Les 7 péchés capitaux de la diplomatie française

Péchés capitaux, les 7 impasses de la diplomatie françaiseLe Club des vingt* est un collectif d’anciens ministres, d’universitaires, d’auteurs et de diplomates. Il vient de publier Péchés capitaux, les 7 impasses de la diplomatie française, aux éditions du Cerf. Région par région, ce livre dresse l’inventaire des erreurs commises ces dernières années, selon les auteurs, par le Quai d’Orsay. Mais ils font plus que dénoncer les péchés de notre diplomatie, et exposent leur point de vue sur la marche qu’il conviendrait de suivre.

Le Club préconise ainsi de maintenir l’alliance avec les États-Unis, mais de cesser de s’aligner aveuglément sur leurs positions, de renouer avec la Russie, de dialoguer avec toutes les puissances régionales du Moyen-Orient, de se rapprocher des grands pays émergents ou encore d’adopter une ambitieuse stratégie africaine, notamment en s’appuyant sur la francophonie…

Il s’agit certes de recommandations qui relèvent souvent du bon sens, mais force est de constater qu’elles sont pourtant loin d’être suivies par nos dirigeants, et l’ouvrage a le mérite de le rappeler. Très dense, il balaie, sans pour autant s’attarder excessivement sur les détails, toutes les régions du monde – à l’exception notable de l’Amérique latine.

On pourra malgré tout déplorer qu’une partie du texte s’appuie sur l’idée (dont les auteurs admettent tout de même qu’elle n’est qu’hypothétique) d’une Union Européenne indépendante, solidaire et dotée d’une diplomatie forte. Et le moins que l’on puisse dire est que l’avènement d’une telle UE semble très lointain. Il eût été plus raisonnable de bâtir une stratégie diplomatique s’appuyant sur l’échelon national.

L’initiative n’en demeure pas moins salutaire, et ce petit livre offre dans un format synthétique et facile d’accès un retour à la tradition diplomatique française que l’on regrette tant : celle de l’équilibre, du pragmatisme et de la raison, de la mesure, de la patience, du temps long, et surtout, du sens aigu de l’intérêt national. Aussi, permettez-nous de vous citer le dernier paragraphe de l’ouvrage, car il en illustre bien l’esprit, et de vous en recommander la lecture complète :

« Le temps est révolu, où la France pouvait se dire « à l’avant-garde du monde ». Mais à une époque où le monde est toujours plus indéterminé, elle doit, par une intelligence des situations, éclairer la route commune. Dans un monde pluriel et divisé, elle peut, de surcroît, constituer un trait d’union, c’est-à-dire faire œuvre de médiateur. Parler avec tous et penser par elle-même. »

* Le Club des vingt est composé de :

Hervé de Charette, Roland Dumas, Hubert Védrine, Bertrand Dufourcq, Francis Gutmann, Gabriel Robin, Claude Blanchemaison, Denis Bauchard, Hervé Bourges, Rony Brauman, Jean-François Colosimo, Jean-Claude Cousseran, Régis Debray, Michel Foucher, Jean-Louis Gergorin, Renaud Girard, Henry Laurens, Pierre Morel, François Nicoullaud

Alexandre Karal

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A propos de l'auteur :

Scientifique de formation, je m'intéresse un peu à tous les sujets (politique intérieure, démocratie, économie, agronomie, écologie, médias, etc.) mais je porte une attention plus particulière aux questions stratégiques, géopolitiques, diplomatiques, de défense et de sécurité. Je suis au Cercle des Volontaires depuis fin 2015 et je participe, au gré des besoins, à la rédaction d'articles, à l'organisation d'interviews, de débats…

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2 commentaires

  1. moonwolf dit :

    livre intéressant mais le constat demeure comme d’habitude ce qui aurait pu être un écris d’un grand courage se meut peu a peu en une conclusion timide et peureuse, ruinant tout le travail préalable, car il est certain que dans l’ UE et sous l’autorité de la « Commission » et de son arsenal juridique contraignant…
    impossible de faire un vingtième des propositions cités sans souveraineté pleine et entière…
    l’Eurolatrie reste un dogme incontournable pour la plupart condamnant les auteurs pourtant brillants a la réaction d’une poule qui trouve un couteau…
    pitoyable et navrant!

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