Conférence : « L’Europe après la victoire de Syriza »

Syriza3Le 11 Avril dernier, le Cercle des Volontaires s’est rendu à la conférence intitulée « L’Europe après la victoire de Syriza », une conférence animée par Francis Wurtz, député européen honoraire, Président du Conseil de l’Institut d’Etudes Européennes de l’Université Paris 8 ainsi que Daniel Cirera, Secrétaire général du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri. Giorgos Karatsioubanis, membre du département de politique européenne de Syriza, puis Rosa Moussaoui, journaliste à L’Humanité, envoyée spéciale en Grèce, y offrent leurs témoignages de la situation en Grèce, notamment après l’élection le 25 Janvier de Syriza, le parti politique grec qui fait beaucoup parler de lui depuis son accès au gouvernement. Yves Bertoncini, Directeur de l’Institut Jacques Delors, interviendra au cours du débat sur les perspectives d’avenir pour la Grèce et l’Union Européenne.

L’impasse Syriza, ou comment promouvoir la souveraineté et l’indépendance nationale sans proposer la sortie de l’UE et de l’euro

Les différents intervenants  ne sont pas pour la sortie de l’Union Européenne, et d’ailleurs ils affirment eux-mêmes ne pas être « des europhobes », mais être « des partisans d’une construction européenne à dimension humaine ». Ils admettent toutefois le « désenchantement massif des européens », qui selon eux traduit « l’exaspération » des populations concernées face à la politique menée ces dernières années par les responsables de tous les pays, et c’est ce qui a pu s’observer au cours des dernières élections. Ils proposent toutefois de remettre en question, voire de s’opposer à la « gouvernance européenne », ainsi qu’à la politique d’austérité plus généralement, et dénoncent les agissements de la Troïka européenne en Grèce.

L’objectif annoncé de Syriza est donc avant tout de proposer une « critique radicale », c’est-à-dire qui aille traiter le problème « à la racine », et ils souhaitent offrir au peuple Grec une réponse « constructive » à la crise. La victoire de Syriza est décrite comme un évènement très important, le « mouvement de sympathie » des populations des membre pays de l’Union Européenne est d’ailleurs salué au cours de la conférence. Ce que Syriza dénonce, à travers son porte parole Giorgos Karatsioubanis, c’est avant tout les « armes financières » qui ont été employées à l’encontre de la Grèce, et les volontés des technocrates de « faire capituler » le pays, la BCE (Banque Centrale Européenne) plongeant le pays dans la menace incessante de « couper les crédits ».

La thèse développée au cours du débat, c’est que la construction européenne a été « dénaturée », par le « schéma de l’Europe-FMI », et c’est dans ce contexte que Syriza se positionne pour la « fin de l’austérité », le « respect de la dignité » et de « la souveraineté populaire », une « demande partagée par les citoyens européens dans de nombreux pays ». Cependant, la volonté de souveraineté populaire, ou nationale, semble parfois inquiéter dans la manière dont elle se traduit aux élections, puisqu’elle est qualifiée par les intervenants de « menace des extrémistes », et c’est en gardant cela en tête qu’ils annoncent donc que « l’Europe doit changer ».

Les deux témoignages nous résument la situation grecque au moment de la crise et avant l’arrivée du président Alexis Tsipras au gouvernement, une situation extraordinaire puisqu’elle implique pour la première fois le FMI dans un pays de la zone euro. Et ce n’est pas pour rien, c’est un pays qui connait alors une situation dramatique : 30% de la population est au chômage, 60% de la jeunesse en fait partie, un tiers de la population se trouve sous le seuil de pauvreté. Et c’est donc dans ce contexte de crise que la Grèce « a servi de cobaye à des expérimentations économiques ».

