Traité de Lausanne : l’origine du conflit turco-kurde

Je m’apprêtai à écrire un article sur l’origine du conflit kurde lorsque Erdogan, 1er ministre de la Turquie, a dévoilé son « paquet démocratique »  le 30 septembre dernier comme pour répondre au vent de Gezi et à la pression du processus de paix avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan.

Le pack démocratique permet aux Kurdes désormais d’utiliser les lettres Q, X, W,  renommer leurs villages avec leurs anciennes appellations kurdes, et disposer d’une éducation en kurde dans les écoles privées.

Un « pack de mesures démocratiques » comme pour renouveler l’image du 1er ministre turc et se présenter aux présidentiels de 2014 mais revenons en à l’origine du conflit, le sujet de cet article.

Alors que la Turquie utilise de forts moyens médiatiques pour se présenter elle-même comme un exemple d’état démocratique au Moyen-Orient; le conflit turco-kurde est souvent occulté par les médias ; et pour cause la Turquie est le premier pays au monde  de journalistes emprisonnées. Par conséquent, l’information est parasitée pas, elle ne circule pas et il est bon d’y passer ses vacances dans des stations balnéaires.

En effet, la Turquie qui par ses échanges commerciaux, industriels et sa participation active à l’OTAN devient un allié fondamental et stratégique pour les Occidentaux au détriment du peuple Kurde qui représente 25 millions d’individus dans ce pays.

Le Traité de Sèvres de 1920 prévoit le démantèlement de l’Empire Ottoman. Il prévoit qu’une zone soit administré par la France, une autre par la Grande-Bretagne et un Kurdistan libre et indépendant.

 Ce traité conclu, le 10 août 1920 entre les Alliés préconisait dans la section III (art.62-64), la création d’un état kurde.

Mustapha Kemal Atatürk

Jusqu’à sa victoire définitive sur les Grecs en 1922, le Mustafa Kemal n’a cessé de promettre un état musulman des Turcs et des Kurdes. Après la victoire, à la Conférence de paix réunie à Lausanne, les délégués turcs affirmeront parler au nom des nations soeurs kurdes et turques. Le 24 juillet 1923, un nouveau traité fut signé dans ce contexte entre le gouvernement kémaliste d’Ankara et les puissances Alliées rendant caduc le Traité de Sèvres, ceci sans apporter une garantie en ce qui concerne le droit des Kurdes.

Cependant, 4 ans plus tard, en 1924 arrive le Traité de Lausanne arrive sur la scène internationale, à la période même où des sites pétroliers et de gaz sont découverts dans le Kurdistan septentrionale ( Kurdistan d’Irak).

En effet, les ressources naturelles du Kurdistan sont époustouflantes  : pétrole- surtout au Kurdistan d’Irak (régions de Kirkouk et de Mossoul), charbon, minerai de cuivre, de fer, de plomb, de chrome…

Le Kurdistan Turc quant à lui dispose de forêts, de pâturages généreux  favorables à l’élevage et l’agriculture contrairement à l’Ouest de la Turquie dont la nature du sol est très aride.

La région du Kurdistan est également traversée par deux grand fleuves : Le Tigre et l’Euphrate, devenus ainsi des enjeux majeurs au sein d’un Moyen-orient en carence d’eau.

Ainsi le Traité de Sèvres est rectifié par le Traité de Lausanne qui prévoit la dissolution de la région du Kurdistan au profit de l’état Turc.

Qui sont les signataires du Traité de Lausanne ?

Royaume-Uni : sir Horace Rumbold, Haut-Commissaire à Constantinople représentant le Roi,

France : Maurice Pellé, haut-Commissaire en orient représentant le Président de la République,

Italie : marquis Camille Raboni, Haut-Commissaire à Constantinople représentant le Roi d’Italie,

Italie encore: Jules César Montagna, Grand Officier de la Couronne d’Italie,

Royaume de Héllenies (Grèce) : E.K. Venizélos, ancien Président du Conseil des Ministres

Grèce : Démétre Caclamanos, Ministre Plénipotentiaire à Londres.

