Gestion de l’eau en France : un scandale institutionnel (LeRenifleur)

Lorsque l’on évoque le prix du mètre-cube de flotte dans l’hexagone, cela suscite toujours des débats très passionnés et pour cause. D’une commune à l’autre, les différences de tarifs peuvent être hallucinantes sur un même territoire ! Enjeu majeur s’il en est, l’accès à l’eau potable française subit depuis des décennies les attaques des multinationales qui aimerait bien également nous vendre l’air que l’on respire avec en prime la lumière du soleil !

Gabegies et corruptions entachent la gestion dès les plus hauts sommets de l’État. Ainsi, le Monde a sorti en février un remarquable dossier sur les dérives pratiquées à l’Onema : l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques. « L’Onema est sous le feu de vives critiques dans le rapport annuel de la Cour des comptes (…) un budget mal maîtrisé sans procédure formalisée d’engagement de la dépense, une gestion des systèmes d’information défaillante, des sous-traitances non déclarées… ». En 2012, l’Onema comptait 900 agents et disposait d’un budget de 110 millions d’euros.

Une plainte contre X a été déposée le 4 juillet 2012 au parquet de Créteil par le Syndicat national de l’environnement : « Le SNE-FSU a été alerté par des agents de l’Onema de l’existence de graves irrégularités dans le fonctionnement de cet établissement public, constitutives d’infractions pénales. Ces agents ont remis des documents établissant de manière précise des fraudes dans la passation et l’exécution des marchés publics, notamment des fausses facturations, conflits d’intérêts, délits de favoritisme, sous-traitances non déclarées, faux et usages de faux ». Et ce n’est pas tout : « des agents nous ont alertés de l’urgence de la situation en raison de la disparition de pièces de procédure de marchés publics demandées par la Cour des comptes dans le cadre du contrôle qu’elle exerce au sein de l’établissement ». C’est vraiment la fête du slip avec l’argent du contribuable et lorsque l’on descend dans les étages institutionnels, le scandale se poursuit !

« Chaque jour ou presque, une réunion publique oppose en France les représentants des entreprises privées, spécialistes de la gestion des réseaux d’eau pour le compte de collectivités, aux partisans de la régie, qui veulent tout garder sous contrôle municipal. C’est une guerre souterraine que se livrent les deux camps, à coups d’invectives, de menaces et d’intimidations », peut-on lire dans un intéressant papelard du Nouvel Obs. Les protagonistes sont les grands patrons, des maires de tous bords, des ministres, des intellectuels « qui se mouillent », des collectifs de citoyens inquiets pour leur facture et les militants altermondialistes plaidant que l’eau, “bien commun de l’humanité”, doit échapper aux capitalistes et ces derniers n’ont pas tort.

A l’approche des élections, l’enjeu prend bien entendu la forme de promesses électorales note le Nouvel Obs : « Le retour au public est devenu un marqueur à gauche pour tous les politiques en campagne pour les municipales de 2014. Et pas seulement chez les Verts : le parti de Jean-Luc Mélenchon en fait un critère pour fusionner ses listes au second tour avec celles des socialistes. Même la droite s’y met ! En mars, Christian Estrosi a surpris tout le monde en annonçant le passage en régie de Nice dans deux ans. Suscitant la consternation de Veolia, exploitant depuis 1864. “C’est un motard, Estrosi, il fait tout vite”, soupire-t-on au siège de l’avenue Kléber, à Paris, en espérant à haute voix que l’édile changera d’avis après les élections » : pas de problème de ce côté-là car « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » !

Pour les « géants de l’or bleu », qui contrôlent la moitié d’un marché français évalué à 12,35 milliards d’euros, c’est une tempête sans précédent. La résistance prend de l’ampleur avec des collectivités qui se professionnalisent de plus en plus. « Toutes les villes n’ont pas les moyens techniques et financiers de se constituer un service des eaux compétent. Ce sont souvent les grandes agglomérations qui sautent le pas. Mais aucun édile ne signe aujourd’hui un contrat sans avoir réclamé aux entreprises une ristourne minimale de 10% à 20% sur leurs prestations » précise le magazine. Reste à vérifier que ces « ristournes » se traduisent par une baisse réelle de la facture pour les contribuables !

