Le Liban au bord de l’embrasement : le prix que les grandes puissances feront payer aux peuples insoumis

De notre correspondant sur place.

DEUX MOIS. C’est selon un rapport européen distribué aux milieux diplomatiques et sécuritaires des pays européens, le temps qu’il resterait avant de voir le Liban plonger dans le chaos le plus total. Le rapport indique que le Liban ne tiendra pas plus de deux mois face aux tensions communautaires entre sunnites et chiites et aux affrontements qui en résultent, le dernier en date opposant le cheikh salafis Ahmad El Assir à l’armée libanaise. En pleine crise politique, le Liban s’approche de la situation d’un failed state, selon un diplomate français. Explications.

En début de semaine, l’armée libanaise est parvenue à neutraliser le cheikh Ahmad El Assir et à détruire son QG à Saïda. Les combats entre les partisans du cheikh salafiste et l’armée auront fait 17 morts dans les rangs de l’armée ainsi que des dizaines de blessés. Saluée par l’ensemble du peuple libanais, cette victoire ne peut faire oublier les terribles menaces qui pèsent toujours sur le Pays du Cèdre. Le quotidien Al Akhbar rappelle, dans un article publié le 25 juin 2013, que si la page El Assir est tournée, de nombreux autres cheikh salafis du même acabit sont toujours opérationnels, à Beyrouth et à Tripoli. Ces groupes ont montré leur capacité à réagir de manière coordonnée en tentant de bloquer certaines routes et en défilant en arme en solidarité avec El Assir.

En commentant la mobilisation qui à eu lieu à Tariq al Jdideh pendant le siège de Saïda, un observateur attentif rapporte : « nous avions un Ahmad al-Assir à Saïda et (nous en avons) trois à Tripoli, pour finir à en avoir cinq ou six a Beyrouth. » Tout comme Assir cherchait à créer une ligne de front avec les chiites de Saïda, les cheikhs de Beyrouth peuvent l’imiter en provoquant des tensions confessionnelles, leur territoire s’étendant tout au long du bastion du Hezbollah de Dahiyeh (banlieue sud de Beyrouth). 1

Ahmad el-Assir

Ces groupes salafis, dont la plupart étaient inconnus avant le début de la guerre syrienne (à l’instar d’El Assir), n’hésitent plus à répandre des discours ouvertement racistes et haineux envers la communauté chiite. Actifs bien avant l’intervention du Hezbollah en Syrie, ces détraqués font tout pour déclencher une fitna sanglante entre les citoyens musulmans du Liban. El-Assir a montré que les terribles menaces proférées dans ces discours seraient mises en oeuvre. Pourtant bien loin du mode de vie libanais et des aspirations populaires au vivre ensemble, ces extrémistes se sentent pousser des ailes. Pourquoi?

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Dans le même article, le quotidien Al Akhbar pointe la responsabilité des partis politiques du 14 mars, en particulier le Courant du Futur, le principal parti politique sunnite.

Le Courant du Futur est aujourd’hui profondément impliqué dans l’émergence des groupes jihadistes et Salafis au Liban et en Syrie, en justifiant constamment leurs actes de plus en plus indéfendables, même quand leurs victimes sont des membres de l’armée libanaise. Le revirement radical du parti sunnite majoritaire exprime sa détermination à dégager le régime d’Assad de Damas en entrainant le Hezbollah dans un conflit sectaire local.2

Au début des combats entre El Assir et l’armée libanaise, Ibrahim El Amin, éditeur en chef d’Al Akhbar, avertissait déjà en parlant du conflit:

Cela place le 14 mars dans la position peu enviable d’essayer de prouver sa loyauté à l’Etat et aux forces armées, après avoir couvert leur paris en faveur de l’opposition syrienne et de leurs supporters Salafis au Liban. S’ils choisissent de continuer à saper le moral et l’autorité de l’armée dans le contexte actuel de polarisation, alors ils se dirigent surement vers le suicide politique.3

Saad Hariri

Le regain de tension communautaires et des provocations des groupes salafis coïncident en effet avec une virulente campagne du Courant du Futur contre le Hezbollah. Quelques jours avant le début des hostilités entre El Assir et l’armée, les déclarations des représentants de ce parti se multipliaient à l’encontre du Hezbollah, Saad Hariri prononçant un discours le 14 juin dans lequel il accusait le Hezbollah d’être une « menace existentielle pour le Liban » sans pour autant condamner les provocations des extrémistes salafis à Saïda, Beyrouth et Tripoli. Le 21 juin, à la veille des hostilistés, c’est Ahmad Hariri, secrétaire général du parti, qui appelait à « chasser les sbires du Hezbollah de Saïda. » Ces discours ont eu très peu d’écho chez les populations sunnites, comme le rapporte un chroniqueur du journal As Safir :

