Discriminé puis licencié par la SNCF, Yacine est en grève de la faim (Courrier de l’Atlas)

Yacine-Zahraoui-300Yacine Zahraoui a subi un an de harcèlement au travail avant de se faire licencier par la SNCF. Délaissé par sa famille, à la rue depuis le début de l’année, le jeune homme mène une grève de la faim pour se faire entendre.

« Depuis que j’ai débuté ma grève de la faim le 12 mai, je me trouve dans une situation critique. J’ai perdu mon emploi, je dors dans une voiture, j’ai perdu plus de 10 kilos, je suis très affaibli mais je m’accroche ».

Très digne, Yacine Zahraoui garde la tête froide malgré les circonstances. Ce jeune homme qui mène une grève de la faim depuis 2 semaines veut aller « jusqu’au bout » pour se faire entendre et dénoncer « le licenciement abusif » dont il a été victime.

Sur sa chaise de camping, rue Durat, près de l’Elysée, Yacine garde un mince espoir, « grâce aux soutiens, notamment « Génération Creil » et les membres du collectif ‘SNCF droit à la différence’ ». En cet après-midi, Hicham Boulhmane, Nadir Labat et Djamel Benkerouf, tous trois élus sur le bassin creillois sont venus apporter saluer ce jeune de la ville, « il faut combattre la discrimination et le racisme, en l’occurrence pour une société, la SNCF, qui est dans un état de récidive » explique Hicham Boulhamane.

Le début de la descente aux enfers

Après avoir décroché son bac pro avec mention en 2011, Yacine signe un contrat équivalent à un CDI avec la SNCF. Ses deux ans de formation à Compiègne ont porté leurs fruits et le jeune homme, très apprécié de son équipe est aux anges.

A la signature de son contrat, on le change d’affectation et il se retrouve à Amiens. Le début de la descente aux enfers pour Yacine. Il débarque dans une équipe qui n’aime pas les nouveaux venus, « ils avaient des antécédents de difficultés d’intégration ». Et Yacine n’y échappera pas.

Bizuté, le novice est régulièrement rabaissé avant que ses collègues ne l’attaquent sur sa religion … « Pendant le ramadan, j’avais le droit tous les jours à ‘tu veux un morceau de cochon ?!’ ou alors ils me servaient un verre d’eau puis le retiraient en s’exclamant, ‘t’as pas le droit de boire’ ». Un harcèlement permanent qui pousse le jeune homme à avertir sa hiérarchie qui le convoque, « ils m’ont dit que c’était de ma faute, que je n’étais pas là pour me faire des amis ».

Du harcèlement physique au licenciement

Sans doute avertis de cet entretien, ses collègues en rajoutent encore une couche, allant jusqu’à porter atteinte à son intimité en lui touchant les fesses régulièrement. Réponse de sa hiérarchie, « c’est amical, il ne faut pas mal le prendre ».

Éprouvé moralement, Yacine peine à donner sa pleine mesure au travail. Très vite, les évolutions positives deviennent négatives. « Moralement j’étais au fond du trou, heureusement mon ancienne équipe de Compiègne me soutenait et le délégué syndical a dénoncé les faits. Quand le directeur a entendu ça il m’a convoqué pour un entretien puis, le jour même, m’a remis une convocation écrite pour un entretien de licenciement ». Ses responsables arguent même que Yacine évoque le harcèlement physique dans le but d’éviter le licenciement.

Il perd sa famille et se retrouve à la rue

Licencié en décembre 2012 après le prolongement de sa période d’essai, Yacine tombe dans une spirale infernale. Sa famille lui en veut, « pour eux c’était de ma faute, si j’étais licencié c’est que je ne m’étais pas tenu à carreau ». Très vite la rupture est consommée. Le jeune homme rejoint le collectif « SNCF droit à la différence » et entame une procédure aux prud’hommes. Par le biais de l’intérim, il s’accroche mais l’absence de CDI est rédhibitoire pour trouver un logement.

Le 26 mai 2013, le Défenseur des droits rend un rapport édifiant qui charge la mule de la SNCF et prouve bien que Yacine est victime d’une injustice. Droit dans ses bottes, la société ferroviaire refuse toute discussion. En janvier 2014, Yacine se retrouve sans logement et à la rue. Suite à une mauvaise gestion de son dossier, il doit faire appel à un avocat « et assurer ses honoraires » en attendant l’audience prudhommale prévue en janvier 2015.

