Taxer (l’épargne)… Mot compte triple.

Taxer. Les pouvoirs n’ont décidément plus que ce mot à la bouche. Taxer. Comment faire pour s’en mettre encore plus dans les fouilles ? Taxer. Quelles nouvelles justifications trouver pour paupériser plus encore la masse ? Taxer. On s’en fout. Il n’y a même plus besoin de justifier quoi que ce soit. Les lois ont suffisamment évolué pour que l’on se serve sans avoir à se justifier. Ceux qui ne seront pas d’accord seront de simples contrevenants à la loi. Taxer. Toujours taxer, encore taxer… Et toujours les mêmes.

Il n’est même plus question ici de défaut de créativité pour (re)lancer une économie que l’on veut volontairement moribonde, mais bien d’enclavement de chaque individu dans une normalité dictée par une morale venue d’en haut, d’esclavagisme moderne toujours plus fort de la base de la pyramide afin de permettre à la pointe émergente autoproclamée de se hisser vers des cieux inaccessibles.

Coup sur coup, viennent de nous parvenir trois informations sur ce sujet autrefois tabou : Taxer l’épargne. Bien sûr, cela fait quelques temps déjà que l’on subodore l’idée que, peut être, éventuellement, dans un futur potentiellement proche, l’épargne populaire pourrait être une solution pour renflouer les caisses. Pardon, pour agrandir les coffres forts, voulais je écrire.

Mais il y a encore trois ou quatre ans, la chose aurait été trop brutale. Alors, on a fait des tests. En Grèce et en Islande d’abord, avec le bail-out. Puis à Chypre, avec le bail-in. Et on a attendu. Pas de réaction…

Désormais, on est passé à la phase suivante, énumérer les possibilités et proposer les idées. En juin, c’est le ministre des finances allemand, Wolfgang Schaubler, qui proposait de taxer les comptes bancaires à 8 %. Idée qui a semblé séduire ses confrères européens puisque l’unique objection entendue lors de ce sommet de juin est le risque de rush bancaire… Mais nous avons déjà évoqué ce sujet ici.

En octobre, c’est le FMI, qui, ne craignant pas l’inflation, valide carrément l’idée des 10 % de taxes sur les dépôts bancaires. Avec comme principal argument la baisse de la dette des états européens. Ce qui n’est finalement qu’une variante de la gestion de la crise chypriote puisque les 47 % de taxes sur les dépôts de plus de 100 000 € ont servi là bas à renflouer les caisses de la Bank of Cyprus. Et, comme chacun sait désormais, la réduction de la dette ou le « sauvetage » des banques, c’est bonnet blanc et blanc bonnet…

L’idée serait ici que l’argent ainsi récupéré servirait à revenir au niveau de la dette de 2007, soit avant la crise. On aurait peut être pu entendre cette proposition d’une oreille presque favorable si, dans le même temps, tout le système était remis à plat. Mais cela ne semble pas être une priorité pour nos (très) chères élites (sic), qui voient là une occasion de fabriquer quelques poches supplémentaires à leurs pantalons.

En octobre, c’est aussi la France qui, par le biais du CAE, voit dans l’épargne des Français (la plus haute en Europe) l’occasion de se refaire la cerise en proposant de taxer les propriétaires occupants de résidences principales (car il faut savoir que la propriété d’un bien immobilier est considérée comme étant de l’épargne : Un locataire est un consommateur ; un propriétaire est un épargnant.). Forcément, dans un discours qui tend à cliver de plus en plus, les propriétaires pourraient facilement être vus comme des « riches ». Il ne manquerait plus que quelques reportages bien sentis nous montrant des gens arrogants, propriétaires d’une belle villa dans le sud, par exemple, pour que les plus pauvres (comprendre, non propriétaires) puissent rallier la bonne cause. Et hop, après avoir amalgamé les patrons du CAC 40 avec tous les chefs d’entreprises, nos amis des mainstreams nous prouveraient alors qu’il n’ y a finalement que peu de différences entre un simple propriétaire et un trader Londonien. Après tout, plus c’est gros, plus ça passe…

Le fait important dans cette idée est que la nouvelle taxe serait indexée sur une valeur fictive du bien. On poursuit donc dans la même logique spéculative que celle qui a vu s’enflammer le marché de l’art ou celui du sport. L’important étant, non pas de créer de la richesse, mais bien de la valeur sur laquelle on puisse spéculer.

