Les rosiers ne fleurissent pas en Algérie

Je ne pense pas que les révolutions des peuples arabes (bien que le mot révolution soit discutable, particulièrement en Syrie) puissent se reproduisent en Algérie pour les raisons suivantes :

L’ÉCOLE ALGÉRIENNE ET SES RÉSULTATS

Le potentiel intellectuel de ces pays est meilleur qu’en Algérie. Le système éducatif algérien est constamment en recul car n’ayant pas d’objectifs précis vers lequel il doit tendre pour obtenir le citoyen qu’il faut pour le modèle de société jamais défini. On ne peut dire si on enseigne, on éduque ou en instruit. Nul ne sait quoi transmettre aux générations algériennes futures. Le capital le plus précieux n’est pas le capital humain, et par conséquent non prioritaire car l’investissement que nos gouvernants considèrent plus important et plus avantageux est ailleurs, et plus précisément dans les dépenses de capitaux pour en recevoir plus.

L’école algérienne est confiée depuis plus de deux décennies à un ministre dont la seule mission est de faire des réformes pour réformer les réformes précédentes sans savoir pourquoi et vers quel objectif il tend ? Aucune évaluation n’est faite pour comprendre les faiblesses et les points discutables de la réforme. Ailleurs, dans un système politique ayant des objectifs précis, un ministre qui, surtout celui qui a la charge de la formation du futur citoyen, se respecte ne fait qu’une reforme pour une génération car l’école n’est pas un laboratoire où l’on peut expérimenter à souhait, l’expérience dans une école donne ses résultats sur une période trop longue car elle aura bien ou mal formé toute une génération.

Le résultat est que nos jeunes n’ont pas reçu l’éducation nécessaire et adéquate pour s’exprimer correctement. Il est vrai que nous, algériens, avons des difficultés pour choisir les mots adéquats afin d’exprimer nos pensées. il n’y a qu’à regarder les télévisions nationales pour voir le langage dans lequel s’expriment les algériens, qui est un mélange d’arabe, de français, de mots arabes francisés et de mots français arabisés. Même les officiels s’expriment de cette façon. Quelle langue maitrisons-nous ? Aucune. En un mot, notre école a formé des jeunes trilingues mais analphabètes. La confirmation nous est donnée dans l’enseignement supérieur. Le constat fait au niveau des universités algériennes est amer. Celles-ci sont un prolongement de l’enseignement primaire car l’étudiant est incapable de former une phrase complète et juste.

A ce titre, par manque d’une vision citoyenne pour proposer un meilleur de ce qui existe, les jeunes algériens ne peuvent s’organiser dans un cadre bien précis et s’entendre sur un projet de société à revendiquer. Chez nous, ça sera de la casse du « HOUL » pas plus.

LA CLASSE POLITIQUE

La classe politique algérienne gravite autour des institutions du pouvoir. Afin de paraitre démocratique et ouvert à l’alternance, le pouvoir a, depuis les événements d’octobre 1988,  crée des associations politiques non différentes des associations caritatives. Le but est également de canaliser les différents mouvements dans le sens souhaité, et de rendre le paysage politique plus colorié, tout en gardant la main-mise. Les taches sont réparties entre opposition et soutien au pouvoir. Lever la main pour approuver tout projet de texte soumis à l’Assemblée Populaire Nationale est « un devoir national ». Avoir de nombreux avantages et obtenir un statut qui lui facilite l’accès à tout ce dont il rêvait auparavant est l’hameçon tenu par le pouvoir derrière lequel courent les opportunistes et les entristes. Ils sont en pleine saison du printemps, pourquoi demanderaient-ils l’été ?

La classe politique algérienne a complètement échoué à réconcilier le peuple avec la politique et à développer l’écoute des citoyens sur leurs préoccupations journalières, et par conséquent, elle est en déphasage avec les citoyen car elle s’est trompée de société.

Cette classe politique qui prétend agir pour instaurer une alternance du pouvoir ne croit pas à ce principe fondamental de la démocratie. Les leaders des partis en question se font reconduits congrès après congrès, et ce depuis la création ou plutôt la mise en place du parti. Elle est calquée sur les mêmes pratiques du pouvoir. Elle est un élément du système.