Il se peut que la majorité des Sunnites Libanais soient hostiles à la participation du Hezbollah dans les combats en Syrie, mais la plupart d’entre eux craignent plus que jamais que le pays ne soit entraîné dans une sédition aveugle qui introduise le pays dans une guerre civile  aux séquelles catastrophiques. (…) Certains observateurs sunnites, poursuit le chroniqueur, pensent que ce comportement incitatif crée un environnement qui permet de générer des conflits sectaires communautaires, et se fiche du destin des Libanais, les sunnites entre autre, les seuls qui auront à payer le prix de toute aventure.4

Les centaines de milliers de dollars versés par le Qatar et l’Arabie Saoudite aux groupes salafis constituent le second facteur expliquant la poussée de ces derniers. Une source proche d’un chef d’État du Golfe mais tenant à l’anonymat rapporte au journal libanais al-Joumhouriya que son gouvernement à :

dépensé de grosses sommes d’argent à Saida et ailleurs  pour provoquer un conflit sunnite-chiite et non un conflit avec l’armée libanaise. Un conflit avec l’armée unifie les Libanais contre les meurtriers des soldats et nous embarrasse devant nos alliés occidentaux, notamment la France.

L’objectif de ces investissements nauséabonds est d’entraîner le puissant parti chiite armé dans un enlisement d’un conflit communautaire général au Liban. La situation en Syrie laisse à penser que sans l’intervention du Hezbollah, le régime d’Assad aurait pu tomber, les rebelles se rapprochant dangereusement de Damas avec le soutien de l’Occident, des pays du Golfe, de la Jordanie et de la Turquie. Le Qatar et l’Arabie Saoudite ont ainsi beaucoup perdu en misant sur la victoire des mercenaires combattants en Syrie et veulent ouvrir un nouveau front au Liban contre le Hezbollah. Heureusement pour le Liban, jusqu’à aujourd’hui, le Hezbollah à déployer tous ses efforts pour ne pas faire plonger le Liban dans le chaos, ne répondant à aucune des provocations et préférant collaborer avec l’armée libanaise.

Image d’un combattant salafiste en Syrie

Le conflit en Syrie est le troisième facteur explicatif. Le déchaînement de violence et le développement de groupes jihadistes salafis a galvanisé les salafis du Liban. Leur regain d’activité coïncident avec le début du conflit syrien qui leur a permis de légitimer leurs actions, au nom de la « révolution syrienne » et avec la complicité des partis politiques du 14 mars. L’arrivée de mercenaires syriens et de réfugiés leur a offert une réserve d’hommes à recruter, même si dans leur majorité, les réfugiés syriens sunnites n’ont rien à voir avec les groupes salafis et leurs actes. Scarlett Haddad, journaliste au quotidien libanais L’Orient Le Jour rapporte:

L’armée a donc suivi de près son parcours et ses tentatives de recrutement de jeunes à Saïda, surtout lorsqu’il a commencé à recevoir un financement de l’étranger. Lorsqu’il a vu que ses thèses n’étaient pas très populaires à Saïda, notamment après le sit-in qu’il a effectué pendant plusieurs semaines et qui a paralysé la vie économique de la ville, cheikh el-Assir a commencé à tâter du côté des Palestiniens, notamment grâce à Abdel Rahmane Chmandour, le frère de Fadel Chaker et le chef de Jund el-Cham dans le camp de Aïn el-Héloué (Chmandour a été tué au cours des combats d’hier). Là aussi, il n’a pas eu beaucoup de succès, la grande majorité des organisations palestiniennes préférant rester à l’écart des conflits internes libanais. Cheikh el-Assir s’est alors rabattu sur les déplacés syriens qui affluent en masse au Liban, au point que, selon la source militaire précitée, plus de 80 % de ceux qui combattent à ses côtés sont syriens.5

Le soutien massif et inconditionnel des puissances occidentales aux rebelles syriens, ainsi que le soutien de la Turquie et des pays du Golfe, on créé chez les salafis libanais le sentiment qu’ils pouvaient tout se permettre, y compris s’attaquer à l’armée libanaise et plonger le pays dans la guerre civile, du moment que cela se faisait au nom de la « révolution » syrienne.

Convergences des intérêts et guerre internationale

On constate donc la formation d’une communauté d’intérêts entre certaines forces politiques au Liban (14 mars), les pays du Golfe (Arabie Saoudite et Qatar), la Turquie et les puissances occidentales. Il ne s’agit pas du seul régime de Damas, mais du Hezbollah, de l’Iran et, au delà, de la résistance des peuples arabes face aux politiques occidentales dans la région dont les premiers partenaires sont les pays du Golfe et les gouvernements dominés par les Frères Musulmans (qui ont remplacés, dans ce rôle, les dictateurs laïcs).

