Mort de Zyed et Bouna : Sarkozy avait menti à l’Assemblée Nationale pour manipuler l’opinion publique

Zyed-Benna-Bouna-Traore-300Dix ans après le drame de Clichy-sous-Bois, dans lequel deux jeunes sont morts en se réfugiant dans un site EDF après une course-poursuite avec la police, le tribunal correctionnel de Rennes doit se prononcer aujourd’hui sur la culpabilité des deux policiers poursuivis dans cette affaire. La mort des deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, avait marqué le début de trois semaines d’émeutes dans les banlieueues françaises.

Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur au moment des faits. Plutôt que d’apaiser les tensions, il choisit délibérément de monter l’opinion publique contre les jeunes émeutiers.

En effet, il déclara notamment devant l’Assemblée Nationale que « 75 à 80% » des émeutiers étaient des délinquants bien connus et que ces émeutes traduisaient ainsi « la volonté de ceux qui ont fait de la délinquance leur activité principale de résister à l’ambition de la République de réinstaurer son ordre, celui de ses lois, dans le territoire » (AFP, 15 novembre 2005).

À ce moment, Nicolas Sarkozy ne dit pas la vérité aux français, qu’il connaît pourtant grâce aux services des Renseignements Généraux ; en réalité, seuls 34% des émeutiers étaient déjà connus des services de police, et encore, pour des infractions de faible gravité*. Mais pour s’assurer un soutien de l’opinion publique, il présente les émeutiers comme des « délinquants récidivistes ». Il effraie ainsi la majorité des français, rendant inaudibles les tensions sociales à l’origine de ces émeutes.

Je souhaite rappeler que, à la suite des tragiques événements de Clichy-sous-bois, la presse française elle-même aura mis quatre semaines avant de parler d’ « émeutiers » plutôt que de « délinquants ». La différence est pourtant de taille ! Dans la presse étrangère, dès le départ on parlait de « riots », c’est-à-dire d’émeutiers.

Résultat : On a traité les symptômes (les voitures qui brûlent) plutôt que la cause du mal (la ghettoïsation des banlieues). Sarkozy, en jouant la France contre les brûleurs de voiture, a au passage gagné quelques points de popularité.

Raphaël Berland


* Voir la Revue Claris n°1 (octobre 2006) : « Les mineurs déjà connus de la justice pour des actes délinquants ne représentent en définitive que un tiers (34%) de l’ensemble des mineurs déferrés à Bobigny à les suite des émeutes. En outre, la plupart d’entre eux avaient fait l’objet de mesures de liberté surveillée et de réparation, ce qui laisse supposer une faible gravité d’infraction. L’analyse des 16 affaires jugées indique qu’il s’agit essentiellement de vols et de dégradations (avec seulement deux cas de violence physiques sur les 16 dossiers) ».

Pour mieux comprendre les émeutes de banlieue, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de ce rapport indépendant de 40 pages : Revue Claris n°1

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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4 commentaires

  1. moi dit :

    bonjour
    vous mélangez les choux et les carottes.
    sarkozy faisait référence au nombre total d’interpellations sur tout le territoire national lors des violences d’octobre/novembre 2005 alors que l’étude porte sur une liste de 86 mineurs (non exhaustive, l’étude de claris le dit bien pour dans l’encadré « méthodologie) jugés par le TGI de Bobigny !

    voici un peu de lecture
    http://www.assemblee-nationale.fr/12/cri/2005-2006/20060060.asp#P322_56812

    et pour être plus exact « M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire. … sans que les résultats soient à la hauteur des sacrifices financiers demandés aux contribuables de notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et sur quelques bancs du groupe Union pour la démocratie française.)

    Chacun doit regarder les faits en face et balayer devant sa porte. Nous le devons à tous nos compatriotes qui, dans le calme et le respect des lois, vivent dans ces quartiers comme ils le peuvent depuis des années.

    Mesdames, messieurs les députés, pourquoi cette révolte urbaine ? Plusieurs facteurs, notamment économiques et sociaux l’expliquent, dont il nous faut prendre toute la mesure, sans pour autant la justifier et encore moins l’excuser. Vivre dans un quartier populaire, être le fils de parents ou de grands-parents immigrés n’autorise nullement à fabriquer des cocktails Molotov, à lancer des pierres sur la police et les pompiers. Prétendre le contraire serait insulter toutes celles et tous ceux qui, dans des conditions d’existence identiques, se comportent en citoyens et non en voyous. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)

    L’amalgame, c’est d’abord d’expliquer uniquement par un contexte social et économique des comportements qui sont pénalement répréhensibles.

    Au-delà des facteurs économiques et sociaux, il en est un autre qui me paraît central, c’est la volonté de ceux qui ont fait de la délinquance leur activité principale de résister à l’ambition de la République de réinstaller son ordre, celui de ses lois, dans leurs territoires. Il n’est pas indifférent que 75 à 80 % des personnes interpellées durant cette crise pour des faits de violence urbaine étaient connues pour de nombreux méfaits. »

    Bonne soirée à vous !

    • – La grande majorité des interpelés, en Seine-Saint-Denis comme dans le reste de la France, était des mineurs.

      – Libre à vous de croire Nicolas Sarkozy sur parole lorsqu’il annonce « 75 à 80 % des personnes interpellées durant cette crise pour des faits de violence urbaine étaient connues pour de nombreux méfaits ». Mais où sont les preuves de ce qu’il annonce ? En revanche, l’analyse sourcée, délivrée dans le rapport Claris, bien qu’elle ne soit pas exhaustive, est largement représentative (il faut avoir quelques notions en statistiques pour le comprendre).

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