Réhabilitation de l’État algérien : ils disent quintessence, je dis déliquescence.

Le terme « pouvoir public » désigne l’ensemble des services chargés de l’administration d’un État, qui peut être définit par un territoire délimité et une population sur laquelle l’autorité exerce son pouvoir. En Algérie, si le territoire et la population sont des éléments tangibles, la légitimité de l’État semble discutable tant son autorité est contestée.

En Algérie, l’Etat a abandonné graduellement ses obligations en matière de respect, de protection et de garantie des libertés et des droits envers ses citoyens, et ce au profit des lobbys. Son autorité est bafouée quotidiennement. Il est en situation de décrépitude avancée. Pour affirmer une existence qui se réduit comme peau de chagrin, les officiels évoquent ces jours-ci la réhabilitation de l’État. Les Algériens apprirent ce terme du Haut Comité d’Etat (1) instauré en janvier 1992, après la démission du président Chadli Bendjedid. Depuis, cette réhabilitation est devenue synonyme de déliquescence.

Pour que l’État soit réhabilité, le simple citoyen ne demande que des décisions anodines, naturelles, sans aucune incidence financière, mais dont l’impact sur la vie quotidienne est important. A titre d’exemple nous citons :

La repossession de son espace public

Le trottoir : réservé aux piétons, le trottoir fait partie du domaine public mais en Algérie le piéton marche le plus souvent dans la rue. Si ce ne sont pas les commerçants de l’informel et du formel qui l’occupent, ce sont les services de sureté qui le squattent devant leurs commissariats.

Les plages : que l’État rende aux citoyens les plages privatisées gratuitement pour le compte d’une catégorie restreinte d’Algériens.

Les squares et jardins publics : pouvoir se promener paisiblement dans les squares et autres jardins publics devenus lieux de débauches ostentatoires, ou envahis par « les officines de change » bien encadrés par les membres de la police.

La reconsidération en tant que client

Le compteur de taxi : imposer le compteur aux taxieurs et leur faire savoir que leurs taxis sont à la disposition du client pour aller où veut ce dernier, et non pas comme ils le veulent.

La facture d’achat : que l’acheteur, quelle que soit sa nature juridique, puisse obtenir pour ses achats une facture sans qu’il la demande.

Le respect, l’écoute et la communication des services de l’État

L’accueil dans les administrations : que les préposés aux guichets de l’administration publique soient les serviteurs du citoyen, et non pas de leurs connaissances.

La disponibilité des agents de l’administration : que les agents de l’administration traitent les affaires des citoyens sans passer de longs moments au téléphone, à « papoter » avec les collègues ou à quitter leur poste pour aller savourer un café.

La proximité des services : que le citoyen ne soit plus contraint de faire des centaines de kilomètres pour un simple extrait de naissance. Pour certains, cette opération très banale demande plus d’une journée à cause des désagréments inévitables qui en découlent (transport, hébergement et restauration).

L’égalité pour tous

La justice pour tous : être jugé par les lois de son pays et non en fonction de son rang social ou de sa fortune. Ces différences de traitement des justiciables ont poussé le Ministre de la Justice à déplorer cette situation lors de la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature, le 16 septembre 2012.

Le respect de la loi fondamentale du pays : être considéré comme citoyen et non comme sujet, et traité simplement comme le stipule la Constitution. Pas d’Algériens et de super Algériens !

Cinq exemples de piétinement de la Constitution

Le départ à la retraite : il est fixé à 32 ans de service pour les sujets et 25 ans pour les citoyens (fils de chouhada que l’État, n’ayant pas besoin de leurs voix électorales à l’époque, avait abandonné en 1962). Si cette disposition avait été étendue aux enfants ayant perdu leur père entre 1954 et 1962, cela aurait été un acte noble de l’État.