Si Assad a toujours était considéré par les occidentaux comme un moindre mal, un dictateur capable de tenir son peuple et d’appliquer les réformes de libéralisation de l’économie voulu par le FMI et la Banque Mondiale, son inscription dans l’axe Iran-Hezbollah et sa préférence pour la Russie lui vaut aujourd’hui l’ingérence occidentale en faveur de l’opposition

Pars South, l’un des plus grand champ gazier du monde

syrienne. L’un des enjeux principaux pour les pays européens est l’approvisionnement en gaz. En effet, l’Europe dépend en grande partie du gaz russe Gazprom. Le Qatar est propriétaire d’une partie du plus grand champ gazier du monde mais peut difficilement exporter ses ressources, en raison du blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Il avait été proposé à Assad que son pays soit le dernier passage d’un gazoduc partant du Qatar afin d’alimenter l’Europe, mais le Président syrien avait refusé. Le renversement du gouvernement syrien et la mise en place d’un nouveau régime dominé par les Frères Musulmans (eux même dépendant du Qatar) permettrait au projet occidental et qatari de voir le jour. De même, les partis politique du 14 mars, liés à une partie de la bourgeoisie libanaise tournée vers l’Occident, ont tout aussi intérêt à voir tomber l’un des principaux soutien au Hezbollah et mettre ainsi la main sur la totalité de la scène politique libanaise.

Sur le plan régional, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont aussi très impliqués dans ce conflit afin d’affaiblir l’Iran, puissance régionale rivale. L’Islam chiite étant la religion d’Etat de l’Iran et la confession de l’écrasante majorité de ses citoyens, les pays du Golfe s’attachent à provoquer des haines communautaires entre chiites et sunnites, afin d’entraîner les populations arabes dans ce conflit. Les pays du Golfe font face, dans le silence assourdissant des pays occidentaux, à de grands mouvements de révoltes contre les monarchies aux Bahrëin, au Yemen et en Arabie Saoudite. Au Bahrëin, les chiites constituent la majorité de la population, et 45% de la population du Yemen. En Arabie Saoudite, ils sont presque 20%. Avec la plus grande complicité des Etats occidentaux, ces mouvements sont réprimés par les pétro-monarchies. Provoquer des tensions communautaires permettent à ces Etats de délégitimer ces mouvements nationaux contestataires et un embrasement de la région, dans un conflit politique transformé en conflit communautaire, serait pour eux un formidable moyen de maintenir leur propre régime réactionnaire. Ni en Syrie, ni au Liban, ni dans les Etats du Golfe, il ne s’agit de conflits communautaires. Il s’agit de conflits fondamentalement politiques, aux enjeux économiques et géostratégiques.

Il y a donc trois niveau d’enjeux : locaux (la chute du Hezbollah et de ses soutiens), régionaux (rivalité pays du Golfe/Iran) et internationaux (containment face à la Russie). Cette guerre n’est pas une guerre pour les intérêts du peuple syrien. Ce n’est plus une guerre civile. C’est un conflit international aux multiples dimensions, aux enjeux géostratégiques et économiques. Ibrahim Al Amin, rédacteur en chef d’Al Akhbar souligne:

Aujourd’hui, le Hezbollah est une puissance régional majeure. C’est le cas depuis les dix dernières années. Avec la libération de 2000 et la défaite israélienne à Gaza, puis la défaite américaine en Irak, suivie par l’échec de la tentative de contrôle du Liban après l’assassinat de Rafik Hariri, puis la guerre de juillet 2006, le Hezbollah a traversé – ou a était entraîné dans – plusieurs expériences et théâtres. Il a élargit son expertise, amélioré son influence et doublé ses capacités. (…) Sciemment ou inconsciemment, le Hezbollah est devenu synonyme du rejet des avatars américains et européens, qu’ils soient arabes ou pas. (…) Le nouveau rôle du Hezbollah est de mener une transformation Levantine – sinon arabe – en cours, visant à redessiner la carte politique, économique et sociale de pays de 75 millions d’Arabes. Le Hezbollah peut être un levier, mais ne peut pas produire une transformation complète et n’a jamais prétendu le faire.
Le bon sens nous dit que cette mission cherche à regagner les droits individuels et collectifs des Arabes à résister à l’occupation des Etats-Unis, d’Israël ou de leurs agents dans le Levant. La mission vise à relancer l’identité nationale réelle de tous les Arabes.