Fondement et idéologie anthropologique des turcs nationalistes à l’égard des Kurdes :

Extrait de l’article de l’historien suisse Hans-Lukas Kieser nous rapportant ce que le négociateur de la nouvelle République turque, le Dr Riza Nur, pense des Kurdes aux négociations du Traité de Lausanne en 1924 :

L’idéologie du docteur Riza Nur, un spécialiste en chirurgie, est radicale, comme le prouvent ses notes privées sur les négociations :

«Il est d’intérêt vital et parfaitement juste de ne laisser vivre aucun humain d’une autre race, d’une autre langue et d’une autre religion dans notre patrie. Sur la même page, il ajoute que les non-Turcs et les non-musulmans sont un élément étranger, un fléau et des microbes. Que faire des Kurdes, pourtant musulmans? Moyennant un programme d’assimilation suivi il faut les purifier de leurs langue et race distinctes. »

L’importance des foyers de Lausanne et de Genève : 

Derrière la Conférence et l’introduction du Code Civil il y a une histoire peu connue, mais importante, qui a comme actrice la diaspora turque à Lausanne et ailleurs en Suisse. A partir des années 1890, Genève et Lausanne sont devenus des lieux privilégiés d’exil et de formation supérieure pour les Ottomans musulmans. Ceux-ci arrivèrent d’ailleurs tardivement, comparés aux chrétiens ottomans ou ex-ottomans des Balkans et aux Arméniens déjà solidement installés à côté des étudiants russes, surtout à Genève.

C’est l’exemple de diasporas cloisonnées, organisées autour de clubs ethnico-nationalistes grecs, serbes, bulgares, arméniens, sionistes, albanais et égyptiens qui alors servent de modèle à une diaspora turco-ottomane dépaysée et idéologiquement désorientée. En 1911, le Foyer Turc de Lausanne est fondé et se réunit 19 Avenue de Riant-Mont. Il est en contact étroit avec celui créé synchroniquement à Genève et forme le centre du mouvement turquiste en Europe dont le fervent membre Mustafa Kémal.

Ainsi nous pouvons constater que d’une part, nous avons les turcs, ces envahisseurs mongoles, et d’autres part les turquistes formés en Suisse  dont Mustafa Kemal (né à Thessalonique en Grèce et de confession sabbatéenne) le leader du mouvement nationaliste Turc.

La République de Turquie soit les États-Unis du Moyen-Orient est un pays tout jeune ; encore plus jeune que les États-Unis d’Amérique…

Pour en revenir au Paquet des mesures Démocratique du gouvernement AKP (conservateur religieux et capitaliste)  la question kurde doit être résolue par une solution pacifique et politique tels que l’éducation gratuite dans la langue maternelle et la cessation immédiate des arrestations de personnalités politiques Kurdes.

http://www.hist.net/kieser/ma10/Lausanne1922-23.html

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4 commentaires

  1. Bonjour L’Eden du Bohtan,
    Plusieurs internautes nous ont demandé des preuves ou au moins des sources indiquant que Atatürk était sabbatéen.
    Merci t’avance pour tes précisions.

  2. Hanim dit :

    Remarque pertinente !

