Nucléaire iranien : excellente interview du ministre israélien du Renseignement Yuval Steinitz, par le journaliste Armin Arefi (Le Point)

Yuval-Steinitz-300Il y a des interviews qui font particulièrement plaisir à lire… Les lecteurs qui suivent attentivement mes publications savent à quel point j’attache de l’importance à l’article de Yakov Rabkin, qui bat en brèche la rumeur partout relayée il y a quelques années, rumeur selon laquelle le président iranien Mahmoud Ahmadinejad aurait déclaré qu’il souhaitait rayer Israël de la carte.

Dans l’interview qui suit, Yuval Steinitz, le représentant d’Israël, affirme : « L’Iran est le seul pays dont les leaders parlent de détruire et d’annihiler Israël. Donc tout le monde comprend qu’il faut nous écouter, car nous sommes le pays le plus directement menacé par l’Iran ». Mais Armin Arefi, journaliste au Point, lui rétorque que son prédécesseur au poste de ministre du Renseignement, Dan Meridor, avait reconnu que Mahmoud Ahmadinejad n’avait jamais appelé à rayer Israël de la carte.

Embêté, Yuval Steinitz répond à grand renfort de points godwin, un véritable feu d’artifice. Et au milieu des références au nazisme, il glisse une petite phrase qui a l’air anodine au premier abord : « Concernant les déclarations d’Ahmadinejad, si l’erreur de traduction provient des médias officiels iraniens, c’est bien qu’ils ont voulu faire passer un message ». Ceci est un mensonge grotesque, l’erreur de traduction ne venant absolument pas des médias officiels iraniens, mais de lobbies pro-israéliens, comme cela a été amplement démontré et analysé par Yakov Rabkin dans l’article mentionné plus haut.

Et le coup de grâce : le journaliste fait judicieusement remarquer au ministre israélien du renseignement que cela fait quinze ans qu’on nous répète régulièrement « dans 6 mois, l’Iran aura la bombe ». Yuval Steinitz ne peut qu’esquiver cette remarque pertinente, par un maladroit « j’y viendrai », une réponse qui veut surtout dire : « je n’y viendrai pas. Je ne répondrai pas à cette question, car y répondre, ce serait dévoiler notre malhonnêteté sur ce dossier ».

Raphaël Berland


À moins de deux semaines de la possible signature d’un compromis final sur le nucléaire iranien, Israël monte au créneau pour avertir des dangers d’un accord a minima entre la communauté internationale et la République islamique. De passage à Paris pour rappeler à ses homologues français les attentes de l’État hébreu sur cet épineux dossier, Yuval Steinitz, ministre israélien du Renseignement, des Affaires stratégiques et des Relations internationales, a confié dans une interview exclusive au Point.fr son pessimisme. Une discussion franche et directe, hors des traditionnels sentiers diplomatiques.

Le Point.fr : Qu’attendez-vous de la France sur le dossier du nucléaire iranien ?

benjamin-netanyahouYuval Steinitz : J’ai rencontré vendredi Laurent Fabius et ensuite Jacques Audibert (conseilleur diplomatique de François Hollande, NDLR), comme je l’ai fait avec les Anglais et les Américains. Mais sur ce dossier, la France a un rôle très important. Laurent Fabius et Jacques Audibert sont deux personnes très courageuses qui ont apporté des changements positifs dans l’accord intermédiaire (signé en novembre 2013, NDLR). Il y a un an jour pour jour, à l’approche du dernier round de négociations, il y avait déjà un accord préalablement négocié sur la table (entre Iraniens et Américains, NDLR). C’était un désastre, mais comme nous ne pouvions pas tout changer, j’ai personnellement discuté avec les différents chefs de la diplomatie, pour les convaincre de forcer les Iraniens à abandonner l’enrichissement d’uranium à 20 % (seuil à partir duquel il est possible d’accéder à la bombe atomique, NDLR), ainsi que d’arrêter leur réacteur à eau lourde. On nous a répondu que c’était impossible, qu’un accord allait être signé. Les seuls qui nous ont pris au sérieux et ont insisté sur le fait qu’il n’y aurait pas d’accord sans la modification de ces deux points étaient les Français. Un mois plus tard, tout le monde était en colère contre eux, et contre moi, mais les Iraniens ont finalement accepté les demandes françaises. C’était vraiment appréciable.

Vous avez donc indirectement participé aux négociations ?

Nous ne sommes pas membre des 5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, NDLR). Israël est un très petit pays. Ce n’est pas une superpuissance et nous ne sommes même pas membre du Conseil de sécurité. Mais je pense que tous les participants comprennent qu’un Iran nucléaire est une menace pour la sécurité du monde pour les décennies à venir. Même s’il y a d’autres dossiers urgents comme les guerres en Irak et en Ukraine, c’est la priorité numéro un. L’Iran est le seul pays dont les leaders parlent de détruire et d’annihiler Israël. Donc tout le monde comprend qu’il faut nous écouter, car nous sommes le pays le plus directement menacé par l’Iran. D’autre part, nous possédons beaucoup de renseignements sur la République islamique, y compris certaines informations dont ne disposent pas les autres. Bien que nous n’ayons pas de statut formel (au Conseil de sécurité) et que, naturellement, nous ne pouvons pas dicter notre position aux pays du 5 + 1, nous possédons une influence très modérée mais significative sur ces pays.

