié traditionnel de la Corée du Nord, s’est associée au vote.

Quelques semaines auparavant, la Chine avait condamné l’essai nucléaire du 12 février, contrairement à son attitude suiviste après les deux premiers essais de 2006 et 2009. En outre, après cet essai, des manifestations avaient eu lieu devant les consulats nord-coréens dans les villes de Changchung et Chengyang, au nord-est de la Chine.

Dans le très officiel Global Time, organe du parti communiste chinois en langue anglaise, on s’interroge à plusieurs reprises sur l’état de l’amitié entre les deux pays. Deng Yuwen, rédacteur en chef adjoint du magazine de l’Ecole du Parti , le Xuexi Shibao, a même suggéré que la Chine devait abandonner la Corée du Nord qui lui coûte cher et œuvrer à la réunification de la péninsule qui irait dans le sens des intérêts économiques chinois ; il a certes été suspendu de ses fonctions.

Enfin, l’ambassadeur de la République populaire de Chine à l’ONU, Li Baodong, s’est récemment montré très critique à l’égard de Pyongyang.

Il semble que le régime de Pyongyang devienne de plus en plus difficile à « gérer » dans le cadre de la politique globale chinoise en Asie.

Kim Jong-Un, un dirigeant énigmatique

La personnalité du jeune dirigeant nord-coréen (30 ans) reste difficile à cerner pour beaucoup d’observateurs. Après avoir appelé à « cesser la confrontation entre le Nord et le Sud » en janvier 2013, il s’est lancé depuis dans une incroyable surenchère belliciste vis à vis des États-Unis. Souffler le chaud et le froid est une attitude assez caractéristique de la mentalité extrême-orientale et vise à désarçonner l’adversaire.

Ce faisant, il occupe désormais une place considérable dans les médias du monde entier. On sait par ailleurs qu’il a passé trois années de collège en Suisse et qu’il a probablement été influencé par la culture occidentale.

Plusieurs hypothèses, non exclusives les unes des autres, peuvent alors être avancées quant à
l’attitude actuelle de Kim Jong-Un :

– il pourrait mener une surenchère délibérée dans le but de gagner du temps afin d’achever la mise au point d’un système d’armes nucléaire opérationnel ;

– il pourrait chercher à s’affirmer au près de la haute hiérarchie de son pays, particulièrement la hiérarchie militaire ;

– il pourrait tester son aptitude à « jouer » avec les médias occidentaux, et pourquoi pas à essayer de les manipuler ;

– il pourrait aussi – un grand classique en politique – vouloir détourner l’attention de son peuple des questions intérieures en braquant les projecteurs sur les questions internationales.

Ces hypothèses ne sont pas exclusives les unes des autres ; il y a probablement une combinaison de causes diverses au comportement actuel du dirigeant nord-coréen.

Conclusion

Même si les dirigeants américains disent prendre au sérieux Kim Jong-Un, peut-être dans un jeu de manipulation retournée d’ailleurs, les menaces du dirigeant nord-coréen ne sont très probablement que quelques rodomontades de plus à mettre à l’actif du régime de Pyongyang.

La récente décision du secrétaire américain à la défense, Chuck Hagel, de reporter le tir d’essai d’un missile MINUTEMAN-3 afin d’éviter que l’essai « puisse être considéré comme exacerbant la crise en cours avec la Corée du Nord » semble indiquer le début de la baisse des tensions dans la région.

Auteur : Colonel Régis Chamagne (Source)

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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