    « Il faut savoir que le mouvement des Jeunes Turcs au début du XXe siècle, la révolution kémaliste et le laïcisme occidental de la Turquie trouvent une partie de leurs origines dans le judaïsme. Les Donmehs ─ des juifs faussement convertis à l’islam (cf. Psychanalyse du judaïsme, pages 158-164) ─ ont effectivement joué un rôle important dans l’histoire récente de la Turquie. Voici ce qu’en dit Gershom Scholem, qui est l’un des grands penseurs juifs du XXe siècle : Les Donmehs, écrit-il, « ont fourni de nombreux membres à l’intelligentsia des Jeunes Turcs… Ils ont joué un rôle important dans les débuts du Comité Union et Progrès, organisation du mouvement Jeune Turc qui eut son origine à Salonique… On a la preuve que David Bey, un des trois ministres du premier gouvernement Jeune Turc et chef important du parti Jeune Turc, était un Donmeh. » (Le Messianisme juif, 1971, Calmann-Lévy, 1974, p. 235).
    Le très influent directeur de presse Alexandre Adler confirme les origines juives et maçonniques de la Turquie kémaliste : « L’un des fondateurs au moins du mouvement Jeune Turc, le 14 juillet 1889, jour centenaire de la prise de la Bastille est un Donmeh avoué, Sükrü Dey. Plusieurs généraux Donmehs se battront à la tête de leurs troupes… dans les malheureuses guerres de l’empire. Mais l’entourage de Mustapha Kemal, malgré sa totale rupture avec son comploteur ministre des Finances donmeh Djazid Bey, sera toujours rempli de sabbatéens [les Donmeh, ndlr] (et par ailleurs d’une coterie de franc-maçons musulmans sunnites à l’origine, de rite écossais). » (Rendez-vous avec l’islam, page 175).
    Dans une conférence du 14 mars 2005 à la maison Itshak Rabin, Alexandre Adler s’exprimait un peu plus librement, devant un public juif : « Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que j’ai de nombreux amis Donmeh, c’est-à-dire disciples de Sabbataï Zevi, et je les trouve assez extraordinaires… S’il n’y avait pas autant de Donmeh dans les élites turques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, il n’y aurait pas eu de kémalisme. »
    Et Adler ajoute : Les « grands Donmeh » ont été « à la tête de la réforme de l’école en Turquie » et ont créé « les premiers lycées modernes dont celui où Mustapha Kemal a fait ses études à Salonique. Bien sûr, poursuit Adler, les islamistes turcs disent que Kemal lui-même était un Donmeh, c’est faux. En revanche, son entourage, ses amis, étaient fortement Donmeh. » (http://www.beit-haverim.com/anoter/ConfAdler0305.htm).
    C’est l’influence de ces juifs Donmeh, convertis faussement à l’islam, qui permet d’expliquer l’alliance actuelle entre la Turquie et Israël, explique Alexandre Adler : « S’il n’y avait pas eu de Donmeh qui ont occupé le poste de ministre des Affaires étrangères durant les trente premières années de la Turquie laïque et qui encore aujourd’hui représentent 40 % des ambassadeurs de Turquie dans le monde, dont la totalité des ambassadeurs de Turquie aux États-Unis, depuis maintenant 1950, sans doute que la Turquie ne serait pas l’alliée d’Israël. » (Cf. Psychanalyse du judaïsme, pages 158-164).
    Il reste à savoir dans quelle mesure les généraux donmehs des armées turques ont joué un rôle dans les massacres des chrétiens en Turquie après la Première Guerre mondiale, et dans le génocide des chrétiens d’Arménie. Mais ceci est une autre histoire. »
    Hervé RYSSEN

    Par ailleurs, sa fille adoptive Sabiha GOKCEN a admis à la télévision Turque que son père avait grandi à Thessalonique…

  3. deniz dit :

    qu’es-ce qu’il ne faut pas lire ?

    ça serait l’organisation secreto pseudo maçonique qui aurait organisé le massacre des arméniens et celui des kurdes du Dersim, de Kocgiri (Sivas) et autres répressions sanglantes contre les kurdes et alevis.

    Voyons soyons un peu sérieux. Ataturk peut ethniquement ou religieusement être membre d’une communauté juive mais dela à rentrer dans le jeu des islamistes, faut stopper vos hypothèses et voir la vérité en face !!! ces derniers cherchent tous les moyens pour détruire le dogme kémaliste à fin de mettre en place des valeurs religieuses. Ces mêmes islamistes de l’époque (turques, kurdes) étaient à la base des massacres des arméniens et des kurdes de dersim avec bien sûre une structure logistique de l’état ou de l’empire.

    Mais cette idéologie raciste turque persiste toujours, voir l’appui logistique à des djihadistes contre les kurdes laiques. Le gouvernement actuel est loin d’être une membre d’une confrerie maçonique.

    Petite anecdote, Sabiha Gokcen est une orpheline arménienne dont la famille a été tuée lors du génocide. Quelle triste destinée pour cet enfant d’être l’enfant des bourreaux de ses parents. Elle a même été le symbole de la répression des derniers arméniens de Dersim en menant les bombardements contre les civils en 1937-38. Aujourd’hui c’est une fierté nationale avec l’aéroport d’Istanbul Est à son nom.

  4. Sir dit :

    Bonjour,

    Quelles sont toutes vos sources svp ?

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