L’Éducation nationale juge l’école sexiste (Le Figaro)

Un rapport sur l’égalité entre filles et garçons remis à Vincent Peillon demande que « les stéréotypes de genre soient déconstruits et mis à distance », notamment en primaire. Le gouvernement fait du dossier une priorité.

 

L’école entretient les inégalités entre les filles et les garçons, et ce malgré le volontarisme affiché des politiques et de la communauté éducative sur la question. La faute à notre tradition républicaine elle-même, qui «peine à voir des garçons et des filles, pour ne considérer que des élèves dans une conception désincarnée de l’égalité».

Tel est le constat sans appel établi par un rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, remis en mai àVincent Peillon et publié fin juillet (*). Un document venant accréditer la politique du ministre sur ce thème placé au rang des priorités gouvernementales.

Le cliché de la fille sage et laborieuse pèse lourdement sur notre système scolaire, «même s’il est difficile de le reconnaître et le faire admettre dans une école pétrie des valeurs d’égalité», assène le rapport, qui pointe les rapports entre élèves et professeurs. Ces derniers traitent les garçons «de manière préférentielle, tout en étant convaincus d’être parfaitement équitables». La tâche de «garder» la classe lorsque le maître s’absente n’est-elle pas confiée aux filles? Lesquelles sont considérées comme «naturellement responsables et prêtes à rendre ser­vice». Les attentes des professeurs seraient par ailleurs «plus faibles» à l’égard des filles. Celles-ci reçoivent plus de questions «fermées». Mieux considérés, perçus comme ayant plus de capacités, les garçons sont plus sollicités et font plus souvent l’objet de l’attention professorale. «Ils semblent davantage évalués sur leur mobilisation cognitive, alors que les filles le sont surtout sur leur “attitude positive”», résume le rapport. L’estime de soi féminine serait largement écornée par le système scolaire.

On le sait, les filles réussissent scolairement mieux que les garçons. Plus de la moitié d’entre elles parviennent en terminale générale et technologique sans avoir redoublé dans le secondaire, contre 40 % de garçons.

La délicate question du genre

Mais l’orientation reste «sexuée». Au-delà des résultats, «les stratégies des élèves sont largement influencées par leur appartenance de genre», écrit le rapport. Ainsi les jeunes filles diplômées en sciences, filière porteuse, restent-elles minoritaires en France, comme dans la plupart des pays, hormis l’Asie centrale (53 %) et les États arabes (51 %). Paradoxalement, les classes non mixtes favoriseraient la réussite des filles et leur plus grande ouverture vers les sciences.

Ainsi donc, près de quarante ans après la loi Haby, qui a rendu obligatoire la mixité à tous les niveaux d’enseignement, et plus de trente ans après les premiers textes incitant à diversifier l’orientation des filles et des garçons et à lutter contre les discriminations sexistes, les résultats sont peu probants. «C’est un changement de regard qui paraît s’imposer, afin qu’au plus tôt dans le parcours scolaire les stéréotypes de genre soient déconstruits et mis à distance»,en conclut le rapport. Le premier degré, «angle mort des politiques d’égalité entre filles et garçons», doit faire l’objet d’une attention particulière. Quant aux programmes, ils ont insuffisamment intégré la question du genre, estime le document, évoquant un thème restreint à l’éducation civique. Mais il précise également qu’il s’agit là d’une question délicate, pouvant susciter «de fortes résistances et des réactions très négatives» dans le camp enseignant. «Le consensus (autour de l’égalité) se fissure, dès lors que l’on aborde la notion de genre, la portée des stéréotypes, la question de la discrimination positive», explique-t-il.

Le rapport préconise ainsi une formation obligatoire des professeurs sur cette théma­tique. Il se trouve que Vincent Peillon a d’ores et déjà prévu de le faire dans ses écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), qui succéderont en septembre aux IUFM. Les manuels scolaires, accusés de demeurer «une projection culturelle de la société française», sont invités à une introspection. Enfin, le texte recommande d’élaborer des «statistiques sexuées» portant sur les résultats, les orientations, les absences, mais aussi d’expérimenter des temps d’enseignement non mixtes. De quoi alimenter la politique de Vincent Peillon sur le sujet.

(*) «L’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements»

Les attitudes sexuées des élèves repérées dès la rentrée

C’est une expérimentation qui concernera dès septembre 500 écoles de dix académies et s’adressera à plusieurs milliers d’élèves de la grande section de maternelle au CM2, ainsi qu’à leurs professeurs.

Après avoir mis en avant l’expérience de la crèche Bourdarias en Seine-Saint-Denis, qui s’efforce d’offrir une éducation non différenciée aux enfants, la ministre des Droits des femmes s’attaque à l’école, avec les «ABCD de l’égalité». Ces ateliers ludiques, lancés conjointement avec le ministère de l’Éducation nationale, se veulent un lieu d’apprentissage de l’égalité. Objectif: faire en sorte que «nos enfants cessent d’intérioriser dès le plus jeune âge les inégalités qui se forment entre les deux sexes», selon les mots de Najat Vallaud-Belkacem, et déconstruire ainsi des stéréotypes de genre. Une documentation pédagogique, coproduite par les deux ministères concernés, sera mise à la disposition des enseignants. Outil pédagogique qui devrait leur permettre de repérer les attitudes sexuées des élèves et d’analyser leur propre comportement. L’expérience sera évaluée au printemps 2014, avant d’être progressivement généralisée si elle se révèle concluante.

 

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1 commentaire

  1. Pion dit :

    Théorie du genre, ou comment transformer les professeurs en agents de programmation mentale pour déconstruire les comportements sociaux transmis par la famille.
    Pour les transformer en clônes assexués, zombis du système, sans morale ni foi autre que le consumérisme.
    Je conseille clairement de garder vos enfants en famille au loin de ces fous furieux.

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