Mais votre prédécesseur, Dan Meridor, n’a-t-il pas admis qu’Ahmadinejad n’avait jamais appelé à rayer Israël de la carte ?

Nous, Juifs, apprenons de notre triste histoire et prenons au sérieux tout ce que nous disent nos ennemis. Avant l’Holocauste, les gens nous affirmaient que le discours d’Hitler et des nazis n’était que de la rhétorique. Concernant les déclarations d’Ahmadinejad, si l’erreur de traduction provient des médias officiels iraniens, c’est bien qu’ils ont voulu faire passer un message. Les leaders iraniens répètent qu’Israël n’a pas le droit d’exister, que cet État est une terrible erreur qui devrait être corrigée. Cela sonne comme la rhétorique nazie des années quarante, et nous y sommes très sensibles.

Souhaitez-vous vraiment qu’il y ait un accord final sur le nucléaire iranien ?

Nous souhaitons un accord, mais à la condition qu’il soit complet et satisfaisant. Comme l’a rappelé Barack Obama, ne pas obtenir d’accord est meilleur qu’un mauvais accord. Et ce qui est actuellement sur la table est un mauvais accord. Et s’il n’y a pas de changement significatif de la position iranienne dans les deux semaines à venir, alors il n’y aura pas d’accord.

Quels sont les points qui vous gênent ?

À peu près tous. La question la plus importante est celle de l’enrichissement d’uranium : la meilleure façon pour l’Iran de développer la bombe dans les six ou sept prochaines années. Notre position initiale était que l’Iran ne devait pas avoir du tout de capacité d’enrichissement d’uranium. Un bon accord répondrait à la formule suivante : oui au nucléaire civil, non à l’enrichissement d’uranium. C’est très rationnel, car la plupart des pays qui développent leur industrie nucléaire civile n’enrichissent pas d’uranium.

Mais les réformateurs iraniens arguent que le Traité de non-prolifération nucléaire leur offre ce droit. En outre, ils ne pourront se permettre de rentrer au pays sans cette victoire…

Le problème, avec l’enrichissement, c’est qu’il a toujours un usage double. Dans la situation actuelle, le « breakout time », c’est-à-dire la période de temps nécessaire à l’Iran pour produire une bombe, est la clé du dossier. Si je me mets dans la tête d’un leader iranien, et me demande si je me lance dans la course à la bombe ou non, le dilemme serait le suivant : s’il ne faut qu’un an, alors cela prendrait au moins six mois aux Occidentaux pour détecter mon objectif et encore six mois ou un an pour convaincre le monde de remettre le système de sanctions en place. Donc, après un an et demi, j’aurais déjà acquis la bombe et le monde n’aura d’autre choix que de l’accepter. Au contraire, s’il me faut au moins trois ou quatre ans pour acquérir la bombe, cela serait beaucoup moins tentant.

Mais cela ne fait-il pas au moins quinze ans que les services de renseignements occidentaux affirment que l’Iran aura la bombe « dès l’année prochaine » ?

J’y viendrai, mais laissez-moi conclure sur l’enrichissement. Ce qui dicte le « breakout time », c’est le nombre opérationnel de centrifugeuses autorisé par l’accord final, le volume de stock d’uranium déjà faiblement enrichi, et enfin ce qui arrivera aux centrifugeuses restantes. Or, jusqu’ici, les Iraniens n’ont fait de concession que sur le stock d’uranium faiblement enrichi. En outre, la question la plus importante est toujours non résolue : la possible dimension militaire de leur programme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie a déclaré dans son dernier rapport que l’Iran ne coopérait pas et que les Iraniens continuaient de cacher leurs expériences militaires sur les dix à vingt dernières années. Pour l’heure, le choix n’est donc pas entre un bon ou un mauvais accord, mais entre un mauvais accord et pas d’accord du tout. Je demande (aux grandes puissances) de ne pas signer un mauvais accord avec l’Iran juste parce qu’il y a d’autres problèmes en Irak.

[…]

Auteur : Armin Arefi
Source : LePoint

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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4 commentaires

  1. franz dit :

    Mais comment des pays qui ont l’arme atomique peuvent-ils avoir la moindre crédibilité à refuser que d’autres (beaucoup plus pacifiques qu’eux, en outre) en disposent ?

    Ils ne sont pas conscients du ridicule de cette situation ? Ils pensent vraiment qu’on n’a pas compris que les histoires racontées sur l’Iran par les media ne sont que de la propagande de bas étage ?

    • calem dit :

      Ils pensent vraiment qu’on n’a pas compris que les histoires racontées sur l’Iran par les media ne sont que de la propagande de bas étage ?
      franz
      Je crains que non les occidentaux craignent beaucoup plus la RII ou la Russie que le royaume Saoudite ou les USA ou Israël. Pour le moment les médias de masse sont beaucoup plus efficaces que les médias alternatifs.

  2. Mais dit :

    Raphael, ils vont les faire exploser leurs bombes atomiques!

    Comme on fait des charrues pour labourer les champs, on fait des bombes atomiques pour qu’elles explosent!

    Et tu les sais bien!

    Mais il n’y aura pas d’hivers nucléaire comme le disent les grands savants de ce monde…C’est encore une énormité de leurs cerveau vide de sens! Pleins de trous noirs!

    Il y aura déluge d’eau….Le monde de Noé voué à disparaître et purifié par les eaux…

    Merci Raphael pour ton bon sens sur Soral!

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