Les grands scandales de corruption qui se succèdent et les multiples rapports des cours régionales des comptes dénonçant l’opacité des bilans et les marges faramineuses des délégataires ont préparé l’opinion publique. Cependant, « Si l’époque des valises de billets et du financement des partis politiques est terminée, rien n’empêche le lobbying et les pressions plus ou moins amicales… par l’intermédiaire d’élus ou de leurs collaborateurs, que l’on trouve en quantité dans les services relations publiques et institutionnelles des groupes » précise le Nouvel Obs

Chez Suez, on croise, par exemple, deux proches de François Bayrou, son ancien directeur de cabinet Benjamin Ferniot (directeur du développement France), et l’ancienne secrétaire d’Etat Anne-Marie Idrac, senior advisor. On rencontre aussi Nicolas Perrin, ancien bras droit de François Rebsamen à Dijon, revenu dans le giron de Suez après un aller-retour comme chef de cabinet de la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti.

Chez Veolia, on tombe sur le directeur des affaires européennes, Rainier d’Haussonville, dont le carnet d’adresses s’étend des cabinets Raffarin à l’entourage de Villepin. Et est-ce un hasard si Veolia, en pleine renégociation ardue avec Nice, a embauché deux anciens membres du cabinet Estrosi au ministère de l’Industrie ?

« Les grands groupes nous envoient d’abord ses émissaires, qu’on a connus en cabinet ministériel », témoigne le socialiste Vincent Feltesse, président de l’agglomération bordelaise. « Ils jouent la connivence avec des invitations à Roland-Garros ou un voyage au Mexique pour visiter une station d’épuration expérimentale », raconte-t-il. Tout ce beau monde se retrouve une fois par an au Congrès des Maires pour déguster foie gras, huîtres et champagne aux stands Veolia et Suez !

« L’étape d’après, c’est la menace plus directe », confie Loïc Mahévas, conseiller de nombreux élus. « Les mesures de rétorsion vont de la fermeture du centre régional du délégataire, avec la disparition de ses dizaines d’emplois, à l’arrêt de tout mécénat pour les clubs sportifs ou les manifestations culturelles ».

Enfin, cela dérape parfois gravement comme chez moi en Essonne « où une filiale de Suez a passé en décembre 2011 un drôle de contrat avec une agence de lobbying, Vae Solis, pour “discréditer sur le fond” Gabriel Amard, président de la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne ». Une vraie bête noire, ce proche de Mélenchon : activiste de la première heure, il a passé sa commune en régie et participé à des centaines de réunions publiques sur le sujet. Le cabinet de conseil s’était vu promettre une prime de 45.000 euros s’il parvenait à faire échouer un projet d’approvisionnement de l’agglomération par le réseau Eau de Paris et avait créé un faux blog écolo affirmant que le liquide parisien était “chargé de nitrates” !

Le Nouvel Obs rapporte l’affaire : « Si tout cela est avéré, ce serait du trafic d’influence », estime Amard, qui a porté plainte mais fait aussi l’objet d’une procédure pour « dénonciation calomnieuse » de la part de Vae Solis. Une « initiative purement locale », rétorque la direction de Suez, qui brandit les sanctions prises contre son ex-responsable régional pour se dédouaner. Vérification faite, le dirigeant a juste été muté à la tête d’un autre service. « Il faut comprendre que nos salariés ne savent parfois plus comment affronter l’information partielle, voire partiale, de certains élus », explique Jean-Louis Chaussade !!!

Pour conclure : s’il est impossible de faire confiance aux multinationales, il est également difficile de croire aveuglément la parole des élus : « Certains se targuent d’être passés en régie mais concluent dans la foulée, sans s’en vanter cette fois, des accords de sous-traitance avec les anciens délégataires pour la gestion quotidienne de leur réseau. D’autres se félicitent de baisses de prix obtenues… mais oublient de préciser à leurs administrés que les tarifs auraient baissé de manière automatique avec la fin du remboursement de la station d’épuration ! » explique le magazine. Il n’y a pas à dire, c’est sympa de vivre en oligarchie !

Auteur : Le Renifleur

Sources utilisées :
L’enquête du Nouvel Obs
Le dossier du Monde

 

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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