Livre : « Syrie, le chemin de Damas», de Huguette Pérol

Alors que depuis quelques jours les médias commencent à reconnaître du bout du clavier que l’armée arabe syrienne est en train de reconquérir son propre pays, que la Russie – avec dans son sillage l’Iran et le Hezbollah libanais – semble imprimer son rythme et imposer son style face aux États-Unis et à Israël, il ne faut pas oublier d’où l’on vient, pour savoir vers quoi nous avons failli nous diriger et pour déjouer d’éventuelles nouvelles arnaques.

Le récent livre d’Huguette Pérol, Syrie, le chemin de Damas, permet de répondre à ces trois exigences du citoyen qui tient à garder les yeux ouverts.

La particularité de l’exposé de l’auteure, un peu plus d’une centaine de pages, est qu’il n’est pas le fruit de la pensée d’une fonctionnaire de l’écriture ou de l’information confortablement installée dans un bureau parisien, mais l’œuvre d’une authentique connaisseuse des pays arabes, elle qui est née au Maghreb et fût épouse de diplomate.

Loin, donc, de l’esprit propagandiste des journaux pilotés depuis les nébuleuses sphères de la finance internationale, Huguette Pérol nous permet tout d’abord de saisir l’origine de la volonté « occidentale » de déstabilisation de la Syrie. C’était en 2011, déjà deux ans. Dans la continuité de ce qu’il a été convenu d’appeler le « printemps arabe », une opposition s’est élevée contre Bachar al-Assad. Comme dans les précédents soulèvements, la main « occidentale » avait du mal à rester invisible. Entre des Syriens vivant à l’étranger et connaissant mal leur propre pays, ce que dénonceront sans cesse les cadres de la société civile syrienne, et des activistes armés se comportant de manière violente et anarchique, une collusion devint assez vite claire entre les uns et les autres, dans ce qui semblait n’être au début qu’un capharnaüm. Le couple infernal BHL / groupes djihadistes armés, parabole vivante de l’axe États-Unis / Israël / dictatures sunnites, revenait chanter le doux refrain de « la guerre sans l’aimer », et le bal des éditorialistes nationaux de reprendre les couplets du droit de l’hommisme, de la résistance héroïque et du tyran maléfique. Laurent Fabius déclarera même l’année suivante que Bachar al-Assad « ne mériterait pas d’être sur la terre ».

Pourquoi un tel acharnement anti-syrien ? Huguette Pérol démontre tout simplement, en s’appuyant sur sa connaissance de la nation syrienne et le témoignage de Syriens (qui restent les mieux placés pour parler), que la Syrie a le grand tort de former avec l’Iran, le Hezbollah et les dirigeants chiites irakiens un pôle de résistance à l’influence des États-Unis (et de ses alliés éternels ou de fortune).

Le géopoliticien syrien Bassam Tahhan explique notamment, les témoignages constituant un chapitre entier du livre, que « Bien avant l’arrivée du « Printemps arabe », la Syrie était dans le collimateur des États-Unis. Pour affaiblir la résistance du Hezbollah et s’opposer à la puissance iranienne, Washington et Tel-Aviv voulaient se débarrasser de Bachar al-Assad. Le « Printemps arabe » parti de Tunis et arrivé à Damas leur donnait l’occasion de le faire sous prétexte de favoriser les Droits de l’homme et la démocratie. […] L’occident se réclamait de la démocratie mais voulait, en fait, abattre la Syrie avec la complicité de régimes arabes fort peu démocratiques. »

Voilà, concernant cette affaire syrienne, d’où l’on vient. Et ce vers quoi nous avons failli nous diriger, c’est, du fait de la composition hétéroclite de l’opposition djihadiste armée (plusieurs nationalités représentées, y compris européennes…), un perpétuel chaos armé et un phénoménal bond en arrière pour la nation syrienne, un « retour à l’âge de pierre », comme aiment le dire ceux qui pointent leur doigt sur tel ou tel pays d’une mappemonde frappée de la bannière étoilée. La ténacité des Syriens, de leur armée et de leur chef d’État a permis de mettre en lumière toute la bassesse des manœuvres auxquelles le bloc « occidental », l’inénarrable état d’Israël et les pétro-dictatures qatari, saoudienne, etc. sont capables de se livrer.

La « crise » syrienne, lorsqu’elle ne sera plus qu’un mauvais souvenir, devra servir de leçon aux citoyens éveillés que nous souhaitons être et demeurer. Lire et posséder l’ouvrage d’Huguette Pérol sur le sujet est un élément indispensable à cet éveil, et une salutaire bouffée d’oxygène pour nos esprits encombrés du déluge d’information-divertissement déversée au rythme effréné des obligations de « l’info continue ».

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