Justice pour Wissam El Yamni

Wissam-El-YamniTandis que tous les regards sont actuellement fixés sur les Etats-Unis, et plus particulièrement sur les émeutes urbaines que connait la ville de Baltimore au moment où ces lignes sont écrites, tous les observateurs s’accordant pour dénoncer les dysfonctionnements systémiques au sein de la police américaine, les familles de victimes au cours d’interpellations en France essuient un nouveau revers, toujours plus cinglant.


Rappel des faits.

Il y a deux ans, Wissam El Yamni, chauffeur-routier clermontois de 30 ans, décédait après neuf jours de coma au CHU de Clermont-Ferrand, où il avait été conduit inanimé par les policiers après une interpellation houleuse la nuit du 1er janvier 2012. Le jeune homme, déposé dans un couloir du commissariat face contre terre, menotté et le pantalon abaissé, était manifestement comateux dès son arrivée.

Depuis lors, plusieurs juges d’instruction s’étaient succédé sur le dossier

Mardi 28 avril 2015, la famille El Yamni a reçu les conclusions du collège d’experts nommés dans leur affaire.

Tant attendu pour rétablir les faits constatés par le Chef du service de Cardiologie et le Chef du service Anesthésie et Réanimation du CHU de Clermont-Ferrand, le rapport se contente au contraire de réaffirmer la thèse d’un médecin légiste de Poitiers, ville où exerçait par ailleurs le Procureur de Clermont-Ferrand auparavant.

Selon le rapport, Wissam El Yamni, 30 ans, serait donc mort d’un arrêt cardiaque dû à une consommation de drogues, « toute autre hypothèse » – notamment celle, avancée par les experts du CHU, de la strangulation par la ceinture qu’il portait ce soir-là et qui n’a jamais été retrouvée, – « étant écartée », sans plus d’explication. `

L’affaire pourrait ainsi être classée.

Cette nouvelle tombe comme un couperet pour la famille, qui, face aux émeutes suivant la mort de Wissam, avait appelé au calme, et à faire confiance à la Justice. Les contradictions entre l’enquête de l’Inspection Générale de la Police Nationale et celle du médecin de Poitiers avaient mené la famille El Yamni à commander l’expertise indépendante auprès du CHU de Clermont-Ferrand.
Celle-ci démontrait l’impossibilité d’une corrélation entre une infime trace de drogue dans le sang et un arrêt cardiaque, réaffirmant en revanche les traces évidentes d’une strangulation.

C’est suite aux conclusions de cette expertise que le Procureur Général de Clermont-Ferrand avait annoncé, le 10 janvier 2014, qu’un collège d’experts entamerait une nouvelle enquête, dont les résultats seraient rendus dans les six mois. Cette première victoire qui avait donné aux proches de Wissam le sentiment d’une justice possible a un goût amer aujourd’hui.

Pour Farid El Yamni, frère de la victime : « Un an et demi plus tard, ces conclusions nous donnent tort. Pas dans les faits, mais dans notre appel à faire confiance à la Justice. Lorsque nous voyons la famille de Freddie Gray appeler au calme et à laisser la Justice faire son travail, cela nous prend aux tripes. Nous avons envie de hurler « Non, laissez faire ces émeutes qui émeuvent le monde entier, et ne comptez que sur vous-mêmes pour faire condamner ses meurtriers ! ».

Parce que nous savons désormais que la Justice ne protège pas les gens comme nous. Elle protège ceux qui les tuent ».

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A propos de l'auteur :

Citoyen engagé d’un quart de siècle, j’aime cumuler les paradoxes, ce qui m’aura permis de passer avec aisance des bancs de l’école au vagabondage, puis du vagabondage à l’Armée, entre autres ; et qui me permet aujourd’hui de ne jamais cesser de remettre en cause mes convictions et de questionner mes acquis. J’ai rejoint le Cercle des Volontaires pour participer à l’essor d’un journalisme citoyen, qui se densifie chaque jour un peu plus.

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