Universités d’Automne du M’PEP : compte-rendu, par Sylvain Baron

universites-automne-mpep-300Puisque personne ne parle des Universités d’Automne du M’pep, je vais tout vous raconter ! Les Universités d’Automne du M’pep (Mouvement populaire d’émancipation politique) se sont tenues à Artigues, près de Bordeaux, du 7 au 11 novembre dernier. Si ce n’est la présence d’un journaliste de ReporTerre durant quelques heures de la journée de samedi, aucun journaliste n’a daigné se présenter à ce cycle de conférences et de débats proposé par un mouvement dont on aurait tort d’ignorer l’apport intellectuel et politique au sein de ce qui est improprement qualifié de « gauche » dans notre pays.

Comme nous allons le voir, le M’pep tient à se démarquer totalement de ce positionnement, non sans raisons justifiées.

Avant de nous intéresser à ce qui s’est dit, notons d’abord un élément très surprenant et plutôt prometteur pour le M’pep : bien que ce parti revendique pour le moment environ 300 adhérents « seulement », je puis témoigner que sur ces quatre journées de débats, c’est bien une centaine de personnes qui étaient présentes, soit un tiers des effectifs du M’pep (preuve d’une réelle mobilisation) en plus de quelques militants du PCF ou syndicaux qui s’étaient déplacés pour l’occasion.

Un autre aspect sociologique dont il faut tenir compte, c’est que contrairement à l’UPR (ou même le Front National sur un tout autre versant idéologique), la moyenne d’âge des partisans du M’pep est assez élevée. Ces derniers viennent majoritairement d’associations comme ATTAC, sont souvent syndiqués, ou sont des déçus du PS, du Parti de Gauche ou du PCF.

Je puis aussi témoigner que les échanges, que j’ai pu nourrir avec ces militants venus de toute la France, témoignent d’un haut degré de culture politique et économique au M’pep. Voila donc pour le portrait-robot de ce Mouvement qu’il s’agira maintenant de dépasser par un premier point qui a nourri les débats de cette formation politique durant ces Universités : les CDR RUE (Comités Départementaux de Résistance Républicaine à l’Union Européenne)

En effet, dans un très grand nombre de départements en France, le M’pep a fait le choix d’animer ce qu’il convient de qualifier de « Cafés Résistants » ouverts à l’ensemble des Français, quelles que soient leurs convictions politiques (y compris s’agissant des partisans du FN) qui souhaitent se fédérer dans des actions concrètes contre l’Union Européenne (tractage, affichage, événements locaux ou de rue, etc) sans nécessité d’adhérer au M’pep pour autant. À ce titre, les outils militants développés dans les CDR RUE ne sont pas ceux du M’pep. Aucun prosélytisme n’y est fait. Pour participer régulièrement au CDR RUE de la Gironde, je peux témoigner que les membres du M’pep en local ne représentent que la moitié des effectifs pour le moment. Viennent aussi des associatifs, des membres de syndicats ou encore des partisans de partis politiques tiers.

Les militants du M’pep sont très attachés à ces Comités de Résistance et ont échangé leurs retours d’expérience à ce sujet. Je ne puis que vous encourager à vous rapprocher du CDR le plus proche de chez vous en cliquant sur ce lien si vous souhaitez vous battre contre l’Union Européenne concrètement, et sans être obligé(e) de rester cantonné(e) dans une officine politique ou idéologique particulière. Au M’pep, on déteste s’enfermer dans « l’entre-soi » pour mener le combat.

Un autre grand débat qui a généré parfois des réactions passionnées mais dont la conclusion a fini par faire consensus pour la grande majorité des adhérents, était de savoir si le M’pep pouvait continuer de se revendiquer comme étant de « gauche ». Une première conférence de l’historien Jean Paul Scot assisté de Gilles Amiel de Ménard (porte-parole du M’pep) sur l’histoire de la Gauche a permis de remettre les choses dans leur contexte réel.

AssembleeTout d’abord comme le faisait remarquer très justement Gilles, s’il est possible de donner une définition au Socialisme ou au Communisme, il n’est pas possible de définir ce qu’est la Gauche tant du fait de la multiplicité de ses composantes, que du point de vue beaucoup plus pragmatique d’un placement dans l’hémicycle de ses membres qui ne traduit aucune communauté de pensées idéologiques qui seraient sociales. La Gauche est effectivement née le 11 Septembre 1789 lorsqu’il était discuté au Parlement de savoir si l’on devait accorder un droit de veto au Roi sur les lois. Il faut bien nous remettre dans le contexte de l’époque. Ce ne sont pas des députés sans le sou qui iront s’asseoir à la gauche de l’hémicycle pour signifier leur refus, et de riches nobles opprimant le peuple qui iront s’asseoir à droite de la salle. La question de la fortune n’avait aucun sens dans ce parlement majoritairement composé de Bourgeois. Ceux qui se sont placés à la gauche de l’hémicycle souhaitaient simplement l’abolition du Régime ancien pour lui faire succéder une aristocratie Bourgeoise, tandis que les Royalistes défendaient une certaine stabilité de l’État et l’idée que le Roi transcende les intérêts particuliers, qu’ils soient ceux des pauvres ou des riches.

