TRIBUNE

Effondrement, incendie : le prix du profit !

Mercredi 9 octobre 2013, un incendie tue sept travailleurs dans l’usine Aswad Knit Composite à Sripu, dans la banlieue de Dacca. Les marchandises produites dans cette usine textile fournissent les grandes marques internationales. Les documents retrouvés (carnets de commandes, livrets d’échantillons) indiquent que cette usine fournit les marques Gap, Next, H&M, Target et Carrefour. En novembre 2012, un incendie dans l’usine Tazreen avait fait 110 morts et, en avril dernier, l’effondrement d’un immeuble d’ateliers de confection dans la banlieue de Dacca (Rana Plaza) causa la mort de 1 129 travailleurs. Dans chacune de ces tragédies, les règles de sécurités n’étaient pas respectés et les conditions de travail et de sécurité étaient très en deçà des normes internationales. La veille de l’effondrement du Rana Plaza, causé par les vibrations continues des générateurs électriques, le propriétaire des ateliers avait menacé les salariés de licenciements s’ils ne retournaient pas le lendemain à l’usine, après que ceux ci l’aient alerté des fissures qui se multipliaient. Les bureaux de banques situés dans le même immeuble, eux, avait été évacués.

Le 14 septembre 2013, l’effondrement de la mine de charbon de la province de Samangan, dans le nord de l’Afghanistan à causé la mort de 27 mineurs. Un important mouvement de protestation populaire s’est déclenché en réaction à la tragédie. Le 2 octobre, face à cette pression, le Parlement afghan amène le Ministre des Mines et du Pétrole à répondre aux questions des parlementaires. Si d’après le ministre, qui appartient à un gouvernement mis en place et maintenu par les Etats-Unis d’Amérique suite à l’invasion de l’Afghanistan en 2001, l’effondrement est du à l’opposition armé, les parlementaires et les représentants des mineurs pointe la responsabilité du gouvernement : absence de mesures préventives, non respect des normes internationales de sécurités et de conditions de travail, corruption, négligence. Quelques cadre inférieurs ont étaient mis à pied mais les véritables responsables ne seront pas inquiétés, à l’instar du directeur des mines de charbon du nord de l’Afghanistan et le directeur des mines dans la province de Samangan. En revanche, ce sont pas moins de 5 000 mineurs qui vont être mis au chômage pendant au moins trois mois, sans salaire et sans aucune garantie d’être réembauchés.

Les peuples bangladeshi et afghan ne sont pas victimes d’accidents, de malchance. Ce ne sont pas non plus des cas isolés, des dysfonctionnements. Il s’agit de la conséquence logique du maintien du système de propriété privée des moyens de production : baisse du coût du travail, licenciements, précarité. Les grandes entreprises délocalisent là où la main d’œuvre est moins chère afin de maximiser le taux de profit. Cette différence de prix de la main d’œuvre (le coût du travail) s’explique par l’absence dans ces pays de droit sociaux et par les terribles conditions de travail. Chômage pour les uns, exploitation jusqu’à la mort pour les autres, précarité et misère pour tout le monde. Il s’agit du prix que l’ensemble des peuples de la planète payent pour que continue l’accumulation infinie de capitaux entre les mains de la classes capitalistes. Il s’agit de l’unique horizon que nous promet ce système : exploitation et barbarie. Et pour les peuples qui oseraient refuser le diktat, la situation dramatique des libyens, des syriens, des égyptiens, des irakiens, des palestiniens et de bien d’autres peuples sonne comme un avertissement : soumettez vous ou périssez dans le chaos.

Malheureusement, rien de nouveau et déjà en 1916, Rosa Luxembourg résumait l’impasse du système capitaliste dans sa formule « socialisme ou barbarie ».

Comme une réaction face à cette marche forcé à la barbarie, le peuple algérien vient de remporter une grande victoire (certes partielle, mais bien réelle) contre le géant indien ArcelorMittal. Le complexe sidérurgique d’El Hadjar (wilaya d’Annaba) vient d’être renationalisé à hauteur de 51%, sans indemnités ni rachat. Privatisé en 2001, le complexe a subi sous le règne d’ArcelorMittal une réduction de moitié du nombre d’emplois (de 12 000 à 6 000). La production a aussi drastiquement chuté, passant de 1,5 million de tonnes par an avant la privatisation, à 580 000 tonnes en 2012. La renationalisation fait suite à un important mouvement social autour des salariés du site et de leurs syndicats. Maintenant majoritaire, l’Etat algérien est en bonne position pour appliquer un plan de développement pour le site qui ne répondent pas aux seuls intérêts de la multinationale indienne. Il ne s’agit pas d’idéaliser l’Etat algérien, ni de le prendre pour ce qu’il n’est pas. Mais c’est la mobilisation unie des travailleurs qui a pu forcer l’Etat à reprendre possession de la majorité des parts du site sidérurgique. Cette possibilité est bien le cauchemar des multinationales et des gouvernements qui leurs sont inféodés (occidentaux ou non). Le gouvernement américain à procédé récemment à un redéploiement de ses forces situés en Espagne et en Italie en cas de nécessité d’intervention en Afrique du Nord. Là encore, comme une éternelle comptine, la menace terroriste djihadiste nous est avancée comme prétexte.

Mais c’est bien l’Algérie qui est visé, car un peu trop souveraine : que ce soit en politique intérieure ou en politique internationale.

Simon

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