Le 25 Janvier sonne alors comme un espoir, puisque le programme politique de Syriza met en avant la volonté de lutter contre la corruption, l’évasion fiscale, la politique d’austérité, cela au travers d’un « plan de reconstruction nationale ». L’intérêt de Syriza n’est pas de faire sécession avec l’Union Européenne, mais de refuser de continuer à accepter le « chantage » qui était mené jusque là par la BCE avec le peuple grec, et c’est cela qui expliquerait le soutien du peuple au gouvernement, « 80% du peuple est avec », selon l’un des intervenants.

L’analyse de Rosa Moussaoui l’amène d’ailleurs à déclarer que « la dette est un moyen d’imposer [aux populations, ndlr] des choix politiques pour lesquels ils n’ont pas opté ». C’est pour cela qu’il faut en finir avec « l’irresponsabilité des dirigeants européens », et craindre un « divorce irrémédiable avec l’Union Européenne » qui pourrait coûter à la Grèce sa sécurité au niveau de l’union monétaire.

C’est d’ailleurs un point central du débat, puisque selon les différents intervenants, la population grecque ne souhaiterait pas sortir de la zone euro et retourner au drachme, cela irait, selon Syriza, à l’encontre de leurs intérêts économiques. Il n’est donc pas proposé de mesure pour s’ostraciser du « schéma de l’Europe-FMI » afin de se financer sur les marchés, seulement de limiter les effets néfastes de celui-ci, et c’est ce qui est nommé « le compromis de Tsipras ». L’évocation d’un possible remboursement de la dette grecque est même prononcé au cours de la conférence. Rosa Moussaoui rappelle toutefois que ce n’est pas uniquement la crise qui est responsable de la situation grecque, mais la constitution européenne en elle-même, puisque c’est celle-ci qui a permis les attaques des marchés financiers sur la Grèce.

Syriza souhaite donc mettre l’accent sur la souveraineté nationale, tout en étant un parti internationaliste, il ne souhaite pas quitter l’Union Européenne, et compte beaucoup sur la solidarité entre les peuples de l’Union Européenne. C’est pourquoi il ne désire pas faire du combat grec un combat uniquement européen, mais la volonté qui est exprimée au travers du débat est celle d’un engagement avant tout national, puis international, afin de faire basculer la situation au sein de l’Union Européenne. Toutefois, faire basculer la situation au sein de l’Union Européenne semble être une entreprise assez difficile, puisqu’elle nécessite un consensus entre tous les États membres, ce qui est une chose quasi-impossible au vu de la conjoncture variable des différents pays, comme l’illustrent très bien les divers intervenants en expliquant la lutte entre le gouvernement allemand et le gouvernement grec.

S’il est donc indéniable que l’analyse de Syriza sur la situation en Europe est pertinente, et qu’il est tout aussi limpide que ce parti dénonce les réels responsables de la crise que traverse l’Union Européenne, il n’en va pas de même quant à l’évidence des solutions que ceux-ci proposent. Si le discours porté par les différents intervenants nous rappelle les promesses électorales vaines, qui annoncent sans cesse le désir de « changer l’Europe », de la « restructurer », sans jamais menacer d’en sortir, alors qu’ils admettent dans leur analyse la montée de « l’euro-scepticisme », ils n’en tirent toutefois pas les conclusions qui semblent logiques, et se réfugient dans la fable du danger de la montée des extrêmes, au lieu de considérer la volonté démocratique et légitime des populations des pays membres de l’Union Européenne de sortir du joug de la Troïka. Admettre la responsabilité de l’Union Européenne dans la crise grecque, l’échec de l’euro sur le plan international, tout en maintenant fermement la volonté de rester dans l’espace euro, c’est une contradiction qui ne manquera pas de nous sauter aux yeux lors de cette conférence, et qui nous amènera à nous poser la question suivante : Syriza est-il un parti leurre, arrivé au pouvoir pour pacifier la population, ou bien un réel parti de résistance à la politique d’austérité de « l’Europe-FMI » ?

Conférence filmée par Gérôme Mary-Trebor
Article d’Arby

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