Déclarations de Jean-Marc Ayrault sur Bachar el-Assad, réactions de Fabrice Balanche

Fabrice BalancheAlors que les médias français ont le regard rivé sur la campagne présidentielle, une évolution diplomatique majeure est survenue en fin de semaine dernière dans le dossier syrien.

En effet, Washington et Paris, qui campaient depuis des années sur une position stricte, arrêtées sur l’idée que le règlement de la crise syrienne ne pouvait passer que par le départ de Bachar el-Assad, ont successivement infléchi leur position.

Ainsi, jeudi 30 mars dernier, l’administration Trump a-t-elle annoncé, par la bouche de Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU, que « le départ de Bachar Al-Assad n’est plus une priorité » (comme on peut le lire ici). Déclaration qui venait confirmer celle du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson qui avait estimé, un peu plus tôt dans la journée, depuis Ankara : « le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien » (à lire ici). Un élan de non-ingérence auquel les Etats-Unis nous avaient peu habitués sur ce dossier ces dernières années.

L’annonce américaine a curieusement été suivie, dès le lendemain, par des déclarations à l’unisson de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères français (à lire ici). Étonné par ces deux annonces, à la fois remarquables en elles-mêmes et par leur étroit rapprochement dans le temps, nous avons sollicité un entretien auprès de Fabrice Balanche, pour mieux en comprendre les implications.

Fabrice Balanche est géographe, spécialiste du Proche-Orient et tout particulièrement de la Syrie et du Liban. Auteur de nombreux ouvrages sur le Proche et le Moyen-Orient, Fabrice Balanche est actuellement chercheur invité au Washington Institute for Near East Policy. Nous avons pu nous entretenir avec lui en visioconférence depuis Washington.

L’occasion pour nous de bénéficier de son analyse sur la situation du conflit et d’y voir plus clair dans ce revirement diplomatique. Une opportunité également de lui demander dans quelles mesures on peut penser que les déclarations françaises sont un signe d’alignement sur la chancellerie américaine.

Entretien avec Fabrice Balanche sur la situation en Syrie :

Il est important de noter que notre entretien a été enregistré le lundi 3 avril en soirée, juste avant, donc, l’attaque chimique qui a eu lieu à Khan Cheikhoun ce mardi 4 avril. Il n’est donc pas question ici de cet évènement dramatique, malgré la remarquable concomitance des faits.

Nous avons pris la décision d’attendre d’avoir plus d’informations sur cette attaque chimique avant de diffuser notre entretien. Après avoir attentivement écouté les déclarations officielles (1), il apparaît qu’il n’est pas possible en l’état d’affirmer le déroulement précis de cette attaque, et qu’une enquête doit à présent être menée pour mettre les choses au clair. Nous avons tout de même souhaité recontacter M. Balanche pour aborder ce point. Celui-ci nous a précisé que selon lui, ce drame « va seulement repousser le rapprochement USA-Russie sur la Syrie de quelques mois ».

Jean-Marc Ayrault était l’invité ce jeudi matin de Jean-Pierre Elkabbach sur CNews. Durant ce long entretien, le journaliste a redemandé la position française vis-à-vis de Bachar el-Assad, et notamment de son départ. Mais le ministre des Affaires étrangères a répondu à la question, sans confirmer ni infirmer ses propos de vendredi dernier. Tout juste s’est-il plaint que la position américaine n’était pas claire et qu’il essayait justement de la comprendre… Comme si la France semblait avoir besoin de connaître la ligne américaine pour faire part de la sienne.

Nico Las (TDH)


(1) : interrogé ce matin par Jean-Pierre Elkabbach sur CNews, Jean-Marc Ayrault déclare à 3 min 40 : « Il faut condamner l’usage des armes chimique, et il faut rechercher les responsabilités c’est à dire enquêter pour savoir ce qu’il s’est passé réellement ». Confirmant ainsi que les autorités françaises ne savent pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun.

(1464)

A propos de l'auteur :

Passionné de nature, je suis avant tout un "touche à tout". Et c'est ma curiosité insatiable pour ce (et ceux) qui m'entoure(nt) qui m'a amené à rejoindre le Cercle fin 2014. Fan d'art, et en premier lieu de design et d'architecture, dans ma vie personnelle, mes activités au Cercle sont principalement axées sur l'analyse du fonctionnement des médias et de l'information. Convaincu que quel que soit le projet, tout se fait ou rien ne se fait, en fonction de la capacité des hommes (et des femmes !) à se parler et à collaborer, je tâche modestement de poursuivre d’inlassablement ce petit jeu qui consiste à créer du lien. C'est à ce titre que j'occupe au Cercle les rôles d'attaché de presse et de responsable du recrutement.

a écrit 51 articles sur ce site.


3 commentaires

    Laissez un commentaire

    Why ask?