La conférence égrainera ensuite les personnages ou périodes historiques où la Gauche trahira le Peuple Français, comme avec Adolphe Thiers qui bâtira la Troisième République sur le renoncement face à une Allemagne qui nous occupait alors, tandis que dans le même temps un certain Gambetta avait levé une armée pour repousser l’occupant de l’époque. Et que dire des Communards fusillés sous le Régime de Thiers ? De la colonisation de Jules Ferry ? De la remise des pleins pouvoirs à Pétain par un parlement majoritairement de gauche ? Sans même évoquer notre période contemporaine où la Gauche de Mitterrand se rendra responsable de toutes les dérégulations néo-libérales et de notre enfermement dans le Traité de Maastricht. Aujourd’hui, peut-on dire qu’Hollande est un digne représentant de la Gauche à ce titre ? Si l’on en juge la « gauche » par sa propension à trahir le Peuple, alors assurément oui. Ce qui ne signifie pas qu’il faille considérer que la « droite » soit plus sociale et incorruptible que la « gauche ».

En vérité, et c’est un fait largement établi pour tout le monde aujourd’hui, le clivage Gauche-Droite n’a plus aucun sens. Même la notion de « progrès » face au « conservatisme » s’est trouvée bousculée lorsque le philosophe Denis Collin a signifié son conservatisme tant sur ce qui faisait la beauté du programme du C.N.R que sur des principes sociétaux liés à la famille, puisque cette dernière est le premier rempart permettant de résister aux idées néo-libérales. Ainsi, évoquant « le mariage pour tous », Denis Collin a clairement marqué son opposition en faisant valoir le fait que cette déstructuration de la famille contribue à fabriquer des individus sans repères, corvéables et mobilisables à merci dans un Régime Capitaliste. Car sans liens familiaux forts, il est plus aisé de demander à un salarié de, par exemple, changer de région pour travailler. Le M’pep en faisant valoir autant de points de vue différents à démontré ainsi sa propension à méditer l’ensemble des grandes questions politiques qui s’imposent à nous, ce qui est rafraîchissant dans un univers politique – y compris dissident – où l’on s’auto-censure volontiers dans un consensus mou.

De fait, la conclusion qui s’est imposée durant ce long débat était que le M’pep se devait de s’inscrire dans la lutte des classes, en faveur d’un projet éco-socialiste sérieux, mais certainement pas se revendiquer comme faisant parti d’une étiquette portant une charge historique détestable pour le peuple.

Ce débat en apparence futile n’était pas anodin du tout, puisque faire le deuil d’un réflexe sémantique pour défendre ses idées n’est pas si simple que cela pour des gens ayant passé de nombreuses années à militer avec l’envie de défendre les intérêts des petites gens.

jacques-cotta-300Autre débat important durant ces Universités d’Automne : la propagande écœurante des médias au service du Système, et ce que doit assumer un parti politique sérieux aujourd’hui face à ce problème. Ce débat a été initié par le tonitruant journaliste Jacques Cotta qui a suscité des tonnerres d’applaudissements. Ce dernier est en effet un excellent tribun (bien meilleur encore dans le style et la force oratoire que Jean-Luc Mélenchon), et a expliqué avec forces détails comment l’oligarchie médiatique se confondait avec notre oligarchie politique, tout en refusant avec virulence, l’idée de se reconnaître dans le discours de la « gauche » dite radicale qui accepte l’empire des traités européens et de l’euro sur nos vies. Il ne peut y avoir que de discours clair et radical selon lui, que venant d’un parti politique promettant de sortir de l’U.E, l’euro et l’OTAN, ce qui tombe bien, car il s’agit bien de la promesse faite par le M’pep qui d’ailleurs rajoute à son ordre de mission, la nécessité de sortir de l’OMC et du FMI. Je ne puis que suggérer aux lecteurs du Cercle des Vontaires de faire une petite recherche sur les interventions filmées de Jacques Cotta, c’est un grand Monsieur qui donne l’envie à quiconque l’entend, d’aller arracher des drapeaux de l’U.E de leur support tant il communique avec talent la colère qui couve en chacun de nous.

