Pas de « regime change » à Téhéran, par Bruno Guigue

Donald Trump et Hassan Rohani

Donald Trump et Hassan Rohani (© Sipa Press)

Donald Trump a beau assurer que « l’Iran échoue à tous les niveaux », que « le grand peuple iranien est réprimé depuis des années », qu’il a « faim de nourriture et de liberté », qu’il est « temps que ça change » et qu’il « soutiendra le peuple iranien le moment venu », c’est peine perdue. Ces proclamations grandiloquentes n’auront aucun effet sur le cours des choses. Déchaîné contre Téhéran, Washington veut saisir le conseil de sécurité. Mais la Chine et la Russie s’opposeront à toute forme d’ingérence. Il n’y aura ni mandat onusien torpillant un Etat souverain au nom des « droits de l’homme », ni « zone d’interdiction aérienne », ni « droit de protéger ». Que les bellicistes se fassent une raison : l’Iran ne connaîtra pas le sort de la Libye, détruite par l’OTAN en 2011.

Le châtiment venu du ciel étant décidément impraticable, Washington a joué la carte de la déstabilisation interne. Pour y parvenir, ses stratèges ont déployé toute la gamme des moyens disponibles : avalanche de propagande antigouvernementale financée par la CIA (notamment par les stations de radio émettant en persan vers l’Iran), agents de tous poils infiltrés dans les manifestations populaires, appui donné à toutes les oppositions sur place ou en exil. Incapable de procéder au « regime change » par le haut, la Maison-Blanche a tenté de l’obtenir par le bas. Prémuni contre le « hard power » US par sa propre force militaire (et par ses alliances) le « régime des mollahs » a été directement ciblé par le « soft power » made in USA. La Maison-Blanche a fait tourner les rotatives de la désinformation, mais le résultat n’était pas garanti sur facture. C’est le moins qu’on puisse dire.

Pour abattre un régime qui leur déplaît, les « neocons » de Washington ont classiquement besoin de différents types de munitions. L’expérience montre qu’il leur faut détenir au moins deux des trois atouts suivants : une forte opposition interne chez l’adversaire, une soldatesque de supplétifs, une capacité d’intervention directe. En Iran, ils ne disposaient clairement d’aucun de ces trois atouts. L’opposition interne existe, mais c’est moins une opposition au régime qu’une opposition au gouvernement. Le système politique lui donne libre cours à travers le processus électoral. La dialectique entre « conservateurs » et « réformateurs » structure le débat, favorisant l’expression des contradictions internes sans mettre en péril le régime issu de la révolution de 1979.

C’est pourquoi les masses n’ont pas investi la rue, et la grogne qui s’y exprime pour des raisons économiques ne génère pas, sauf exception, une contestation du régime politique. Il est significatif que la propagande occidentale se livre, une fois de plus, à de grossières manipulations. On a même vu le directeur général de « Human rights Watch », Kenneth Roth, utiliser une photo des manifestations pro-gouvernementales pour illustrer le « soulèvement populaire » contre le régime. En croyant voir dans des rassemblements de mécontents le prélude à un changement de régime, Washington a pris deux fois ses désirs pour des réalités : la première, en confondant mécontentement et subversion dans les manifestations antigouvernementales ; la seconde, en refusant de voir que les manifestations pro-gouvernementales étaient au moins aussi importantes.

Cet espoir d’un « regime change » à Téhéran est d’autant plus illusoire que Washington ne détient pas davantage le deuxième atout : des hordes de mercenaires pour faire le sale boulot. Les frontières étant surveillées de près par l’armée iranienne, la réédition d’un scénario à la syrienne est impossible. En Syrie, les miliciens wahhabites furent importés en masse avec la complicité de l’OTAN, et il a fallu six ans au peuple syrien pour s’en débarrasser sérieusement. En Iran, aucun indice ne permet de penser qu’une telle invasion ait seulement eu lieu. Quelques individus ont dû passer à travers les mailles du filet, mais leur capacité de nuisance est limitée. Depuis la déroute de Daech, l’internationale takfiriste est aux abois. Le dernier carré d’Al-Qaida finira coincé dans la poche d’Idlib. L’armée syrienne avance, elle reconquiert le territoire national, et le « regime change » à Damas n’est plus à l’ordre du jour.

Pour détruire le « régime des mollahs », Washington ne peut compter ni sur l’opposition interne, ni sur le mercenariat externe, ni sur une intervention militaire directe. L’opposition interne ne partage pas ses objectifs, le mercenariat étranger est une ressource en voie de disparition, et l’intervention militaire vouée à l’échec. Le « regime change » a réussi en Libye grâce au bombardement aérien. Il a échoué en Syrie malgré des hordes de mercenaires. Mais il n’a aucune chance de réussir en Iran. Le peuple iranien subit surtout les sanctions infligées par un Etat étranger qui lui donne des leçons de « droits de l’homme ». Que certaines couches sociales aspirent au changement est naturel, et tout dépendra de la réponse du pouvoir à leurs revendications. Le président Rohani a condamné les violences. Mais il a aussi admis la légitimité du mécontentement social, des mesures impopulaires ont été annulées, et le peuple iranien n’a pas l’intention de s’étriper pour faire plaisir au locataire de la Maison-Blanche.