Caisse de retraite des cadres de l’État : une institution occulte.
Les hauts fonctionnaires de l’État profitent largement de cette caisse. Elle n’a pas d’équivalent au monde. Quinze années de travail seulement et la cinquantaine révolue pour bénéficier d’une retraite à 100%, actualisée lors de chaque augmentation de salaire des personnels actifs. Son organisation et son fonctionnement sont définis « par des textes non publiables ».(2). « Unique au monde » cette caisse « ne reçoit pas, ne traite jamais avec ses adhérant, seulement avec les Ministres en exercice. Elle ne communique pas, ne répond pas au courrier et agit comme bon lui semble ». (3)

 – Les privilèges sans limites : ils sont accordés gracieusement aux hauts cadres Algériens qui bénéficient d’une prise en charge totale (résidences, électricité et gaz, téléphone fixe et portable). Ces hauts cadres obtiennent une autre rente en louant leurs villas. Si une immatriculation spéciale sera donnée aux véhicules de l’État, l’Algérien remarquera que la moitié des véhicules circulant à Alger sont propriétés de l’État. Il comprendra aisément pourquoi partout dans le monde, les ventes de voitures ont baissé sauf en Algérie. Que l’on fasse la même chose pour les logements de fonction avec une couleur unique…

 – Inégalité pour le pèlerinage : les citoyens sont tenus de s’inscrire dans leur commune de résidence pour un tirage au sort. Une dizaine de passeports en moyenne sont accordés à chaque commune, alors que les cadres et les députés en reçoivent deux ou plus.

Accéder à un droit sans passer par un intermédiaire : le citoyen n’a pas à verser un “dessous de table” pour jouir d’un droit qui lui est consacré. Qu’il obtienne une licence de taxi ou d’exploitation d’un débit de boissons directement de l’État, et non d’un moudjahid.

Vous l’aurez compris, les dirigeants Algériens reviennent le plus souvent sur la question de la réhabilitation de l’État, et mettent en avant la quintessence des services fournis et les décisions prises pour que la notion de citoyenneté soit reconnue à tous les Algériens, égaux en droits et en devoirs. Au contraire, toutes les actions entreprises ont débouché sur la déliquescence de l’État dans toutes ses dimensions. La quintessence de l’État se juge à travers l’égalité dans la répartition des richesses nationales. Actuellement, une infime partie de la population en profite allègrement. On ne peut en dire autant pour les autres catégories de la population algérienne.

Il suffirait que l’État n’accorde pas à un département ministériel gérant “les affaires du passé” un budget nettement supérieur à ceux accordés aux secteurs stratégiques “préparant l’avenir”. Le budget alloué au ministère des Moudjahidine est destiné à 100.000 personnes. Il est prévu pour l’année 2013 une enveloppe financière de 221 milliards de dinars (deux milliards d’euros). Ce budget représente « le triple de celui accordé à neuf ministères : Aménagement du territoire (2,7), Tourisme et Artisanat (2,7), Postes et TIC (3,3), Pêche (2,2), Culture (21,6), Communication (11,8), Travaux publics (9,9) et Industrie et promotion des investissements (4,1) (4)

Si Platon (5) avait dit que « la perversion de la cité commence par la fraude des mots », je dirais que la perversion de l’État commence par la corruption des cadres. Car en Algérie, la manipulation des cadres est plus facile que celle des masses.


1- Le Haut Comité d’État est un organe en charge provisoire de la gestion d’État pendant une période transitoire. Il a été mis en place le 14 janvier 1992 par le Haut Conseil de sécurité. Il interrompt le processus électoral dont le premier tour a été remporté par le FIS, parti islamiste.

2 et 3- Algérie 360, site d’information et d’accueil sur l’Algérie du 2 septembre 2012.

4- Dernières nouvelles d’Algérie du 22 octobre 2012

5- Philosophe grec (Athènes, 427—347 avant JC).

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3 commentaires

  1. chayR dit :

    Les “algériens” ont voulu l’indépendance ? Qu’ils en profitent donc 😉

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