Algérie, pour le cinquantenaire : cancéreux, valsez, val-de-grâce, pour les personnes grasses et qui s’engraissent !

Le mot valse vient de l’allemand Walser qui signifie « tourner en cercle ». En Algérie, les cancéreux passent leur temps à tourner en rond car ils ne savent plus quoi faire. Tant qu’ils ne voient aucune issue à leur peine. Sans cavalier, ils valsent, ils valsent jusqu’à l’agonie et au repos éternel. La cérémonie du deuil peut commencer.

Il est vrai que, outre la terrible douleur physique ressentie par la personne cancéreuse, cette maladie pose beaucoup de problèmes psychologiques au malade, à sa famille et son entourage. Pour le premier surtout, elle est une épreuve existentialiste bouleversante. Cette épreuve touche tous les aspects de la vie du cancéreux, à commencer par le rapport avec son propre corps en cas d’ablation d’un organe. Un accompagnement moral et un traitement de qualité préviendraient sans nul doute les séquelles d’ordre psychologique et dans une certaine mesure, corporel.

Le 4 mai 2013, une trentaine de personnes se tenaient devant le centre de radiothérapie Marie et Pierre Curie de l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger (CPMC) pour dénoncer les cancéreux abandonnés à leur propre sort et revendiquer un accès aux soins équitable pour tous. Dans le même temps, sur Facebook, un appel est lancé « Un président qui part se soigner ailleurs que dans son propre pays alors que son peuple crève devant le pavé du délabré CMPC »(1).

Le professeur Rachid Ouslim fait éclater sa colère : « beaucoup d’argent a été gaspillé dans l’importation de certains médicaments et équipements, pendant que d’autres souffrent de pénurie de toute nature » (2). Ce coup de gueule est dû au constat des nombreux retards enregistrés dans l’acquisition des équipements médicaux nécessaires au traitement du cancer.

Les dépenses ne cessent d’augmenter d’année en année sans pour autant impliquer une amélioration des soins dans les établissements sanitaires publics. Non pas par manque de capacités humaines, mais par un déficit en équipements et en infrastructures, « d’environ 500 millions d’euros en 2000 » (3), les importations de médicaments s’élèvent à « 2,23 milliards d’euros en 2012 » (4).

Selon le directeur général du groupe public SAIDAL (5) « l’importation du médicament augmente de 20 à 30 % par an » (3 bis). L’importation des médicaments génère plus de bénéfices pour les opérateurs avides de gains faciles et sans efforts. Le marché le plus juteux en Algérie est celui du médicament. Discrète, cette activité ne mobilise pas de grands moyens. Ce secteur est une vraie mine d’or. En 2010, il y avait « plus de 400 importateurs de médicaments, 13 fois plus que le Maroc et 9 fois plus que la Tunisie… Un grossiste réalise en moyenne 250 millions de DA de bénéfice net mensuellement » (6). Les barons du médicament ont brisé le groupe SAIDAL. Ils « font la loi au niveau des prix qui ont été multipliés par deux ou trois fois pour certains médicaments devant l’étrange passivité du ministère de la Santé et de la Caisse nationale de la sécurité sociale » (7).

Il y a lieu de souligner que l’Etat méprise l’élite de la santé. Pour pouvoir faire des études en médecine, en pharmacie ou en chirurgie dentaire, il faut avoir obtenu un bac avec au minimum mention « bien ». Lors de l’élaboration de la nouvelle grille des salaires en janvier 2008, le corps médical a été largement lésé et sous classé. Depuis, leurs revendications ne sont pas satisfaites. En conséquence, en pénalisant le corps médical, les pouvoirs punissent le malade algérien.

La punition la plus sévère est réservée aux malades les plus démunis et particulièrement les cancéreux. Des pénuries sont provoquées et les prix des médicaments, imposés par les barons du médicament, flambent. Pour ceux qui ont subi une intervention, le calvaire est indescriptible. Après avoir été opéré d’un cancer, le patient doit commencer une radiothérapie dans les six semaines qui suivent. Le nombre de cas est important alors que les centres de radiothérapie publics se comptent sur les doigts d’une main. Certains ne sont mêmes pas fonctionnels. Aujourd’hui, les patients n’obtiennent des rendez-vous qu’à partir de 2014. Les pouvoirs publics semblent trouver normal que des équipements soient à l’arrêt et que les nouveaux tardent à être installé pour des raisons bureaucratiques.

L’Algérie aurait besoin d’infrastructures de proximité de « 27 centres de radiothérapie pour la prise en charge des cancéreux à l’échelle nationale » selon le professeur Kada Boualga, chef de service de radiothérapie et d’oncologie du centre anti-cancer de Blida (8).