La solidarité du voisinage

Dos au mur le jeune homme décide d’entamer une grève de la faim le 12 mai dernier à quelques pas de l’Elysée. Sans emploi, le jeune homme a pu compter sur la solidarité du voisinage pour trouver la force de continuer son combat, « une personne m’a prêté sa voiture quand il a vu que je dormais dans le froid pour que je puisse m’y réfugier, il m’a même laissé les clés de chez lui pour que je prenne des douches. Le restaurant qui fait l’angle me permet d’utiliser les toilettes et charger mon téléphone ».

Et François Hollande dans tout ça ? « Ils se renvoient tous la balle. On a vu le ministère des Transports qui nous a renvoyés vers la SNCF qui a affirmé qu’elle ne reviendrait pas sur sa décision. On s’est retourné vers les conseillers du président qui m’ont dit qu’ils ne pourraient rien faire pour moi ».

Pourtant, avant lui, plusieurs personnes ont été réintégrées, alors pourquoi pas Yacine ? « Ils ont peur des jurisprudences, si ils règlent mon cas ils savent qu’ils devront traiter tous les cas de discriminations, ce qui est normalement obligatoire ».

Une grève de la faim pour combattre les discriminations

Très affaibli, le jeune homme compte sur le soutien de tous pour faire bouger les lignes. Et pas seulement pour lui, « je vais continuer mon combat car si j’abandonne, je laisse la porte ouverte à toutes les discriminations. Il ne doit y avoir aucune hiérarchie dans les discriminations. Il est anormal que la garde des Sceaux soit insultée et que son cas se règle dans la journée alors que pour un citoyen qui fait une grève de la faim, victime de discrimination, on le laisse pourrir dans une rue. Est-ce que la vie d’une garde des Sceaux est plus importante que celle d’un citoyen lambda ? ».

On attend la réponse de François Hollande, lui qui a fait de la jeunesse sa priorité…

Source : www.lecourrierdelatlas.com

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A propos de l'auteur :

Je suis Webmaster depuis 1998, et producteur de musique reggae (Black Marianne Riddim). Je suis un grand curieux, je m’intéresse à beaucoup de sujets (politique, géopolitique, histoire des religions, origines de nos civilisations, …), ce qui m’amène à être plutôt inquiet vis-à-vis du Choc des Civilisations que nos dirigeants tentent de nous imposer.

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4 commentaires

  1. roger santos dit :

    un cas navrant qui, je l’espère, trouvera une bonne solution.
    Courage et bonne chance à Yacine.

  2. clément dousset dit :

    voilà un combat simple et clair à mener : il faut faire plier la SNCF et la forcer à réintégrer Yacine !

  3. OSEF dit :

    Plusieurs points m’interpellent dans ce récit dramatique évoqué ici, le premier et non le moindre, c’est le motif du licenciement énuméré par la SNCF, qui apparait à mon sens essentiel pour savoir de quoi l’on parle exactement, ensuite le deuxième étant la procédure engagée à l’encontre de Yacine est elle légale, et a t’elle été effectuée selon le code du travail ? N’y a t’il pas obligation pour l’employeur avant un licenciement d’envoyer au minimum une lettre recommandée avec AR (voir plus, peut être 3 me semble t il) stipulant les causes de l’avertissement dont il est sujet dans le cas ou il s’agirait d’une faute professionnelle mentionnée par la direction.
    Troisième point, à défaut d’avoir souscrit à une protection juridique et par rapport à l’aspect purement financier, Yacine doit pouvoir bénéficier de l’aide juridictionnelle censé subvenir aux dépenses inhérentes aux frais de procédure, si c’est le même dossier qui à été perdu, alors il y a de quoi réellement s’insurger contre l’administration !!
    Il serait fort utile pour nous lecteurs de pouvoir connaitre l’ensemble des éléments de l’affaire afin de se faire une opinion valide et objective de la situation de ce jeune homme, dont la précarité actuelle est gravissime.

    Si les faits de discriminations relatives à ses origines et à sa confession religieuse sont pleinement établis, une sanction exemplaire devrai être appliquée, et même si celle-ci ferait jurisprudence, il n’ y a absolument pas de raison que la SNCF verse 62 000 euros de dommages et de frais de justice à quatre membres de la famille du député européen des Verts Alain Lipietz, dont le père a été déporté et qu’à coté de cela celle-ci laisse se perpétrer dans son entreprise un véritable harcèlement moral.
    Pas de prosélytisme religieux, certes mais pas de représailles par rapport aux convictions religieuses, la laïcité est née pour cette raison et aucune autre, encore moins pour imposer la religion de Vincent Peillon et de NV Belkacem.

  4. vieilleribiere dit :

    Je soutien cette action car ami , il lui arrive la meme chose merci

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