Plus que jamais, faire converger les luttes pour régénérer les conquêtes du Conseil National de la Résistance

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Les dés sont lancés, et il n’y a désormais guère de doute quant à l’issue de la partie de jeu de l’oie, simulacre de démocratie mieux connu sous le nom d’élection présidentielle. Le peuple français a connu des décennies de trahisons et il en connaîtra encore. La manifestation la plus concrète de ces trahisons, c’est le démantèlement progressif des structures garantissant tous les conquis sociaux de la première moitié du XX° siècle. Il s’agit bien ici de conquis, et non pas d’acquis, pour reprendre le mot d’Ambroise Croizat, ouvrier ajusteur-outilleur dans la région lyonnaise, devenu ministre du travail de Charles de Gaulle, puis ministre de la sécurité sociale :

« Ne parlez pas d’acquis sociaux, parlez de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais »

Ambroise Croizat fut chargé par le gouvernement provisoire de mettre en place le programme du conseil national de la résistance.

Mesures à appliquer dès la libération du territoire

Rappelons que ce programme fut conçu au beau milieu de la seconde guerre mondiale comme un « plan d’action immédiate » déterminant les « mesures à appliquer dès la Libération du territoire ».

Il comprenait :

. Des mesures politiques visant à garantir le rétablissement de la démocratie et de la liberté de la presse ;

. « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » ;

. Mais surtout, et on l’oublie trop souvent : « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », passant par « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ».

Renverser le paradigme

Au vu de ce simple résumé, difficile de ne pas voir à quel point ce projet lucide et nécessaire de Libération politique, économique et sociale est aujourd’hui entamé. Le gouvernement qui s’annonce de lui-même, plus que jamais, au service des corporations privées, de la précarisation des services publics, des Grandes Orientations de Politique Économique fixées par une Union Européenne elle-même de jour en jour plus inféodée à la loi du marché, ne pourra que précipiter cette trahison.

Pour autant, il n’y a pas lieu de baisser les bras, bien au contraire. Nous sommes de plus en plus nombreux, dans les territoires d’outre mer comme en métropole, à participer à l’émergence de nouvelles formes de Résistance. La profusion d’initiatives visant l’établissement d’une démocratie réelle, l’émergence de sources d’informations alternatives indépendantes des corporations privées, conçues par le peuple et pour le peuple, la naissance de nouvelles formes de résistance concrète à l’ordre néolibéral qui phagocyte nos institutions, peuvent aboutir à un véritable renversement de paradigme.

Pour la constitution d’une minorité conséquente

Évidemment, rien ne se fera dans la facilité, et c’est heureux. Nous aurons toujours contre nous les puissances de l’argent, qui achèteront la docilité de la majorité des citoyens en troquant leur confort contre un arsenal de somnifères médiatiques et politiques.

La Résistance est toujours dans la minorité. Il en va donc de notre devoir de constituer une minorité conséquente, c’est à dire une minorité capable de se fédérer et de s’organiser à hauteur des enjeux. Encore faut-il les définir, ces enjeux, et c’est là que les forces de résistance se divisent. Et là encore, le conseil national de la résistance (CNR) peut être un appui. Le CNR est né d’un constat :  le manque de relations entre les différents maquis entravait toute possibilité d’action commune organisée. Il en a déduit qu’il en allait de son devoir d’établir une véritable administration parallèle et autonome, capable de créer les conditions de possibilité d’une vraie démocratie lorsque les autorités de la collaboration soumises aux forces du capital et à l’occupant seraient chassées du pouvoir.

De la réaction au pouvoir aux réalisations collectives autonomes : démocratie, autogestion, boycott et éducation populaire

Il n’est plus temps de demander la permission au pouvoir pour nous constituer en force politique conséquente. Le renversement de perspective ne viendra pas seulement de la contestation frontale vis-à-vis du pouvoir (même si elle s’avère plus que jamais nécessaire), mais aussi, de notre capacité à proposer des alternatives et surtout à les réaliser concrètement. Nous illustrerons ainsi par les faits la pertinence de nos propositions aux yeux de tous ceux qui, par instinct de soumission, considèrent le fait accompli comme seule perspective « réaliste ».

Perspectives concrètes

Évidemment, il n’y aura plus jamais d’Ambroise Croizat à la tête d’un ministère d’État pour défendre nos conquis sociaux, et pour lutter lois à la main contre le haut patronat afin d’en obtenir davantage. C’est donc désormais au plus bas de l’échelle que nous devons nous organiser et nous fédérer afin de mener de front cette guerre sociale qui nous est déclarée par un État prédateur devenu la succursale du MEDEF.

