Christian Gourcuff : « On ne peut pas juste considérer le joueur comme un capital »

Assez rare en interview dans les journaux nationaux, sans doute parce que Lorient reste moins vendeur que Paris, Marseille ou Lyon, Christian Gourcuff n’en reste pas moins intéressant à lire et à suivre.

Ce mercredi 9 octobre 2013, le technicien Breton livre ses sentiments sur la saison en cours au journal L’Équipe. Bien sûr, il parle de football. Mais, pour une fois, un article de quotidien sportif ne se limite pas à la surface, aux états d’âmes immédiats ou aux sempiternelles considérations « technico-tactiques » des footballeurs. Ici, on parle d’économie du football, et de celle vécue au quotidien par l’entraîneur Breton. Pas de théories fumeuses, pas de langue de bois. Gourcuff, quoi…

À la question du journaliste, Anthony Clément, « Êtes-vous toujours condamné à devoir toujours reconstruire (votre effectif) ? », Gourcuff répond : « Il y a une lassitude. Si on n’avait pas vendu Gignac, on n’aurait pas grandi. Les départs de Gameiro et Koscielny sont logiques. Mais qu’on soit obligés de vendre Lemina… C’est comme Mvuemba, ce n’est pas Lyon qui l’a acheté, c’est nous qui l’avons vendu ! Ces transferts répondent à une logique financière, à l’encontre de notre compétitivité. […] »

Plus loin, le technicien continue : « Je pensais qu’on était, désormais, dans une autre logique et j’ai découvert qu’on devait vendre pour 5M€ chaque année… »

Pour Gourcuff, l’équipe est « le moyen de production (d’un club), on ne peut pas juste considérer le joueur comme un capital. »

Aux objections fatalistes sur l’obligation de vendre pour survivre, il répond que « si l’on vit à son niveau », rien n’oblige à rentrer dans cette logique inflationniste. Il fustige la surévaluation des budgets, les jeux d’écriture comptable et la gestion financière des clubs.

« C’est une fuite en avant, un raisonnement inflationniste… »

Quant au système des transferts, outre le fait qu’il rompe en permanence un équilibre précaire au sein des équipes, « il est en train de s’effondrer,[…] il y a des trucs mafieux où les joueurs appartiennent à des fonds d’investissement… »

On sait le coach morbihannais grand amoureux du jeu, du plaisir procuré aux joueurs et aux spectateurs, mais très loin des alcôves ou se décident les spéculations futures et les slogans des pros du marketing.

Alors, « le football autrement », selon lui, c’est vraiment fini ? : « Oui, c’est fini. […] Le football autrement, c’était l’authenticité. Mais il ne faut pas abandonner le foot à ces gens là, à cette logique. […] Les directeurs de communication, les financiers des clubs ne sont en rien des footeux. »

Interrogé sur son avenir, Gourcuff semble signifier son arrêt proche. Le foot, il adore, mais la logique financière autour, il en est écœuré, dégoûté. Le plaisir du jeu ne suffit plus.

Cicéron résumait ainsi la philosophie des plaisirs d’Épicure : si le plaisir est supérieur à la douleur, accepte la douleur. Mais, si la douleur est supérieure au plaisir, alors renonce au plaisir.

Pour Christian Gourcuff, il se peut que dorénavant la douleur de l’affairisme l’emporte sur le plaisir du jeu. En 25 années passées sur le banc lorientais, il aura « perdu beaucoup d’illusions ».

Article complet à lire dans L’Équipe du 9 octobre 2013, page 4.

Winston Smith

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A propos de l'auteur :

De formation universitaire en gestion financière de l’université de Constantine (Algérie), j’ai travaille comme cadre dans l’Administration. Actuellement, je suis consultant dans un cabinet d’affaires. Je suis intéressé par tout ce qui se rapporte à l’actualité nationale et internationale. Je tente de temps à autres un essai sur un sujet d’actualité. Je considère que la personnalité d’une personne peut être lue à travers ses écrits.

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3 commentaires

  1. Lisandro Dias dit :

    « il est en train de s’effondrer,[…] il y a des trucs mafieux où les joueurs appartiennent à des fonds d’investissement… »

    C’est déjà le cas au Portugal et en Espagne, ou les clubs cherchent le soutien moral et financier pour acquérir tel ou tel jour. Comprenez que de part ce système le joueur appartient à tant de pour-cent à son club, et à tant d’autres pour-cent au(x) fond(s) de pension. Ceci pouvant bien entendu entrainer des dérives…Il est très commun que les joueurs ignorent à quel(s) investisseur(s) ils appartiennent…

    Maintenant ils essayent d’amener ça en France pour palier le manque de ressources financières!

  2. gh dit :

    GOURCUFF mange comme les autres à cette soupe , il suffit de regarder son salaire , mais lui il passe son temps à donner des leçons à tout le monde.
    Il a accepté d’aller entraîner au Qatar après la rupture de contrat avec Rennes .Il y a mieux comme logique dans l’humanisme .
    Il peut se recycler dans le foot de plage après le foot sur moquette …

  3. pierolab dit :

    sur la photo, c’est le coté obscur de Franck Dubosc???
    En tout cas il a fait du bon boulot sur Lorient, et lorientais sans ailé le foot plus que ça, je salue son travail.

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