Alexander Mercouris : « La Russie avait averti Erdoğan du coup d’État »


Poutine Erdogan coup d'ÉtatÀ propos de l’auteur : Alexander Mercouris est un expert en droit international et relations internationales. Il a couvert les aspects légaux de la surveillance par la NSA et la crise ukrainienne du point de vue des Droits de l’Homme, de la constitutionnalité et du droit international. Il a travaillé pendant 12 ans à la Cour royale de justice du Royaume-Uni en tant qu’avocat. Il est également co-fondateur du site The Duran et vit à Londres. Il nous parle ici du coup d’état survenu en Turquie le 15 juillet dernier.


 

Fars, l’agence de presse semi-officielle de l’Iran qui rapportait il y a quelques jours que les Russes avaient averti les services de renseignement turcs (MİT) à propos du coup d’État, maintient sa dépêche originale (du 20 juillet 2016) en ligne sur son site web — ce qui est fort inhabituel.

Fars n’est pas une agence de presse officielle telle que TASS peut l’être pour le gouvernement russe, par exemple. Cependant, elle est connue pour être supervisée de près par les autorités iraniennes. Le fait que l’agence Fars maintienne sa dépêche plusieurs jours après sa publication signifie qu’elle doit agir avec l’approbation des autorités iraniennes.

Il est frappant qu’il n’y ait toujours aucun démenti formel de ces informations, de la part du gouvernement russe ou turc. Comme je l’ai expliqué précédemment, les commentaires de Dmitri Peskov — le porte-parole de Poutine — ne constituent pas un démenti.

Par ailleurs, Al-Monitor, un site généralement très bien informé, américain mais indépendant, focalisé sur le Moyen-Orient, a confirmé dans sa couverture détaillée du putsch que celui-ci avait échoué parce que l’agence turque MİT a été avertie à la dernière minute de son imminence. Néanmoins, dans ses articles détaillés sur le coup d’État, Al-Monitor prend grand soin de ne pas préciser comment, ou et de qui le MİT a obtenu cette information.

Voici comment Al-Monitor rapporte ces informations. Notez l’utilisation prudente de la voix passive* :

« L’Organisation nationale du renseignement (MİT) a reçu des informations à propos d’une possible tentative de putsch. Ce n’est pas la première fois que le MİT reçoit de telles informations brutes. Le directeur Hakan Fidan a travaillé diligemment de 15 heures jusqu’au lendemain matin pour empêcher le putsch. Fidan a contacté les hauts gradés de l’état-major et pris des mesures pour intercepter un quelconque coup d’État potentiel. À ce stade, les putschistes, bien mieux organisés et bien plus nombreux qu’on le supposait au départ, ont décidé d’accélérer le putsch plutôt que d’annuler l’opération. Bref, la réactivité de Fidan les a forcés à déclencher leur putsch six heures plus tôt que prévu. »

Comme je l’ai écrit précédemment, les Russes ne commenteront ou confirmeront jamais les agissements de leurs agences de renseignement. Mais les Iraniens — qui travaillent de concert avec les Russes en Syrie et sont fermement opposés au coup d’État — sont probablement, de tous les gouvernements du Moyen-Orient, les mieux informés de la situation en Turquie, et ceux qui ont le plus de chances d’avoir accès aux informations secrètes des gouvernements turc et russe.

Dans sa dépêche, Fars prétend avoir obtenu la confirmation d’un avertissement russe aux Turcs via des médias arabes citant des « sources diplomatiques » à Ankara. Il est probable que ces « sources diplomatiques » soient les Iraniens eux-mêmes. Répandre une nouvelle en commençant par la confier à des médias indépendants amicaux est un stratagème classique pour voiler son rôle dans une fuite. En l’occurrence, le voile est très fin, ce qui suggère que Fars a publié ses informations avec l’accord des Russes et des Turcs.

En résumé, même si nous n’aurons pas de confirmation claire — du moins pas avant un moment — tout porte à croire que les informations de Fars selon lesquelles ce sont les Russes qui ont averti les Turcs du coup d’État sont vraies.

Alexander Mercouris

Article original paru dans The Duran, et traduit de l’anglais par Alexandre Karal

*Note du traducteur : L’auteur parle dans le texte original de passive tense, mais il s’agit probablement d’une coquille.

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