La situation est difficile pour les plus pauvres, mais l’Iran est tout sauf un pays au bord de la faillite. Malgré les sanctions imposées par Washington, le pays a connu un développement notable en 2016. Son économie affiche un taux de croissance de 6,5% et l’endettement public est particulièrement faible (35% du PIB). Mais le taux de chômage est élevé (12,5%) et il frappe surtout les jeunes. Le pays connaît une crise de croissance qui avive les tensions sociales, soulignant les privilèges de la bourgeoisie marchande accentués par les réformes libérales voulues par le gouvernement. L’Iran exporte son pétrole, mais il manque de capitaux extérieurs. A l’affût de la moindre faiblesse, Washington rêvait d’un mouvement de grande ampleur, capable de faire vaciller le pouvoir. Visiblement, c’est raté, et l’agression US a manqué son objectif. Elle ne cessera pas pour autant, car l’Iran est depuis longtemps dans la ligne de mire des fauteurs de guerre.

Obsession des « neocons », la lutte contre Téhéran remonte aux origines de la République islamique (1979). Elle fut inaugurée par une attaque irakienne dont l’Occident fournit les armes et les pétromonarchies les moyens financiers (1980-1988). Elle s’est poursuivie avec les attentats du Mossad et de la CIA, infligeant aux Iraniens ce même « terrorisme » dont les accuse la propagande occidentale. Puis elle s’est amplifiée avec l’invention de la « menace nucléaire iranienne » au début des années 2000. Il est évident que Trump se soucie comme d’une guigne des droits de l’homme et que la question nucléaire est l’arrière-plan de la crise actuelle. A Washington, l’union sacrée s’est miraculeusement reconstituée contre l’Iran. Ce pays n’a jamais agressé ses voisins, mais la possibilité qu’il se dote d’un parapluie nucléaire entamant le monopole israélien dans la région est jugée intolérable. Le « regime change » a avorté, mais il est clair que Trump torpillera l’accord de 2015.

Bruno Guigue (source)
(texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

(479)

A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

a écrit 837 articles sur ce site.


3 commentaires

  1. Karim dit :

    L’Iran a 1000 ans d’avance, en terme de liberté, sur son voisin : l’Arabie Saoudite.
    Un grand allié des américains, et des occidentaux en générale, qui ne donne aucune liberté à sa population. Il n’y a aucune opposition en Arabie Saoudite, contrairement à l’Iran. Vous ne verrez jamais une femme saoudienne, contrairement à l’Iran. Aucune femme au parlement, contrairement à l’Iran. Et la liste est longue.
    Dès le début de la révolution iranienne, en 1979, des sièges ont été réservés, à l’assemblée national, aux minorités : chrétiens, juifs et même zoroastriens. Rares les pays qui pratiquent ce type de représentation, même les pays dit démocratiques.
    Par contre les iraniens ne se couchent pas devant les américains, contrairement au saoudiens.

  2. aubrat dit :