Qu’arrivera-t-il alors ? Il y a fort à parier que nombre de propriétaires modestes ne pourront plus faire face à cette croissance exponentielle des coûts liés à la propriété. Avec des salaires qui n’augmentent plus depuis 10 ans, et en sus des taxes foncières qui, elles, croissent bien, une nouvelle taxe indexée sur une plus value éventuelle fictive pourrait provoquer un rush des ventes immobilières dans les années à venir, voire un nombre croissant de saisies pour défaut de paiement (bancaire ou fiscal) faisant ainsi chuter le prix de l’immobilier, et permettant aux plus aisés d’acquérir de nombreux biens en adjudication et/ou pour une bouchée de pain. En gros, ceci éradiquerait définitivement la fameuse classe moyenne du sol Français et cloisonnerait irrémédiablement les populations.

Mais peut être est ce le but ?

Toutefois, ces trois éléments de réflexion évoqués ici ne sont, pour l’instant, que des propositions, inséminées délibérément dans nos cerveaux afin que nous nous fassions à l’idée. Comme une image subliminale sensée nous faire avancer dans le « bon sens ».

Pour finir sur ce sujet de taxe de l’épargne, l’article 8 du projet de loi de finances de la sécurité sociale prévoit le fait de taxer les PEA à 15,5 % rétroactivement sur 21 ans ! C’est une première. Jamais auparavant on n’avait été aussi loin dans la rétroactivité… De surcroit, on taxe les économies du petit porteur boursier, mais on ne touche toujours pas (et surtout pas) aux gros…

On ne saurait donc que trop conseiller aux détenteurs de PEA de trouver un autre moyen d’épargne et d’investissement très rapidement. Le crowdfunding aurait pu être intéressant, mais la nouvelle proposition de loi interdisant de prêter plus de 250 € par an et par particulier limite très sérieusement la chose… Reste d’autres moyens, plus alternatifs ou tout simplement l’investissement dans l’or.

Pour les futurs propriétaires, montez votre dossier en SCI. Puisque la taxe ne concernerait que les propriétaires occupant, la SCI peut être un bon contournement. En effet, la SCI achète le bien et le loue aux particuliers. Les résidences secondaires et locatives ne sont pas ciblées par cette nouvelle taxe.

Et puis, on attend désormais les débats et votes de la prochaine loi de finances (surveillons ce fameux article 8 ainsi que l’article 60 du projet de loi de finance) et le prochain sommet Européen. Nous saurons alors à quelle sauce à l’oseille sera dégustée notre épargne…

Et puis, pour nos longues soirées d’hiver à la bougie, « Taxer », en mot compte triple, ça fait quand même 42 points…

Lexique : Bail-in / Bail-out : le “bail-out” est le sauvetage financier classique où la banque centrale injecte du capital dans la société qui pose problème (intervention de l’extérieur, “out”), et le “bail-in” serait un cas où la banque se sauve elle-même, en transformant des dettes en capital (intervention de l’intérieur, “in”) PEA : Plan épargne en actions CAE : Conseil d’analyses économiques : http://www.cae-eco.fr/ SCI : Société Civile Immobilière

Sources : Taxe des dépôts à 10 selon le FMI Page 49 du dernier rapport FMI sur les finances publiques  Taxe sur les propriétaires occupants Taxe rétroactive PEA Taxe rétroactive PEA 2

(248)

A propos de l'auteur :

De formation universitaire en gestion financière de l’université de Constantine (Algérie), j’ai travaille comme cadre dans l’Administration. Actuellement, je suis consultant dans un cabinet d’affaires. Je suis intéressé par tout ce qui se rapporte à l’actualité nationale et internationale. Je tente de temps à autres un essai sur un sujet d’actualité. Je considère que la personnalité d’une personne peut être lue à travers ses écrits.

a écrit 22 articles sur ce site.


3 commentaires

  1. OSEF dit :

    Article très intéressant, petite précision juste au sujet de l’idée suivante posté dans cet article:

     » Reste d’autres moyens, plus alternatifs ou tout simplement l’investissement dans l’or. »

    Tout est prévu par ce système ultralibéral mais à la fois ultra liberticide, la taxe sur l’or à la revente à été augmenté…

    http://www.lemonde.fr/argent/article/2013/10/14/l-augmentation-des-taxes-sur-l-or-inquiete-les-professionnels_3495540_1657007.html

    4.5 % D’augmentation sur la taxe…

  2. ALMICK dit :

    Bonne idée, mais un défaut:
    Monter une SCI a pour effet de vous couper du PTZ+ pour les plus pauvres ou handicapés.

  3. Page Laurent dit :

    A un moment il faudrait arrêter le nonisme,
    la taxe sur l’épargne ne va pas sanctionner des pauvres petits épargnants, ils ne sont pas pauvres et sont même et surtout les premières vaches à lait des banques.

    Taxer l’épargne des rentiers de l’épargne c’est bon, et pour une fois c’est une taxe équitable. L’argent qui dort est de l’argent qui ne profite à personne, que quelques miettes à son propriétaire.

    [Propos censurés]

Laissez un commentaire

Why ask?