Livre : L’Empire khazar, VIIème – XIème siècle

L’Empire khazar, comme l’explique le prologue de ce livre publié aux éditions Autrement sous la direction de Jacques Piatigorsky et de Jacques Sapir, constituait jusqu’à récemment un mystère historique majeur. A tel point que certains parlaient à son propos « d’Atlantide juive », puisque le peuple khazar (ou en tout cas ses élites) s’était converti au judaïsme. Pourquoi sait-on si peu de choses sur un empire qui fut si grand ? Pourquoi cette conversion au judaïsme ? Qu’est devenu ce peuple ?

Le livre, très sourcé, est divisé en plusieurs parties, chacune étant écrite par un auteur différent : Marek Halter, Jacques Piatigorsky, Jacques Sapir, Alexei Terechtchenko et Jean-Louis Gouraud. À propos de ce peuple nomade qui s’est semi-sédentarisé, l’essentiel des connaissances acquises par les historiens est d’origine archéologique.

Nous vous proposons ici quelques extraits soigneusement choisis ; ils vont donneront – je l’espère – l’envie de lire cet ouvrage en entier.

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Extraits du prologue

Établis depuis une haute antiquité dans la région de la basse Volga, les Khazars, peuple d’origine turkmène, ont occupé la Crimée, ont bâti Kiev, ont gagné des batailles contre Byzance et les armées de l’islam et ont étendu leur pouvoir sur un territoire allant du Boug et du Dniepr jusqu’au fleuve Oural et, au nord, jusqu’à la moyenne Volga, à l’Oka et aux sources du Donets. Cela signifie sur toute la partie européenne de la Russie d’aujourd’hui.

Or en 740, à la stupéfaction du monde, les Khazars se convertissent au judaïsme.

Pourquoi à l’époque où les religions dominantes, la chrétienté et l’islam, contrôlent les grandes puissances, telles Byzance, l’Empire carolingien et le califat de Bagdad, ce peuple d’origine aryenne choisit-il la religion la plus persécutée de par le monde ? Pourquoi trois siècles plus tard a-t-il complètement disparu ?

[…]

Au Vème siècle, les Chinois, trop longtemps harcelés par ces désagréables voisins [les Turkmènes], les repoussèrent vers l’ouest en amorçant ainsi une de ces avalanches qui s’abattaient régulièrement du fond de l’Asie centrale sur l’Occident. Parmi ces peuples qui traversaient l’Oural et envahissaient les plaines de la Volga jusqu’à l’Ukraine d’aujourd’hui, s’en trouvait un plus rapide et mieux organisé que les autres et qui bientôt les dominerait tous : les Khazars.

[…]

La révolte des Russes, soutenue par plusieurs peuples formant l’empire, eut raison des Khazars. Au début du XIème siècle, tombe leur capitale et symbole de leur puissance, Itil, sur les rives de la mer Caspienne.

Je crois personnellement, avec Arthur Koestler, que si une partie des Khazars s’intègrent au royaume russe à ses débuts, la plupart d’entre eux fuient en Europe centrale, où ils rencontrent le flux d’immigrés juifs de France et d’Allemagne poussés par les croisades. De leur rencontre naît le judaïsme ashkénaze. Les noms de famille Kagan, Kaganovitch, ou encore des villages en Pologne comme Kaganka attestent dans cette région la présence des juifs khazars.

Une minorité de Khazars n’a cependant jamais quitté le Caucase, son fief. Elle y vit à ce jour sous le nom de « Juif des montagnes ». D’Azerbaïdjan au Daguestan, des villages entiers sont habités par des juifs parlant le tath qui se réclament de leurs ancêtres les Khazars.

On raconte qu’à la fin des années 1930 Staline, attaché à son Caucase natal, feuilletant l’atlas de la région, découvrit avec horreur le nom d’un bourg appelé « Yevreïskaïa Sloboda » , village juif. C’est ainsi qu’en un quart de seconde le mot juif disparut de la carte de la région et que le village prit le nom de « Krasnaïa Sloboda », village rouge. Cela n’empêche pas ses habitants d’aujourd’hui d’entretenir plusieurs synagogues où ils prient le visage tourné vers Jérusalem. Quant au vent qui s’élève au début de septembre et annonce l’arrivée de l’hiver, ils le nomment le « vent des Khazars ».

Marek Halter

 

Extrait du premier chapitre

Il existe plusieurs hypothèses sur les descendants des Khazars. On a pensé que les Tates du Caucase, peuple judaïque qui existe encore de nos jours, étaient leurs descendants. Cependant, cette filiation reste peu probable parce que les Tates parlent une langue iranienne. On peut supposer que leurs ancêtres faisaient partie de l’Etat khazar, mais ils ne peuvent être liés à l’ethnie khazare proprement dite.

L’autre peuple que l’on rattache souvent aux Khazars sont les Karaïtes de Crimée, de Lituanie et d’Ukraine, qui parlent une langue turque. Le nom de « karaïtes », à l’origine associé à une secte religieuse (à la différence des rabbinistes, ils ne reconnaissent que l’autorité de la Torah), devint plus tard un nom de peuple. Pour lier l’ethnie karaïtes des Khazars, il faut accepter l’une des ces deux hypothèses : soit les Khazars adoptèrent le judaïsme d’emblée dans sa forme karaïte, soit les israélites karaïtes établis en Crimée se mélangèrent avec la population khazare juive. L. Goumilev remarqua que les Khazars établissaient la parenté d’après le père, tandis les Hébreux le font d’après la mère. L’historien suggéra que les enfants d’un couple mixte où le père était khazar et la mère israélite pouvaient s’intégrer librement dans la société des juifs aussi bien que dans celle des Khazars. Dans le cas contraire – père israélite et mère khazare -, les enfants étaient repoussés par les deux nations. Ces parias auraient pu former plus tard l’ethnie karaïte, mais ce ne sont que des hypothèses.

En conclusion, on pourra citer une théorie exposée dans le livre d’Arthur Koestler, La Treizième Tribu. Selon lui, tous les Ashkenazim, les Ashkénazes, descendraient des Khazars convertis au judaïsme ; ils auraient migré vers l’ouest et auraient oublié leurs origines, ne se condiférant que comme juifs. Cette théorie était destinée à priver l’antisémitisme de son argument ethnique. Il en résulta le contrair : pour les ennemis d’Israël, ce fut la preuve que les juifs ne pouvaient prétendre à Jérusalem ni même à un passé biblique.

Laissons de côté le pour et le contre de cette théorie, remarquons seulement que les juifs apparurent en Euorpe centrale et orientale avant la chute de l’Etat khazar, ce qui rend moins probable la supposition de Koestler. On peut cependant admettre l’idée qu’une partie de la population khazare pratiquant le judaïsme aurait été absorbée par les Ashkénazes.

Jacques Piatigorsky et Jacques Sapir


Le chapitre sur Arthur Koestler  est tout aussi passionnant : on y apprend que le début de la recherche historique sur les Kazhars est très vite préemptée par les soviétiques à des fins de propagande. On y apprend que « le héros sioniste [de Koestler] était, tout au moins au début, Vladimir Jabotinsky ». On s’étonne également de ce voyage finalement annulé qu’il devait faire en 1931, à bord d’un zeppelin allemand, pour découvrir et revendiquer des îles vierges du Pôle Nord, pour le compte… du « futur Etat d’Israël » !

Assurément, ce livre vous fera voyager… dans l’espace et dans le temps !

Raphaël Berland

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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