Les Taxis ne sont pas des pigeons !

Nous sommes le 12 février 2014 à Paris, les autoroutes et les boulevards périphériques sont saturés. Des taxis en colères manifestent depuis 3 jours lançant plusieurs « opérations escargots » pour dénoncer une concurrence déloyale. Mais que se passe-t-il ?

Alors que le prix de la licence des Taxis Parisiens s’élèvent à plus de 200 000 euros, les auto-entrepreneurs ou sociétés privés peuvent obtenir une licence VTC (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur), valable 3 ans, pour environ 150 euros par licence.

Pas tout à fait le même système dans la forme, mais pratiquement le même service dans le fond, les taxis ont le droit de « charger » un passager dans la rue, aux stations-taxi, aux gares et les aéroports sans réservation préalable tandis que les sociétés ou les chauffeurs qui exploitent des licences VTC ont l’obligation de transporter des clients que si ils ont été réservé à l’avance. Mais avec l’aide des applications Smartphone, les utilisateurs peuvent commander/réserver un véhicule avec chauffeur dans les 5 à 10 minutes qui viennent. Les taxis les accusent par ce biais de faire quasiment de la « charges directes » réduisant le temps d’attente des réservations et la possibilité de récupérer des clients partout dans les rues, les gares ou les aéroports. La profession de taxi demandera donc un temps de 30 min environ entre le moment de la réservation et le moment de la prise en charge du passager pour pallier à ce problème. Mais la demande sera rejetée. Ces sociétés concurrentielles proposent des tarifs variables plus ou moin basés sur les prix des taxis aux heures de pointe. Rappelons que les taxis sont soumis à des tarifs publics fixés par l’État. Au final, les taxis dénoncent la grande différence de charge d’impôt et sociale qui leurs est imposé par rapport à leurs concurrents VTC pour le même travail.

Ils pointent aussi du doigt un système qui donne désormais la possibilité à tout individu de pouvoir transporter des personnes à titre onéreux sous réserve de quelques conditions (Structure, véhicule, licence VTC, assurance …) sans testes ni examens à passer contrairement aux chauffeurs taxi qui doivent s’y soumettre avant de se voir délivrer un permis pour exercer la profession. Tout les taxis doivent présenter un casier judiciaire vierge, gage de sécurité pour les voyageurs. Aujourd’hui, n’importe quel auto-entrepreneur peut transporter des personnes, une façon de légaliser les taxis-clandestins, un vrai danger selon les Taxis. Les chauffeurs VTC admis pourront ainsi recevoir des demandes de course via une application Smartphone. Certaines de ces applications intègrent même des compteurs-kilométriques alors réservés initialement qu’à la profession de taxi.

Exemple de condition pour devenir chauffeur pour l’une des sociétés concurrentielles :

http://www.chauffeur-uber.fr/

Sans parler des racoleurs aux sorties de gares et aéroports qui font prospérer leurs affaires sous le nez des « Bauers » (Police des taxis) et des licences VTC distribuées sans Numerus Clausus contrairement aux licences de Taxi. Une aubaine pour le gouvernement Ayrault qui voit ailleurs le taux de chômage grimper. Une licence de VTC délivrée, c’est la création d’un (faux) emploi assuré …

les taxis, un raz-le-bol national qui engendra une manifestation nationale le 13 janvier 2014 avec différentes revendications pour ré-équilibrer la balance d’une concurrence en prolifération jusqu’à maintenant déloyale.

Cliquez sur l’image pour agrandir

 

Mais Manuel Valls et Sylvia Pinel, les 2 ministres responsables du dossier, ne prendront pas en compte cette mobilisation des chauffeurs de taxi. Les différents organismes syndicales appelèrent donc à la reconduite de la grève le 10 février 2014.

Médiateur, le député PS Thomas Thévenoud, sera par la suite nommé pour tenter de comprendre les différentes contraintes économiques, techniques et réglementaires entre les deux parties.

(Thomas Thévenoud dans son rôle de médiateur …)

Mais certains Taxis Parisiens plus téméraires que d’autres, s’inspirant de l’efficacité des actions musclés des bonnets rouges face aux portiques écotaxe, appellent à une grève reconductible d’une durée illimitée. Plusieurs opérations escargot, encadrées par les forces de police vont s’enchaîner les jours qui suivent, bloquant les principaux axes d’entrée de la capitale. Une soixantaine de taxi qui manifestaient à la place de la concorde ont été mis en garde à vue pour gêne à l’ordre publique puis aussitôt relâchés. La fatigue et les tensions montent mais le rassemblement s’opère pacifiquement pour éviter une seconde fois des altercations avec les chauffeurs VTC ou entre Taxis-Grévistes et non-Grévistes. Environ 1000 taxis marseillais, semble-t-il, seront en chemin vers la capitale par solidarité au mouvement parisien. Les 1er échos des négociation semblent favorable aux demandes des Taxis. Mais l’attente du verdict continue…

En attendant que justice soit faite, les taxis prennent le risque de se mettre à dos l’opinion publique. Un problème qui a l’air simple mais qui ne l’est pas pour autant et souvent incompris du grand publique.

Certains se rallient, valorisent et défendent encore les causes de ce vieux métier. D’autres accusent les taxis de tout les maux, reprochant à ces derniers un services inexistant, véhicule sale et malodorant, arnaques, tenus négligées etc …

Qu’il ne faut pas tous les mettre dans le même sac, je dirai aussi qu’il est nécessaire de laisser se développer une concurrence. Proposer des offres alternatives aux utilisateurs. Différentes pour des exigences différentes. Mais une concurrence plus juste et plus loyale résoudrait le problème comme bien d’autres problèmes.

En attendant, cela ressemble à une opération de dé-tricotage de toute les professions réglementées. L’ombre des rapports Attali et Gallois planent au dessus de cette affaire et me laisse penser que la profession de taxi n’est qu’un exemple parmi tant d’autre qui ont subi ou pourront subir prochainement une concurrence dite aussi … déloyale au nom d’une politique de libéralisme sauvage.

La paix sociale ou la croissance économique ? Nicolas Doze nous l’explique assez bien dans émission BFMBizness

Jack Liberta

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1 commentaire

  1. Grimydazzle dit :

    Le vrai problème c’est la réglementation qui a créé le système des licences au depart. Les Uber marchent bien mieux que les taxis, pourquoi s’en priver? C’est un exemple typique d’une profession qui cherche a se proteger de la concurrence en utilisant la force de l’Etat. Il ya 150 ans les taxis a caleche auraient aussi pu trouver tentant de forcer l
    Etat a empêcher la concurrence « deloyale » des automobiles.

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