Paris – Congrès des femmes kurdes d’Europe

A Paris, le 7 et 8 septembre 2013 s’est déroulé  le congrès des jeunes femmes kurdes d’Europe.

Il s’agit d’un congrès inédit dans l’histoire, et ce pour deux raisons. La première, par son contexte, faisant écho à l’assassinat des trois militantes kurdes en janvier dernier à Paris et d’autre part, c’est la première fois que les jeunes femmes kurdes d’Europe se réunissent dans cette ville prenant les devants de leur avenir et de la société dans laquelle elles aspirent à vivre.

Plus d’une centaine de femmes, étudiantes, femmes actives ou encore femmes au foyer, véritable administratrice de la maison, sont venus de toute l’Europe (Angleterre, Allemagne, Suisse, France, Belgique, Pays-Bas…) à Paris pour aborder des sujets d’économie, de la place de la femme au Moyen-Orient, de la guerre en Syrie et bien sûr de l’exécution de femmes politiques kurdes en France.  Les femmes kurdes étant en général très politisées, elles occupent une place très importante dans la cause kurde.

Des femmes kurdes de toutes confessions (chaldéenne, chrétienne, alevi, chiite, sunnite…)  étaient réunies ce week-end formant une magnifique mosaïque spirituelle.

Dans un premier temps, cette conférence a était effectuée en la mémoire des trois femmes politiques kurdes, Sakine CANSIZ, Fidan DOGAN et Leyla SOYLEMZ, exécutées en plein cœur de Paris le 9 janvier 2013 dont le principal présumé emprisonné est soupçonné d’être un agent du MIT (services secrets turcs). Ces assassinats ont eu lieu avec acharnement et cruauté par les mains de barbares : cinq balles dans la tête et dans la nuque de chacune de ces femmes.

Nous demandons aux personnes qui sont au gouvernement français que toute la lumière soit faite sur ces assassinats politiques.

« La France doit la vérité aux familles, au peuple kurde et aux citoyens français. A travers ces exécutions, c’est notre démocratie qui a été humilié, piétinée et insultée», dit une intervenante.

Le peuple Kurde, comme tout être humain épris de justice et de vérité, ne cessera jamais d’exiger la vérité par une attention constante,  sans faille et sans relâche.

« Ce triple assassinat nous fera doubler de force » affirme une intervenante « Nous avons besoin que les jeunes femmes Kurdes prennent de la force en elles-mêmes et autour d’elles pour combattre les rapports de pouvoirs et de forces qui oppriment les peuples opprimés dans le monde », ajouta une autre intervenante.

Leader kurde Abdullah OCALAN emprisonné sur l’île d’Imrali

Elles ont également abordés le processus de paix entre le parti des travailleurs du Kurdistan et le gouvernement Turc de l’AKP (conservateur / islam de droite) soupçonné de vouloir saboter le processus de paix, la volonté du peuple kurde de vivre en paix en Turquie et la libération du leader kurde Abdullah OCALAN, emprisonné à perpétuité sur l’île d’Imrali.

Dans un second temps, elles ont discuté des problèmes sociaux, politiques et culturels que rencontrent ces femmes en Europe.

A l’occasion de cette rencontre et au fil des débats, »nous avons constaté les attaques du système capitaliste et impérialiste sur la condition de la femme. »

D’autres part, elles ont été fermes et largement réfractaires quant à l’intervention militaire franco-américaine en Syrie, faisant barrière à l’impérialisme.

« La Syrie est le dernier rempart des appétits impérialiste » (…)  « (cette politique de va-t-en guerre est)le bruit d’une guerre totale qui va embraser le Moyen-Orient »…

« La Turquie est une station internationale très importante qui fait d’elle un partenaire économique important à travers des contrats de livraison d’armes et des lois anti-Kurdes**»

Elles ont également appelés à lutter aux idéologies patriarcales et au modèle féodal au Moyen-Orient.

Bien que la Turquie est un pays développé dans l’Ouest, dans l’Est à majorité peuplé de kurdes et d’araméens, elle reste largement  sous-développée : taux de chômage très important ; aucune infrastructure ; jeunes qui s’engagent dans le maquis par conviction ou se tournent vers les tatouages et la drogue par ennui. L’accès aux soins étant également très inégal.

Pour illustrer ces propos, l’exemple de ma tante, décédée à l’âge de 75 ans d’une infection dûe à un stérilet qu’elle n’avait pas changé depuis plus de 20 ans. Par honte, elle n’en avait  parlé à personne. D’un œil européen, c’est quand même idiot de mourir ainsi mais au Moyen-Orient notamment en Turquie ces phénomènes sont malheureusement encore récurrents.

Les intervenantes ont invité les jeunes femmes kurdes à être créatives, à mettre en place un système alternatif au capitalisme, au matérialisme, à ne pas devenir une femme objet, à lutter contre l’individualisme au sein de leur famille, à créer des coopératives, à échanger, à ne pas s’isoler, à nouer des liens… En effet, selon une intervenante, l’individualisme serait une invention impérialiste alors que les peuples du Moyen-Orient sont réputés pour leur hospitalité, leur accueil et leur convivialité.

Nous invitons les jeunes femmes Kurdes à s’organiser sous le perron « Des jeunes femmes Kurdes d’Europe » pour résoudre les problèmes de la société qu’elles rencontrent dans n’importe quel pays d’adoption et à faire face à la mondialisation.

La femme (en tant que fille,  sœur, mère, ou femme mariée)  est la clé de voûte de la famille, elle peut changer toute une société.

Les femmes du congrès remercient également les hommes présents à l’extérieur de la tribune et qui ont aidé dans l’aspect technique à l’organisation de ce congrès, sans quoi ce dernier n’aurait pu avoir lieu (déjeuner, impression des programmes, sécurité, transports).

Le Cercle des Volontaires rappelle que le droit à l’auto-détermination des peuples et le droit de vivre dignement est l’essence même du droit international, c’est un combat sans racolage politique, ni intérêt économique.

A nos trois femmes kurdes,

Les martyrs ne meurent jamais.

 

** Loi de 2011 sous le mandat présidentiel de Nicolas SARKOZY quant à la collaboration des agents français avec les services secrets turcs concernant les militants Kurdes.

***Les noms des politiciennes et intervenantes n’ont pas été cités par soucis de confidentialité.

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