A été aussi évoqué le fait qu’il est impossible pour de petites formations politiques (au-delà du problème médiatique) d’exister électoralement, du fait des contraintes institutionnelles et financières, et qu’à ce titre, c’est bien un mouvement plus populaire qu’il faut initier pour espérer conquérir le pouvoir. À ce titre, j’avoue avoir été assez satisfait d’avoir suscité à quelques reprises de l’intérêt sincère, lorsque je suis intervenu avec ma casquette d’activiste s’agissant de la nécessité de nous attaquer aux symboles de l’UE que l’on retrouve sur la monnaie (l’euro) ou les drapeaux (bleus aux étoiles d’or) via notamment des actions en Justice dans ce domaine. Il est probable que, d’ici le début de l’année prochaine, après une très probable refonte du M’pep en parti politique (et non plus en mouvement), ces solutions plus insurrectionnelles occupent une large partie des débats et actions internes à cette formation politique.

Enfin, pour conclure ce petit état des lieux sur ces Universités du M’pep (qui ne saurait être exhaustif de tout ce qui s’est dit), notons la présence de plusieurs émissaires étrangers venant de Grèce, d’Autriche, d’Italie et d’Espagne.

Tous ont signifié que le problème médiatique est très sérieux dans chacun de leur pays, témoignant ainsi que la France n’est pas du tout isolée dans cette difficulté. Le témoignage le plus poignant viendra de Giorgos Giorgis, Président de l’EPAM en Grèce qui conclura l’une de ses interventions avec un quasi SOS adressé aux Français en nous demandant de résister à l’UE pour que cette institution éclate sous le poids de notre lutte politique, et que son pays soit libéré de la tutelle de ce nouvel URSS. Tous les intervenants européens ont démontré que les « gauches » de leur pays trahissent, de la même façon que chez nous, leurs propres peuples en proposant de « changer l’Europe » quand cela est évidemment impossible.

Manuel Monereo Ortiz, du Parti Communiste Espagnol, a quant à lui longuement expliqué comment Podemos, mouvement politique issu des « Indignés » en Espagne est devenu la première force politique et risque bien de terrasser le Régime actuel aux prochaines élections nationales de son pays. Il a aussi expliqué que malheureusement, Podemos est encore trop immature politiquement pour dénoncer l’euro malgré des aspirations sincères à construire un État plus social en Espagne et qu’il n’est pas possible de savoir comment leur conquête du pouvoir pourrait se traduire politiquement s’agissant de la relation entre l’Espagne et l’Union Européenne. Quant à nos amis Italiens, malheureusement, la situation est pire encore puisque leur Premier Ministre actuel est un remarquable communiquant qui, dans les apparences, fait croire qu’il est hostile à l’UE tout en appliquant les politiques d’austérité, en faisant croire à son peuple que cela est une décision nationale et non Européenne.

De là, deux conclusions que je souhaite apporter à ce compte rendu sur les Universités d’Automne du M’pep :

1) Il est un devoir pour nous Français, peuple ayant une riche histoire de conquête de notre Souveraineté populaire (au point que nous sommes aujourd’hui après le Royaume-Uni le peuple le plus hostile à l’U.E et l’euro), de nous révolter très sérieusement et sans enfermement partisan contre-productif, ne serait ce que pour libérer des peuples bien plus en souffrance que nous, et ne disposant pas d’une dissidence aussi nombreuse et active contre l’UE et l’euro que dans notre pays.

2) Il me paraît sage pour ceux qui cherchent une voie politique rigoureuse sur les ambitions sociales et écologiques, d’un haut niveau intellectuel et d’une grande ouverture d’esprit, de se rapprocher du M’pep. Cette formation politique dont le fonctionnement est pleinement horizontal, bien qu’encore petite en effectifs, dispose d’un potentiel très fort tant pour faciliter l’organisation d’un processus insurrectionnel sérieux, que pour offrir une transition politique pertinente face aux nombreux enjeux qui s’imposent à nous, au-delà de la reconquête de notre indépendance nationale. Le M’pep a besoin de jeunes gens enthousiastes et fournit en contrepartie des militants plus âgés et expérimentés, disposant de réseaux très utiles notamment au niveau syndical.

Afin de conclure parfaitement cet article, voici un entretien que nous a accordé Wilhelm Langthaler, militant du Comité « Sortir de l’Euro » en Autriche, pays dont on entend malheureusement peu parler, malgré une propagande visant à nous faire croire que l’UE rapprocherait les peuples.

Sylvain Baron
Directeur de publication de « Poil à Gratter ! » – Adhérent au M’pep
Pour le Cercle des Volontaires

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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3 commentaires

  1. Jean dit :

    Pourquoi le MPEP ne se rapproche-t-il pas de l’UPR?

    F. Asselineau avait fait une proposition à J. Nikonoff qui avait refusé pour se rapprocher du FdG… Ce serait peut être son tour de se rapprocher non?

  2. Alex dit :

    La proposition d’Asselineau était de soumettre le M’PEP à son programme. Encore heureux que Nikonoff ai refusé, le M’PEP a une vocation plus démocratique que ça.

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