Nous savons que plus un État dépense pour plaire ou pour acheter la paix sociale, moins il dépense pour produire ou améliorer les conditions de vie de ses citoyens. Il multiplie les réalisations de prestige sans impact sur le développement économique. A titre d’illustration, nous en citerons quelques – unes :

La grande mosquée d’Alger

•La grande mosquée d’Alger dont la réalisation est confiée à une société chinoise coûterait plus de 1,2 milliards d’euros.
• Une nouvelle résidence destinée à recevoir les hauts cadres de l’Etat est érigée au Club des Pins .Composée de 53 villas au luxe raffiné indécent, elle s’étend sur plus de 4 hectares. « La décoration a été ramenée d’Italie et les ustensiles en argent d’Espagne » (9).
L’Airbus A 340-500 présidentiel devant lequel Angela Merkel est « restée bouche bée tant le luxe et le confort sautaient aux yeux » (10).
• Chakib Khalil fait construire à Oran par SONATRACH un hôtel (le Méridien d’Oran) pour 800 millions dollars.

Un seul des ces méga – projets que les Algériens considèrent comme inutiles, aurait réglé définitivement le problème des cancéreux en Algérie.
Le Chef d’Etat Malien Amadou Toumani Touré a inauguré le 28 février 2011 un centre de radiothérapie à Bamako. Pour le chef du département de la Santé Malien « la construction et l’équipement du centre de radiothérapie a couté la bagatelle de 3,280 milliards F CFA soit l’équivalent de 5 (cinq) millions d’euros » (10).
« Ce joyau architectural » a été réalisé par l’entreprise Autrichienne « Vamed ».

En faisant appel à cette entreprise, dans la cadre de marché de gré à gré, l’Algérie aurait pu réaliser en multipliant le coût par deux pour la spécificité algérienne 10.000.000 d’euro au lieu de 5.000.000):

1- 120 (cent vingt) centres de radiothérapie à raison de plus de deux à trois centres de radiothérapie par wilaya avec les crédits destinés à la grande mosquée d’Alger.

2- 30 (trente) centres de radiothérapie avec les crédits ayant servi à l’acquisition de l’avion présidentiel.

3- 80 (quatre vingt) centre de radiothérapie à raison de plus de deux centres de radiothérapie par wilaya avec les crédits ayant permis la construction de l’hôtel Le Méridien à Oran.

« A haut risque, presque 80% des cancéreux meurent avant leur rendez- vous de radiothérapie » (11). Chaque année, ils sont environ 44.000 à souffrir de cette pathologie, sans recevoir les soins nécessaires. La prise en charge des cancéreux est « un drame » selon le professeur M’Hamed Afiane chef de service radiothérapie au CHU Mustapha Bacha. Si les capacités humaines sont suffisantes pour la prise en charge de cette catégorie de malades, l’Etat pratique une politique de non-assistance à personne en danger de mort en ne mettant pas à la disposition de ces centres, les équipements nécessaires. Dommage que l’on ne parle que de quantité et non de qualité des soins.

En Algérie, il y a trois catégories de malades :

1- La première catégorie : cette catégorie de malades super citoyens est soignée à l’étranger dans les meilleurs hôpitaux avec une prise en charge totale avec en sus un pécule en devise. Leur famille les accompagne. Le personnel de l’Ambassade ou du Consulat d’Algérie est à leur service durant leur séjour a l’étranger.

2- La deuxième catégorie : ce sont les malades qui ont de gros moyens financiers. Ils se font soigner à l’étranger.

3- La troisième catégorie : ce sont les malades les plus démunis et qui sont les plus nombreux. L’Etat les a complètement abandonnés.

Laid Seraghni


Références :

1. Algérie Focus du 1 er mai 2013

2. L’expression du 24 juin 2013

3. et 3 bis -Algérie-Politique du 21 octobre 2008

4. Algérie-focus du 2 février 2013

5. SAIDAL

6. L’Echo news du 10 mai 2010

7. Le Maghreb intelligent du 4 aout 2010

8. L’expression du 25 juin 2013

9. TSA (Tout sur l’Algérie) du 9 aout 2009

10. Maliweb.net du 1er octobre 2010

11. Al Watan du 27 octobre 2011

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1 commentaire

  1. copper lebrun dit :

    C’est éloquent mais carrément déprimant.
    Comme toutes les informations tendancielles sur ce qui a trait au cancer.
    Pourquoi laisse-t-on les gens dans l’ignorance sur l’existence de méthodes préventives et curatives (Dr Gernez, diètes et bains à la Russe) non coûteuses et compréhensibles par tout un chacun ?
    Sommes-nous à ce point devenus des moutons résignés à l’abattage ?

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