Sankara n’est pas mort ! (Femmes de Chambre)

Ce 15 octobre, le Burkina Faso célèbre les vingt-six ans de la mort de son leader révolutionnaire Thomas Sankara. Dans une Afrique de l’Ouest en profonde mutation géopolitique, sa pensée ainsi que les fruits de la révolution culturelle opérée ne cessent de porter le « peuple des hommes intègres » vers la patrie du Faso libre. Et, comme se plaisent à palabrer les burkinabés : «Si l’homme blanc a inventé la montre, nous, nous avons le temps»…

Entre les murs fraîchement édifiés du cimetière de Dagnoen, à quelques kilomètres du centre de Ouagadougou, repose le corps de Thomas Sankara, le président du Burkina Faso assassiné le 15 octobre 1987, lors d’un coup d’Etat. Dans le terrain vague jonché de papiers brûlés et de plastiques amoncelés qui sépare le cimetière du quartier, une femme vocifère : « On arrête pas les idées avec des murs ! » « Non, tu n´y es pas du tout, ma sœur, répond un cycliste au vélo brinquebalant, ils ont construit le mur pour protéger la tombe des profanations ! »

Enraciné dans la terre orange et sable, un vénérable baobab sait, lui, que rien ne pourra jamais briser la loi du nombre. Le 15 octobre 2007, pour la célébration du vingtième anniversaire de l’assassinat de Sankara, organisé en ce lieu par ses sœurs et sa femme, une foule imposante était présente au rendez-vous. « Nous sommes partis avec la caravane de la mémoire depuis le Mexique, raconte sa sœur Odile Sankara, ensuite nous nous sommes rendus en France, en Italie, en Suisse, au Mali et au Sénégal, avant de rentrer au Burkina pour le jour J. »

Le pouvoir a-t-il pris peur en découvrant une telle multitude ? Pour se recueillir sur la tombe du « capitaine »[ii], il faut désormais révéler son identité et accepter de figurer dans le registre des visites. Tandis qu’une horde d´enfants traverse la rue en riant, un vieux, assis sur les racines du baobab centenaire, mâchouille la cola. Les chiens farfouillent dans les coquilles vides d´arachide qu’il leur balance depuis sa souche tout en palabrant : « Parler du passé c’est comme dépecer une panthère ; ton couteau va rencontrer du blanc et du noir, du vrai et du faux. Les faits historiques sont inoffensifs… » Est-ce aussi sûr que cela ?

Voici dix ans, le Burkina des « hommes intègres » ne parlait de l’ex-président des pauvres, porte-parole des laissés-pour-compte, anti-impérialiste non conformiste que dans l’intimité des portes fermées. Aujourd’hui, les petites tables de fer rouillé des « maquis » de Ouagadougou invitent ouvertement l´ancien président du Faso à siéger en maître. Dans la poussière sahélienne, entre deux bières, depuis les T-shirts à son effigie vendus par les marchands ambulants, le capitaine Sankara « écoute » les discussions de ses compatriotes. Çà et là, il ponctue d’une réplique virtuelle les commentaires emprunts d’inquiétude, de lucidité et d’humour qui accompagnent les évènements internationaux : l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en Libye, l’assassinat de Mouammar Kadhafi, les groupes islamistes extrémistes dans le nord du Mali, l’ingérence française…

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