La terrible réalité de la guerre

Il s’agit de bien prendre la mesure des conséquences des agissements et des déclarations des responsables politiques des pays du Golfe et des puissances occidentales. Ce qui s’est passé à Saïda ces derniers jours n’est qu’un avant goût du prix que les libanais seront amenés à payer – et que le peuple syrien paie déjà – si un coup d’arrêt n’est pas mis à la marche à la barbarie organisée et financée par les pays précités. Un article de l’Orient Le Jour décrit:

Un peu plus loin, un homme âgé trébuche sur les débris de verre. Il se blesse la main, s’approche d’un tank de la troupe. Trois commandos effectuent les gestes de premier secours : alcool, coton, sparadrap…
Dans le même secteur un adolescent entre par mégarde dans une ruelle toujours interdite d’accès. Un officier s’approche, lui demande sa carte d’identité, le fouille. « Je suis originaire de Chebaa, mais j’habite le quartier. » L’officier, qui trouve dans la poche de l’adolescent une balle non explosée, le roue de coup. « Je viens de la ramasser dans la rue en guise de souvenir », implore-t-il.

C’est un paysage triste et désolé qui régnait hier sur ce qui était le périmètre de sécurité du cheikh Ahmad el Assir. Le parvis de la mosquée et les rues qui lui sont adjacentes, dont celle qui abrite les appartements relevant du Hezbollah que l’imam de la mosquée Bilal ben Rabah voulait fermer, s’étaient transformées durant plus de 24 heures en champ de bataille.
Dans la matinée d’hier, ce périmètre sentait toujours l’odeur du caoutchouc brûlé. Les rues étaient jonchées de bris de verre, de feuilles et de branches d’arbres, ainsi que de milliers de douilles de balles de divers calibres. Ici, chaque immeuble a été atteint par des balles ou des roquettes et des appartements entiers, situés notamment aux derniers étages, ont pris feu. Devant les bâtiments, des voitures sont saccagées.
Les commandos de l’armée encerclaient toujours le périmètre et procédaient à faire exploser des bombes et des mines laissées par les hommes d’el-Assir. Nombre d’habitants n’ont pas eu le temps de fuir et ont passé plus de 24 heures coincés chez eux. Certains se sont réfugiés à plusieurs dans des salles de bains sans fenêtre, d’autres dans les corridors des appartements, d’autres encore sur le palier de leur appartement, comme aux pires moments de la guerre du Liban.
D’ailleurs dans les escaliers de nombreux immeubles, l’on pouvait encore voir, en matinée, des chaises en plastique, des coussins, des assiettes à moitié entamées, des bols de yaourt… Hier, ces habitants étaient toujours sans eau ni électricité.

Ecoles fermées, coupures d’eau et d’électricité, arrêt de l’activité économique, immeubles dévastés et voitures détruites, mines. Et la peur qui ne te quitte plus, qui t’accompagne dans tes moindres gestes. Voilà le prix que les populations payent pour que les puissances occidentales et du Golfe conservent leurs intérêts économiques. Voilà le vrai visage du système de production capitaliste et de sa classe dirigeante, les bourgeoisies et leurs concurrences. Concurrentes entre elles, mais tellement unies quand il s’agit de protéger ce système face à la colère des travailleurs et des jeunes du monde entier.

Chroniqueur au journal Information Ouvrière (journal hebdomadaire du POI), François Lazar conclut:

Si le régime syrien tient toujours, c’est parce qu’une large majorité de la population est effrayée par le chaos qui résulterait de sa chute. C’est pour camoufler cette réalité, et surtout pour l’anéantir, que les grandes puissances ne cessent de parler d’une guerre religieuse entre chiites et sunnites, et de la fomenter sur le terrain. Dans ce cadre où les marchands de canons de tous bords peuvent se frotter les mains, ce sont les grandes puissances impérialistes qui prennent l’entière responsabilité de la barbarie qui menace de s’étendre à toute la région.

L’ingérence, contre le droit des peuples à disposer d’eux-même, conduit au chaos. C’est l’Irak, l’Afghanistan, Haïti, la Libye, la Syrie. Demain le Liban et après ? Il y a urgence à mettre un coup d’arrêt à la marche à la guerre que mène les grandes puissances.

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1http://english.al-akhbar.com/content/lebanon-many-assirs-beirut

2http://english.al-akhbar.com/content/lebanon-many-assirs-beirut

3http://english.al-akhbar.com/content/dont-leave-lebanese-army-fight-alone

4Relayé en français sur Al Manar (article original disponible uniquement en arabe sur le site du quotidien As Safir) :http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=116929&st=hariri&cid=29&fromval=3&frid=18&seccatid=23

5http://www.lorientlejour.com/article/820850/larmee-et-la-mise-en-echec-dun-plan-de-destabilisation-du-pays.html

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2 commentaires

  1. Monster dit :

    Super article !

  2. Patrick dit :

    Super oui mais tragique! Et nos pays soi-disant civilisé qui soutienne tout ça pour du pétrole et du gaz!ça dégoute vraiment. Bravo au cercle des volontaires pour vos informations

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