Documentaire : « Alger, la Mecque des révolutionnaires », de Mohamed Ben Slama

Alger, la Mecque des révolutionnaires

L’Algérie : panafricanisme, tiers-mondisme et lutte révolutionnaire dans la Guerre Froide

Réalisé par Mohammed Ben Slama, le film, diffusé par la chaîne Arte en Mai 2017, retrace l’âge d’or que furent les deux premières décennies de la diplomatie de l’Algérie. Il se déroule principalement dans la capitale Alger, surnommée « Alger la Rouge », ou encore « Alger, La Mecque des Révolutionnaires » par Amílcar Cabral, fameux révolutionnaire guinéen, à qui l’on attribue la citation suivante : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à la Mecque et les révolutionnaires à Alger. »

Ayant récemment accédée à l’indépendance après sa lutte armée face à la colonisation française, l’Algérie, elle-même surnommée dans le monde arabe « le pays au million et demi de martyr », revendiquant un socialisme compatible avec l’Islam, développe rapidement une diplomatie et des positions tiers-mondistes proches des révolutionnaires cubains (la capitale accueille le Che en 1963 et en 1965). Ahmed Ben Bella (1916-2012), premier président algérien, fera de l’Algérie la base arrière de très nombreuses luttes contestataires voire clairement révolutionnaires dans un contexte marqué par la Guerre Froide opposant alors l’U.R.S.S. aux Etats-Unis. Houari Boumédiène (1932-1978), successeur de Ben Bella et qui a fait renverser ce dernier par un coup d’Etat, ne dérogera d’ailleurs pas à cette ouverture diplomatique unique au monde, bien au contraire…

Le documentaire, qui prend la forme d’un roman, savamment écrit par Mohammed Ben Slama et raconté par Nazim Boudjenah, a été réalisé avec la participation, entre autres, de Benjamin Stora, historien spécialiste du Maghreb et professeur à l’Université Paris 13 et de Laïdi Amirouche, président du Club Averroes.

Contenant de nombreuses images d’archives, c’est dans ce documentaire que l’on apprend notamment que la capitale algérienne permettra à de nombreux mouvements de se faire une place sur la scène internationale : de l’ANC de Nelson Mandela (1918-2013) aux Black Panters (Leroy Eldridge Cleaver, Sokely Carmichael), en passant évidemment par l’OLP de Yasser Arafat (1929-2004) ou encore Oscar Monteiro (leader du front de libération du Mozambique)… ou de manière plus anecdotique (quoique), le Front de libération de la Bretagne française et le Front de libération du Québec !

Ainsi, le documentaire met en valeur la place particulière de la diplomatie algérienne durant les années postcoloniales, de 1962 à 1980, une diplomatie en plein essor, non-alignée, et engagée clairement en faveur du droit des peuples à disposer d’eux-même, fut-ce par les armes.

Au sommet de sa popularité, la ville d’Alger devient incontournable en matière de lutte anti-impérialiste et dans laquelle se développera une fraternité panafricaniste, anticolonialiste et proprement pro-révolutionnaire, un statut consacré au final par la tenue, dans la ville même, du « sommet des non-alignés » en 1973.

Bon visionnage !

Fares

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3 commentaires

  1. loïc barbarin dit :

    Il me semble qu’il y a un erreur dans votre article à Alger se développera une fraternité révolutionnaire et non pas anti-révolutionnaire. 😉

  2. Carlos dit :

    Amílcar Cabral est Capverdien pas Guinéen.

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