« Au-delà du capitalisme », avec Frédéric Lordon et Eric Hazan

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L’Université Paris-Ouest Nanterre, en partenariat avec Sophiapol, organisait du 19 au 22 février un colloque intitulé « Penser l’émancipation », sur les théories, pratiques et conflits autour de l’émancipation humaine… Un vaste sujet !

L’extrait que nous vous proposons a été tourné le 19 février 2014, au cours d’une conférence-débat intitulée « Au-delà du capitalisme ». Eric Hazan aborde « Les premières mesures révolutionnaires ». Quant à Frédéric Lordon, sa partie s’intitule « La révolution n’est pas un pique-nique. Analytique du dégrisement »

Propos recueillis par Simon Assoun et Romain Charles.

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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1 commentaire

  1. Tutu dit :

    REVOLUTIONNARISME

    « Agiter le peuple avant de s’en servir » Talleyrand

     » Le mouvement de mai (68) ne fut pas une quelconque théorie politique qui cherchait ses exécutants ouvriers : ce fut le prolétariat agissant qui cherchait sa conscience théorique « (IS)

    Toutes les expériences passées de révolution se sont achevées dans un bain de sang, et ont été détournées de leurs buts originels. Si nos révoltes ont été trahies, nos espérances foulées aux pieds des récupérateurs de tout poil, c’est que notre conscience d’exister, de se révolter, n’avait pas atteint son épanouissement total, épanouissement qualitatif et quantitatif.

    C’est le grand enseignement des évènements passés. Il nous faut rendre visible l’ignominie de notre système, le dénoncer encore et encore, afin de permettre son effondrement sur lui-même. Ce n’est que lorsque les populations seront convaincues du bien fondé du droit à choisir leur destin, dans tous les domaines, que nous révolutionnerons nos vies sans effusion de sang. Il est impossible de faire des concessions sur ce point. Si l’utilisation des armes s’avère nécessaire, alors il nous faut impérativement modifier l’essence du mouvement, qui, par la violence, démontrerait son immaturité et sa faiblesse.

    La non-violence est une condition sine qua non de la réussite d’une révolution. En utilisant les armes de l’ennemi, nous nous condamnons à un échec inévitable. Non seulement parce que nous ne disposerons jamais d’un armement supérieur à l’ennemi, mais surtout parce que l’utilisation de ces armes pervertirait l’essence même du mouvement. Et si jamais ce mouvement obtenait une pauvre et partielle victoire militaire, c’est qu’il aura été meilleur boucher d’une guerre sanglante, et ce serait donc au prix d’une corruption mortelle de son idéal, de ses objectifs.

    Cette naïveté, ce pacifisme bêlant sera notre fierté, notre étendard.

    Nous sommes condamnés à la perfection dans la réflexion de notre action, et à l’exemplarité de notre action.

    Nous comblerons l’apparente faiblesse du désarmement matériel par la mobilisation des multitudes. Car comment croire que les moyens ne conditionnent pas le but, ne sont pas intimement liés à la réussite de l’entreprise ? Qui nous fera croire qu’il existe des maux nécessaires (les armes), des sacrifices indispensables (le martyr, la mort), sinon les idéologies passées dont, justement, nous avons la prétention inouïe de nous débarrasser ? C’est en nous attirant sur son terrain que le vieux monde compte nous dompter, nous neutraliser.

    Si je comprends et soutiens les émeutes actuelles en Grande Bretagne (2011), nous devons bien réaliser qu’il s’agit d’égratignures qui ne pourront en aucun cas abattre le capitalisme ; que la conscience d’être lucides, forts et nombreux n’est pas au rendez-vous, du moins pour l’instant.

    Le mythe du grand soir, avec son cortège de souffrances, est à reléguer dans les poubelles de l’histoire. C‘est aussi par ce mythe que l’oligarchie au pouvoir nous maintient dans un coma social profond, un fatalisme intégré, une impuissance ingérée, une aliénation assumée. Il nous faut réinventer la révolution. Adieu le vieux mythe de la révolution fomentée par une minorité éclairée, un parti d’avant-garde ; c’est par ce genre de contes que les médiats nous infantilisent, nous réduisent à l’impuissance.

    Nous devons réaffirmé avec clarté et force ce qui était particulièrement bien exprimé par Marx : l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

    C’est pour l’avoir oublié que les révolutions se traduisent par des bains de sang et se terminent inexorablement par des coups d’état.

    Pour que la non-violence ait une chance de réussite, il faut que les révolutionnaires soient infiniment plus nombreux que les indifférents et les contre-révolutionnaires. Seul le quantitatif assurera la non violence, et de la convergence des énergies multiples émergera le terreau indispensable au qualitatif. Seul le qualitatif nous apportera le quantitatif, car personne ne nous rejoindra dans la médiocrité. Quantitatif et qualitatif sont indissociables, indispensable à l’invention d’une nouvelle vie.

    Ce qu’il est convenu d’appeler le printemps arabe n’est pas encore une révolution. Si c’était le cas, aucun grand médiat n’oserait la soutenir. Les journalistes chieraient dans leur froc, où démissionneraient immédiatement pour rejoindre le mouvement. Il s’agit au mieux de revendications, soutenues par de très traditionnelles manifestations, mais dont le petit nombre de participants (en rapport aux 80 millions d’égyptiens) ne peut assurer le succès. Dès lors, le processus qui s’ensuit mène soit au délitement progressif, soit à la violence d’une minorité toujours avide de pouvoir, et toujours susceptible d’être infiltrée et manipulée par des forces extérieures. Il convient de plus de clairement dissocier le cas de la Tunisie et de L’Egypte, où ont emmergé de réels mouvements populaires, de celui de la Libye et de la Syrie, où les forces à l’oeuvre sont évidemment armées et pilotées par des puissances aux buts non avouables : la destruction de tout régime stable dans ces contrées, l’établissement d’un néocolonialisme par l’éclatement des peuples sur des bases religieuses ou ethniques .

    Quelques que soient les revendications, qu’elles soient satisfaites ou non, ces manifestations ne peuvent mener à une révolution que si les manifestants s’organisent en grève générale illimitée, la seule arme de destruction massive du capitalisme, la seule arme qui associe qualité et quantité. Le seul moyen de se réapproprier notre vie, ce sont les conseils ouvriers, salariés qui permettront d’abolir ce système où la concurrence, la compétition, le productivisme, le profit sont les seules valeurs reconnues.

    La grève générale illimitée n’est pas une revendication, elle est une affirmation de force, elle est la révolution, elle est la lutte finale, elle est le bouillonnement créatif de tous pour tous, elle est l’abolition du salariat, elle est la promesse d’un avenir radieux.

    C’est pour l’avoir oublier que nous courrons d’échecs en échecs. C’est en se la réappropriant que nous volerons vers notre destin.

    http://democratisme.over-blog.com/article-revolutionarisme-115219534.html

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