Le niveau politique étant ce qu’il est, la classe politique ne peut mobiliser ses propres militants car son langage est à géométrie variable d’un extrême à l’autre, dénotant une certaine naïveté en matière politique. Elle pousse la contradiction jusqu’à vouloir plaire au pouvoir par des discours pompeux et irréaliste contraire à ses propres convictions, pour ne pas parler de programmes : aucun parti en Algérie n’a défini de programme économique, social, culturel… Une trotskyste qui approuve un programme libéral. Un éradicateur qui soutient la réconciliation nationale. Ce sont des bizarreries qui ne peuvent que se produire en Algérie.
Depuis fort longtemps cette classe politique a perdu toute crédibilité auprès du peuple algérien.

Au sein du gouvernement chaque ministre se comporte comme un Président de la République et, au sein des institutions, chaque fonctionnaire se comporte comme le seul décideur, méprisant le citoyen. Tous sont des responsables et personne ne l’est réellement. Ils ne rendent compte des leurs activités à aucune structure exécutive ou législative. Ils ne sont pas tenus non plus de préciser les objectifs pour lesquels des sommes importantes sont demandées et octroyées. L’Inspection Générale des Finances est actionnée de manière politique.

Le pouvoir n’est pas centralisé, il est dilué entre plusieurs centres de décisions, ce qui ne fait qu’affaiblir le pouvoir. A chaque crise que traverse l’Algérie, le pouvoir se déclare « ressourcé » et s’adapte à la nouvelle situation avec un maquillage de réformes politique pour se pérenniser.

L’embellie financière induite par la flambée des courts du pétrole constitue une aubaine inespérée pour le pouvoir d’acheter la paix sociale quel qu’en soit le coût. Il obtient les moyens de corrompre les hauts fonctionnaires et les cadres de la nation. Il ne se soucie guère de la croissance, critère essentiel pour le partage de la richesse créée. Les salaires des cadres supérieurs de la nation et de certains élus dépassent 50 fois le SNMG (Salaire National Minimum Garanti) pour ceux qui ont acheté leur place a l’assemblée nationale et au sénat, institutions fantomatiques.

Cette recette exceptionnelle de capitaux générée par l’exportation des hydrocarbures a donné naissance à une corruption, une des plus importante au monde, qui a constitué un puissant frein au développement économique malgré la consommation de centaines de milliards de dollars.

Une justice moribonde et surtout du coté du puissant en termes de matière et de pouvoir. L’exemple le plus illustrant est le gel complet des missions de la cour des comptes. Toute une pléiade de magistrats et de fonctionnaires sont généreusement payés pour ne « rien faire ». Une forme de corruption et une occupation de postes fictifs mais généreusement rémunérés.

LA COMMUNICATION, LE LANGAGE UTILISÉ

La langue de communication aux citoyens est aussi déterminante que mobilisatrice. Contrairement aux pays arabes, les dirigeants politiques les différents courants et les soit disant représentants de la jeunesse algérienne, qui appellent au changement, n’ont pas bien compris la société algérienne car ils vivent dans des salons fermés et jamais en contact avec celle-ci. Ils s’adressent à leurs citoyens dans une langue que ces derniers ne comprennent pas. Ils leur parlent en français (je suis francisant donc pas de complexe pour ma part), qui n’a aucun impact, tant le message est mal reçu pour ne pas dire jamais reçu.

Dirigeant l’Algérie depuis l’indépendance, ces francophiles n’ont amené ce pays qu’à la pauvreté, la dépersonnalisation et à l’inculture. Qu’il me donne un seul pays qui s’est développé en utilisant cette langue qualifiée par François Mitterrand lui-même de « langue paresseuse ». Ne me parlez pas du Canada car la locomotrice est anglaise.

L’histoire nous enseigne qu’aucun pays ne peut se développer ni se moderniser en utilisant une autre langue que la sienne, la Corée du Sud, la Turquie, la Malaisie, le Vietnam, l’Espagne, la Russie, etc.… sans oublier Israël.

Enfin, si l’Algérie n’a pas connu son printemps arabe, c’est que les jeunes ont perdu le sens de la réflexion, à cause d’une formation détériorée et d’une pensée rétrécie.

LA DÉCENNIE NOIRE

La décennie noire ou plutôt rouge (le sang a abondamment coulé en Algérie) est toujours présente dans le vécu de la population. Les stigmates sots toujours visibles. Aucun ne souhaite la revivre tant le feu a touché surtout les larges couches populaires algériennes.

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