Le réinvestissement du champ politique et la reconquête locale des structures du pouvoir par le peuple et pour le peuple dans des perspectives d’autogestion ou de démocratie directe, participative ou collégiale (comme à Vandoncourt dans le Doubs en Franche-Comté ou à Saillans dans la Drôme en Rhône-Alpes) peuvent permettre, à l’échelle communale, de préserver nos territoires de la prédation libérale aboutissant à la privatisation de nos services publics, à la précarisation des nos agriculteurs, à l’expropriation des petits propriétaires et à l’expulsion des locataires par des bailleurs privés.

La reconquête peut passer par l’extension du domaine de la lutte dans le champ de la législation, notamment par des initiatives visant à l’infiltration électorale du parlement par des citoyens au service du peuple, comme le propose l’initiative #MaVoix, ou  telles que les pétitions massives, comme la pétition YesWeGraine, portée par Alexandre Lumbroso et Jonatahan Attias, les fondateurs du site comunidée, et réalisateurs du film des clics de conscience, narrant leur combat pour notre souveraineté alimentaire jusqu’au parlement pour permettre aux maraîchers d’utiliser des semences reproductibles et de produire les leurs.

Dans un régime politique pensé par l’argent et pour l’argent, le boycott de masse peut également devenir une arme redoutable. Ainsi, la plateforme I-boycott nous permet d’agir concrètement sur les politiques des multinationales en nous constituant en véritable lobby citoyen.

Accentuer la pression populaire pour l’organisation nationale d’une constituante, l’établissement d’une démocratie directe et la sortie de l’Otan

Pour la deuxième fois dans l’histoire de notre pays, des millions d’entre nous ont voté pour un programme politique impliquant l’organisation nationale d’une constituante, afin de décider par nous-mêmes des termes par lesquels nous voulons nous lier les uns aux autres et reconquérir ainsi une part de notre souveraineté.

Si les expériences de démocratie locale sont nécessaires, la pression populaire pour l’organisation nationale d’une constituante doit demeurer intransigeante, ce qui implique de ne rien lâcher quant à la lutte contre le spoliation de notre souveraineté par l’Union Européenne et contre les guerres illégales menées en notre nom par l’Otan, représentant de commerce du complexe militaro-industriel d’Europe et d’Amérique du Nord qui nous inféode sur le plan géopolitique à des alliances meurtrières dont nous n’avons rien choisi.

Un avenir en commun bâti sur les fondements de notre histoire

Le système électoral de représentation a été conçu pour en garantir le maintien des rênes par les tenants actuels du pouvoir quels que soient les cas de figure, et ce au détriment de la souveraineté du peuple. Nous sommes désormais des millions à en être convaincus, et plusieurs centaines de milliers à nous engager dans notre vie quotidienne pour mettre en place des agencements concrets de métamorphose politique et sociale. Pas encore assez pour faire pencher la balance électorale, certes, mais en nombre bien suffisant pour changer la vie au cœur de la Cité, de l’intérieur et au quotidien.

Le succès des perspectives de résistance concrète à l’ordre qui nous est imposé depuis plus d’un demi-siècle par les professionnels de la fabrique du consentement, et qui menace d’étendre encore ses prérogatives à l’issue de cette élection, dépend plus que jamais de notre capacité à mettre de côté nos divergences idéologiques afin de bâtir un avenir en commun sur les fondements de notre histoire, en gardant toujours à l’esprit que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.

Galil Agar

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A propos de l'auteur :

Bonjour, je m'intéresse à la philosophie, à la religion, à la littérature et à l'économie. Mes recherches et mes articles au sein du Cercle sont souvent orientés vers les sentiers jalonnant dans un même mouvement ces différents domaines par le truchement de l'Histoire. Je lutte à ma manière contre ce que Jean-Claude Michéa appelle "l'enseignement de l'ignorance". Je considère que chaque prise de conscience poussant un esprit à s'émanciper du flux continu de l'immédiateté et de la banalité pour s'interroger sincèrement sur ses déterminations historiques, psychologiques et spirituelles est un pas de plus vers la victoire. Je pense que le journalisme citoyen peut être un instrument d'envergure dans ce combat, à condition de redonner au terme de "journalisme" la dignité qu'en exigeait l'écrivain George Orwell: "Le journalisme, c'est publier quelque chose que quelqu'un ne voudrait pas voir publié. Tout le reste relève des relations publiques".

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