Appel aux derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale (High Flight)

En cette rentrée 2020 et à l’occasion des 75 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’association High Flight vient de publier un appel à témoins (consultable ici).

Le chapitre de la Seconde Guerre mondiale s’est déroulé au cours du tout dernier siècle qui vient de s’écouler et, en conséquence, il est si récent que les humains de 2020 ont même l’étrange privilège d’avoir encore pour contemporains des hommes et des femmes qui l’ont vu de leurs propres yeux ; qu’ils peuvent encore leur parler, les écouter et même, s’ils le veulent, conserver la trace de leurs récits.

Certes, n’importe quel policier ou juriste vous dira que la validité d’un témoignage oculaire est très relative et que même des témoignages multiples et convergents ne peuvent se substituer à des preuves. Et pourtant, lorsque des témoins qui ne se sont jamais rencontrés entre eux mentionnent à l’unisson le même fait, ce fait devient une piste qu’il est dès lors impossible de négliger. En sens inverse, même si un témoignage vécu ne vaut pas preuve, lorsqu’il met en question une narrative consensuelle, qu’elle soit du domaine académique, médiatique ou éducative, il possède une puissance d’interpellation qui incite au doute et au recoupement. A ces aunes, le recueil des témoignages vécus s’inscrit dans une démarche historique.

Par ailleurs, d’un point de vue philosophique, ces témoignages vécus ont le fréquent mérite de proposer une diversité de visions du monde susceptible d’inciter à la réflexion et à la méditation.

Le témoignage filmé, en particulier, porte en lui des plus-values qui lui sont propres : en premier lieu, celle de l’impact immédiat de la présence « physique » du témoin, de son regard, des expressions de son visage, de ses gestes. De surcroît, avoir « en face de soi » une personne qui vous raconte les événements tels qu’il les a vécus leur confère un souffle que même les œuvres les mieux écrites ne possèdent pas, et qui propulse le spectateur dans l’univers du temps et du lieu. Par ailleurs, le support audiovisuel parle tout particulièrement au public le plus jeune, massivement immergé dans la vidéo (on peut le regretter ou pas mais c’est un autre débat), et il présente la qualité de pouvoir être exploité avec efficacité par les enseignants, ce qui lui confère un remarquable potentiel éducatif.

Le recueil de ces témoignages filmés est l’objet de l’association High Flight, qui les diffuse vers le grand public francophone dans un format inédit. En effet, diffuser un témoignage n’a de signification et de portée qu’à la condition que celui-ci soit replacé dans le contexte des événements qu’il évoque. C’est là la raison d’être de la formule High Flight : compléter chaque témoignage filmé par le rédactionnel de mise en contexte et par les fiches thématiques, les photographies et les cartes géographiques qui en préservent le sens. Notons que l’association s’impose statutairement le refus de toute apologie de quelque modèle politique, économique, social, moral, culturel ou religieux que ce soit ainsi que le refus de mettre les images au service de toute vision délibérément déformée des faits historiques.

Avant High Flight, il existait déjà plusieurs bases documentaires de témoignages dans le monde, et pas des moindres. Cependant, à notre connaissance, celle de High Flight est unique au monde en ce sens qu’elle est la seule base de témoignages multimédia, cumulant audiovisuel et contenu rédactionnel.

LES PROJETS FRANÇAIS DE HIGH FLIGHT

L’association travaille en parallèle sur plusieurs projets qui sont à des stades variés de développement. Deux d’entre eux sont dédiés à la France pendant la Seconde Guerre mondiale : le projet Serment de Koufra, dédié aux témoins de la France libre, et un projet non encore baptisé et dédié à la Résistance et à la France sous l’occupation nazie. Ces deux derniers projets ont jusqu’ici été pénalisés par le succès inespéré du premier projet de High Flight, le projet Normandie Niémen dédié aux vétérans russes de la Seconde Guerre mondiale, qui a accaparé les ressources de l’association lorsque les Russes ont été les premiers à saluer la formule High Flight et à proposer leur participation. Néanmoins, en cette rentrée, le projet Normandie Niémen approche à grand pas de sa vitesse de croisière, ce qui permet à l’association de se retourner vers les témoins français pendant qu’il est encore juste temps et de s’y consacrer désormais.

Bien que les témoignages filmés sur la Résistance française et sur l’occupation de la France ne soient pas rares, 80 % de ces témoignages durent moins de dix minutes et les deux tiers d’entre eux moins de cinq minutes. Pour ces hommes et ces femmes qui ont misé leur propre vie dans l’intérêt de leurs concitoyens, qui ont tant appris et qui ont tant à partager au sujet de la nature et des activités humaines, ces aumônes audiovisuelles sont pires qu’un manque de respect : elles sont symptomatiques d’une difficulté à appréhender la nature et l’ampleur du sujet. Demander à un ancien Résistant de partager son expérience en cinq ou dix minutes revient à croire qu’il est possible de résumer le contenu d’une bibliothèque dans une plaquette publicitaire en papier glacé. High Flight a choisi de se porter vers eux et de leur proposer de témoigner sans limite de durée (le plus long tournage d’entretien avec un témoin a eu lieu avec une partisane russe qui nous a retenu pendant quatorze heures).

En parallèle, il a paru légitime de dédier un projet spécifique (projet Serment de Koufra) à ces Français qui ont fait le choix de poursuivre la guerre contre Hitler mais dont le courage et le discernement – à contre-courant du temps – n’ont pas l’heur, aujourd’hui, d’enthousiasmer la nébuleuse médiatico-éducative qui leur préfère de très loin la Résistance intérieure.

La forme finale de ces deux projets français sera calquée sur celle du projet Normandie Niémen, unanimement saluée, et peut donc être immédiatement prévisualisée. La page d’accueil du projet Normandie Niémen est https://high-flight.org/projet-normandie-niemen/, celle de ses témoignages est https://high-flight.org/temoignages/ et celle de ses fiches thématiques et cartes est https://high-flight.org/fiches-thematiques/ ; quant à celle de l’association dans son ensemble, elle se trouve ici : https://high-flight.org. Nous précisons que le projet Normandie Niémen est en cours de développement actif, que seule une très petite partie du matériau filmé a déjà été exploitée et est déjà en ligne, et que le reste est activement en cours de diffusion. Nous présentons par ailleurs d’avance nos excuses pour les éventuels inconforts de lecture dûs à la refonte complète du site, qui se trouve en phase finale.

L’APPEL DE L’ASSOCIATION

Dans le cadre de ces deux projets français, l‘association lance un appel aux derniers témoins de la Résistance, des Forces françaises libres et de l’occupation nazie en France en général, quel que soit leur rapport avec les événements. Cet appel s’adresse également, bien entendu, à leur famille, à leurs proches et à leur entourage. Nous vous invitons à prendre contact avec nous à contact@high-flight.org.

Nous espérons de toutes nos forces que nous serons entendus et que, bientôt, l’association High Flight pourra diffuser les récits de celles et ceux qui ont connu de leurs propres yeux la nuit qui, en ces temps terribles, s’est abattue sur notre pays.

En vous remerciant chaleureusement d’avance,

Pierre Bacara et Katia Gorskaïa, association High Flight (le 2 septembre 2020)

Source : les-crises.fr

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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