De la liberté politique (Contrepoints)

Source: Contrepoints

Auteur: Guillaume Nicoulaud

La société libre est une société dans laquelle les hommes sont avant tout libres individuellement, et non parce qu’ils disposent de libertés politiques.

Par Guillaume Nicoulaud

Par liberté, nous entendons la situation d’un homme qui peut agir sans être soumis à la volonté arbitraire d’un autre. Cette définition appelle plusieurs remarques importantes. Primo, il n’est pas ici question d’un état de fait théorique qui permettrait à un homme de faire tout ce qu’il veut ; nous restons contraint par la réalité qui, par exemple, interdit à nos semblables de voler par leurs propres moyens. Ce que nous appelons liberté, c’est l’absence de coercition exercée par un autre homme ou un groupe d’hommes. Deuxio, il va de soi que cette définition présuppose l’existence d’un libre-arbitre : sans volonté comme moteur de l’action, la liberté n’a aucun sens. Enfin, et c’est sur ce point que je souhaite insister, la liberté est – par définition – individuelle.

La société libre est une société dans laquelle les hommes sont libres individuellement. Il s’agit, bien sûr, d’un idéal vers lequel nous souhaitons tendre tout en sachant qu’il ne peut être atteint puisque que, comme le rappelle le vieil adage, « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. » L’idéal d’une société aussi libre que possible repose donc sur l’existence d’un ensemble de règles et d’institutions qui garantissent qu’aucun homme n’est soumis à la volonté arbitraire d’un autre. C’est tout le sens de l’article IV de notre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui stipule que « l’exercice des droits naturels [1] de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. »

On lit souvent, généralement sous la plume de celles et ceux qui expriment par ailleurs leur méfiance ou leur réprobation de la liberté telle que nous l’avons définie, les termes de « peuple libre » ou de « liberté politique ». Selon ces auteurs, un peuple est dit libre lorsqu’il dispose de libertés politiques ; c’est-à-dire qu’il est en droit, à divers degrés, d’influer sur les décisions publiques et leur mise en œuvre – principalement le choix du gouvernement, l’élaboration des lois et le contrôle de l’administration. C’est-à-dire qu’un peuple est présumé libre dès lors qu’il vit en démocratie.

[…] La démocratie, n’en déplaise à celles et ceux qui se paient de ces théories politiques fumeuses qui n’entretiennent avec la réalité qu’un rapport lointain (contrat social, consentement à l’impôt et tutti quanti), n’est en rien garante de nos libertés. La démocratie, disait Thomas Jefferson, n’est rien de plus que la loi de la foule, suivant laquelle 51% des gens peuvent confisquer les droits des 49 autres ; la « liberté politique », c’est le droit que s’arroge la majorité de priver la minorité de ses libertés ; certains – peu nombreux il est vrai – n’hésitent pas à écrire que le peuple nord-coréen est libre.

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