Le nouveau site internet de l’IRIS, un autre regard sur l’actualité des relations internationales

iris-nouveau-site-300L’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), créé en 1991 et dirigé depuis par Pascal Boniface,  vient de doter son site internet d’une nouvelle interface. Seul institut français de géostratégie de cette dimension à ne pas avoir été créé par l’état, l’Iris peut s’enorgueillir d’avoir été classé par l’université de Pennsylvanie parmi les Trente « réservoirs d’idées » (« think tanks » dans la langue de Shakespeare) les plus influents au monde dans le domaine de la politique internationale. Une reconnaissance qui donne à cet institut la légitimité nécessaire pour fournir des analyses discordant parfois avec les voix officielles du quai d’Orsay, là où des centres d’études créés et financés par les structures de l’état auront nécessairement tendance à se situer avec plus d’engouement dans l’optique de leurs pourvoyeurs.

Ceci dit, il serait absurde de vouloir faire de l’IRIS un bastion de la critique concernant la gestion de la géopolitique internationale par nos élites politiques, Pascal Boniface ayant été lui-même conseiller de Jean-Pierre Chevènement et de Pierre Joxe dans des gouvernements socialistes (1988-1992). Suite à sa critique du discours communautariste et électoraliste du PS concernant le conflit israélo-palestinien, Pascal Boniface doit faire face à plusieurs accusations qui menacent l’existence même de l’IRIS. Une situation qui amène l’auteur à prendre ses distances avec le parti socialiste, bien que le conseil d’administration de l’institut soit pour sa part présidé depuis 2013 par Pouria Amisrahi, député PS de la neuvième circonscription des français établis hors de France. Des noms tels que Roselyne Bachelot, Pascal Lamy (ancien président de l’Organisation Mondiale du Commerce), Hubert Védrine …  ne sont pas étrangers au conseil d’administration de l’institut, et témoignent de sa proximité avec le pouvoir. Une proximité qui fait peut-être à la fois la force et la faiblesse de l’IRIS.

Si ce genre d’affiliation est toujours suspecte et interroge sur les rapports entre les structures du savoir et du pouvoir, elle donne à l’Institut une reconnaissance internationale lui permettant de faire entendre des points de vue qui ne sont souvent défendus que par des organisations de plus petite envergure. La visibilité médiatique de Pascal Boniface lui permet notamment de donner régulièrement son avis critique sur la gestion française du conflit israélo-palestinien, malgré les pressions politiques exercées par certains lobbies qui voudraient s’accaparer le monopole du discours sur la question. L’Institut ne s’arrête évidemment pas à des réflexions sur ce seul conflit, et certains de ses membres ne partagent certainement les convictions de M. Boniface sur le sujet. La nouvelle interface du site permet de rendre compte de cette pluralité, dans la mesure où elle relaie, de manière hebdomadaire, un certain nombre d’analyses géopolitiques émanant de différents spécialistes dépeignant l’actualité avec une déontologie académique dont la presse généraliste s’exempte malheureusement bien souvent.

Chacun sera libre de jauger les orientations politiques des spécialistes de l’IRIS selon sa propre grille d’analyse. La déontologie n’entrave pas les  convictions et l’observateur qui se défend d’avoir un point de vue se risque à l’aveuglement plus souvent qu’il ne contribue au respect d’un prétendu principe de neutralité, dont les critères sont souvent imposés de manière à limiter le débat avant même qu’il n’ait commencé. L’intérêt (de la plupart) des analyses de l’IRIS et des débats qu’il organise consiste justement à prendre le parti de donner une chance à ces points de vue de se confronter, plutôt que de prendre celui de nier la réalité de leur diversité.

Galil Agar

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A propos de l'auteur :

Bonjour, je m'intéresse à la philosophie, à la religion, à la littérature et à l'économie. Mes recherches et mes articles au sein du Cercle sont souvent orientés vers les sentiers jalonnant dans un même mouvement ces différents domaines par le truchement de l'Histoire. Je lutte à ma manière contre ce que Jean-Claude Michéa appelle "l'enseignement de l'ignorance". Je considère que chaque prise de conscience poussant un esprit à s'émanciper du flux continu de l'immédiateté et de la banalité pour s'interroger sincèrement sur ses déterminations historiques, psychologiques et spirituelles est un pas de plus vers la victoire. Je pense que le journalisme citoyen peut être un instrument d'envergure dans ce combat, à condition de redonner au terme de "journalisme" la dignité qu'en exigeait l'écrivain George Orwell: "Le journalisme, c'est publier quelque chose que quelqu'un ne voudrait pas voir publié. Tout le reste relève des relations publiques".

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