    Permettez moi de reproduire cette lecture pour que tout ce qui est dit n’arrive pas, grâce à notre motivation, notre prise de responsabilité et nos actions :
    « Les faits sont là. La traîtrise du gouvernement est dévoilée. C’est la loi martiale, et plus rien ne sera comme avant. Le gouvernement fait face à la mollesse de réponse du Peuple et en profite en toute impunité. Si le Peuple s’était levé plus tôt, on n’en serait pas là. Là : signifie la perte des libertés individuelles  et d’expression la plus élémentaire, la répression sans limite, l’entretien sur le sol de France d’une mouvance islamiste radicale mettant en danger et la France et les Pays ciblés. Il n’en faut pas plus pour être sur la liste noire d’un certain nombre d’Etats, à juste titre. On se demande où est le Peuple.
    Le plus grave relève du double langage dont personne n’est dupe et qui pourtant perdure, mais pas pour longtemps.
    Il va sans dire que Nous donnerons un coup de pied dans la fourmilière puisque vous laissez faire. Quand vous ne pourrez plus parler, qui défendra la France ? La France est mal gouvernée et pire encore, est bien mal engagée.  Il y a des actes déjà irrémédiables qui font peser sur le Peuple les pires conséquences.
    Enumérons-les. A se mettre à dos l’Iran et la Russie, tout le Moyen-Orient, Syrie en tête, vous pensez bien qu’il va y avoir réaction. La coupe est pleine et le gouvernement de traîtres persiste et signe. Il court à sa destitution par ce qu’il a lui-même engagé et qui va lui sauter à la figure. Quand on manie la bombe et les faiseurs de bombes, il arrive un moment où elle éclate à la figure.
    C’est ce qui est en train de se passer. La France a dépassé toutes les limites. Elle court à la guerre – elle doit s’y préparer – d’avoir déçu et trahi des Pays frères.
    Ne cherchez pas une date précise, vous l’avez sous les yeux, elle est déjà programmée. Il n’y a plus de retour en arrière et tant que le gouvernement ne sera pas destitué, rien ne pourra être engagé pour un retour à la normale.
    Les minutes sont comptées. La loi anti-liberté est votée dans la nuit et comme personne ne s’en révolte, vous êtes piégés. Les têtes vont tomber.
    Si les meilleurs, les plus courageux tombent sans que vous leviez le petit doigt – c’est en cours – quelle est votre destinée ? Vous serez, vous aussi, décimés et il ne faudra pas vous plaindre.
    Nous vous sommons de vous lever, de vous unir, de refuser cette loi, le dernier rempart à votre liberté.   
    Se conjuguent en ce moment forces contraires et révoltes, l’anarchie s’avance à grands pas et dans moins d’un mois, la France n’est plus gouvernable.
    Dans l’état actuel des choses, aucun gouvernement provisoire ne peut tenir sans un appui extérieur. Le chaos est trop prononcé.   
    Vous voyez se dessiner le désastre. Il est inévitable. Accepter d’être gouvernés par la fausse loi, les traîtres à la Nation, équivaut à être complices.
    La Réponse, on l’a (et) vous fera vaincre le maillage serré du piège dans lequel vous vous êtes laissés enfermer. Chaque jour il se renforce, vous étouffant un peu plus.
    Quand allez-vous comprendre qu’il faut agir, construire le Renouveau en ordre de bataille, sauver la France, se sauver soi-même de l’horreur que vous savez inévitable ?
    Comment avez-vous pu ne pas bouger ?

    Quand il n’y a plus d’espoir, quel risque y a-t-il de chercher l’issue dans le « non-conventionnel » ?
    Vous avez perdu vos racines, vous vous condamnez et condamnez les générations futures, vos enfants et vos petits-enfants, si vous ne faites rien.
    Qu’avez-vous à perdre ? Vous avez tout à gagner. Il n’y a même plus de risque à prendre.
    Voyez-vous où en est venue la France ? A ne plus croire en elle, à ne plus s’autoriser à se défendre.
    Pourtant le potentiel du Renouveau est là, il ne faudrait pas le laisser perdre (mais) permettre aux voix nouvelles de s’élever, de redresser la France.
    Nous soutiendrons l’Armée Française.
    Nous aiderons tous ceux qui veulent défendre la France, la Loi Juste.
    Tout le problème est là. Il y a des actes fondamentaux à accomplir, à affirmer fermement, et la censure totale qui va s’abattre dans la nuit va hâter la mise à pied de tous ceux – dignes de ce nom – qui défendent la France.
    Qu’allez-vous faire quand il sera trop tard ?
    Et c’est bien par l’aide extérieure que la France se redressera. Aussi incroyable que ça paraisse, il faudra imposer à la France un gouvernement d’urgence sous le patronage d’une Nation  souveraine : La Russie.
    Je l’ai déjà mentionné. « Vous n’aurez pas le choix. La France sera en grande partie détruite, son économie exsangue. Elle se mettra à genou pour survivre. C’est là que le Collectif, nommé et imposé par Le Christ, la Sauvera de la destruction programmée et la remettra sur le chemin de la Gloire.
    Ne laissez pas le gouvernement en place, actuel. Devancez les évènements. Vous avez encore une chance d’éviter la guerre avec l’extérieur. Vous avez jusqu’à la Pleine Lune. Après, il sera trop tard.
    Ce n’est pas l’Armée seule qui peut destituer le gouvernement, c’est le Peuple. Il est prédit qu’il se sauvera quand le bateau va couler. Vous pouvez hâter les choses. Refusez sa gouvernance, refusez d’être complice de sa traîtrise, ou vous y laisserez votre peau et votre âme.
    Demain il sera trop tard, demain concrètement. L’unité de la France n’est plus qu’une illusion. Il vous faudra entrer dans la bataille, toutes les batailles, pour vous unir et sauver ce qui peut l’être.
    Au moins engagerez-vous, le Futur et là.  
    L’homme qui sait, et ne fait rien, est coupable  de complicité. Il a perdu son âme, s’il ne se rachète pas par un acte héroïque. » ClefsduFutur France 06.01.2018
    http://www.clefsdufutur.fr/2018/01/clefsdufutur-france-06.01.2018-mstgermain-pdf.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail
    en pdf ci-dessous
    http://data.over-blog-kiwi.com/2/00/81/64/20180106/ob_fc28b3_06-01-2018-mst-germain-clefsdufutur-fr.pdf

  3. La fable de la « menace nucléaire iranienne », par Bruno Guigue (31-01-2018)

    http://www.afrique-asie.fr/la-fable-de-la-menace-nucleaire-iranienne/

Laissez un commentaire

Why ask?