Des douilles, une malette et trois femmes Kurdes

« Et l’Europe de temps en temps, tape sur les petits doigts d’Erdogan concernant les crimes Kurdes mais l’Europe dit plutôt : il faut tuer … mais tuer en silence ! »
Maître Jacques Vergès. Conférence du 10 décembre 2012. Centre Culturel Syrien. Paris.

Nul doute que l’assassinat des trois activistes kurdes le 9 janvier dernier était politique.

Sakine Cansiz (Sara) était la co-fondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, mouvement à tendance communiste) et faisait parti d’un commando de la guérilla kurde dans les montagnes du Kurdistan. Elle fut assassinée une demie-heure avant son départ en train pour l’Allemagne.

Leyla Soylemez (Ronahi), était elle membre du Mouvement de la Jeunesse Kurde en France. Fidan Dogan (Rojbin) était la représentante du KNK à Paris (Congrès National du Kurdistan, basé à Bruxelles). Elle était le porte-parole du mouvement associatif kurde et entretenait donc des relations avec la presse, des avocats, ou encore des cabinets ministériels… De par son réseau, elle représentait une voix dérangeante pour le pouvoir turc, et se voyait fréquemment taxée de « terroriste » par celui-ci. La question est de savoir quelle est la définition du mot « terroriste » pour le gouvernement d’Erdogan : il désigne aussi bien Al-Qaida, mouvement extrémiste formé par les États-Unis et le Qatar, que les étudiants Turcs portant des vêtements aux couleurs « punchy » du Kurdistan.

Ainsi, ce fameux mot « terroriste » est employé à tout va en Turquie, au dangereux jeu du hasard et de l’art oratoire, pour disqualifier son adversaire politique. Le Premier ministre Turc est même allé jusqu’à accuser le Président de la République François Hollande, devant les membres d’une organisation patronale ASKON, lors d’un discours retransmis à la télévision le 12 janvier 2013,  « de fricoter d’amitié avec des terroristes ». Pour information, Fidan Dogan était connue du Président François Hollande : « L’une était connue de moi et de beaucoup d’acteurs politiques parce qu’elle venait régulièrement nous rencontrer » avait-il affirmé le 10 janvier. En effet, elle l’avait notamment soutenu durant la campagne présidentielle et avait appelé la Koma (communauté kurde) à voter pour lui, selon le père de Fidan. Cette communauté représente entre 250.000 et 300.000 personnes en France.  Donc, si le crime n’est pas élucidé et les responsables jugés, la France sera tenue pour complice et le paiera, au moins, électoralement.

Pour rappel, Le 7 octobre 2011, un accord a été signé entre Claude Guéant, alors ministre de l’intérieur de la France sous le Gouvernement de Nicolas Sarkozy, et Idris Naim Sahin, ministre de l’intérieur de la Turquie, sur la coopération policière franco-turque sur le terrorisme.

Quelques éléments laissent à penser que l’attentat a peut-être été commandité par Ankara.

Tout d’abord, le Premier ministre turc, au lendemain des meurtres, a déclaré : « Nous savions qu’elles étaient à Paris, nous les avions prévenu en septembre 2012 ». N’est-ce pas l’aveu de l’implication de la Turquie dans ces meurtres ? Interviewé par une chaîne de télévision turque (TV24) en janvier 2013, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan demandait aussi à Berlin l’extradition d’opposants et militants kurdes, faute de quoi ils deviendraient la cible de nouveaux assassinats. Avant cette menace, le vice-président de l’AKP, parti au pouvoir en Turquie, Mehmet Ali Şahin, a fait une déclaration étonnante lors d’une réunion de son parti à Karabuk, qui confirmait l’inquiétude des Kurdes sur l’approche de l’État Turc vis-à-vis du mouvement kurde. Il a notamment indiqué que des événements comme celui de Paris pourraient se reproduire en Allemagne aussi, où vivent environ plus de 800.000 kurdes dont une importante partie soutient le mouvement kurde PKK. Faisant référence à Sakine Cansiz, membre fondatrice du PKK, il a déclaré : « Nous leur avons écrit pour demander son extradition vers la Turquie et ils n’ont donnée aucune réponse. Ils voient maintenant, eux aussi, ce qui leur arrive. Dans les prochains jours des événements pareils peuvent avoir lieu en Allemagne aussi ».

Il y a aussi les aveux d’un agent du MIT (services secrets turcs) aux médias turcs. Omer Guney (l’un des assassins des femmes) avait rencontré teyze (signifie la tante en turc) à Istanbul pour lui indiquer comment infiltrer le mouvement associatif kurde à Paris, rapportent les médias kurdes (Nuce TV et le journal Yeni Ozgur Politika)

Le procureur de la République, après la perquisition dans l’appartement d’Omer, a lui affirmé que l’accusé était sans emploi, mais avait plus de 45 costumes dans son placard et plusieurs téléphones portables (source : ActuKurde).

Les médias turcs rapportent qu’Omer Guney avait effectué plus de 10 voyages au cours de l’année 2012 entre la France et la Turquie. Cette information a été publiée dans tous les médias turcs, comme CNN Turk, Hurriyet et Radikal, mais également dans les médias français comme Le Monde.

Le beau-frère d’Omer est un actif partisan des Loups Gris ce qui lui a valu sans doute d’être protégé en France d’agression de fanatiques turcs. Sa famille originaire de Sivas étant ultra-nationaliste. En effet, « Dans les médias turcs, la famille de l’assassin présumé avait également nié toute appartenance au PKK. Son cousin, visiblement policier, pose sur sa page Facebook avec son badge, dans un véhicule des forces de l’ordre. Selon son oncle Zekai Güney, Omer n’aurait strictement aucun lien avec la rébellion armée active en Turquie depuis trente ans. « Nous sommes une famille nationaliste », a-t-il précisé. De plus, selon ce parent, le suspect serait atteint d’une tumeur au cerveau et sujet à de fréquentes pertes de mémoire…Seul garçon d’une famille de quatre enfants, originaire du district de Sarkisla, une ville dirigée par un petit parti d’extrême droite, le jeune homme n’est pas originaire d’une région kurde. Au contraire, la province de Sivas est connue pour ses militants turcs ultranationalistes. A Polat Pacha, son village, baptisé du nom d’un général commandant de l’invasion de Chypre en 1974, « il n’y a pas une seule famille d’ascendance kurde », assure le quotidien pro-gouvernemental Sabah. Selon l’imam du village, interrogé par les chaînes de télévision, la famille Güney a toujours donné sa voix au Parti de l’action nationaliste (MHP), les Loups gris. » Source : Guillaume Perrier (Article paru dans Le Monde du 29 janvier 2013)

Django et le temps des chasseurs de primes : des tireurs d’élites sont envoyés en Europe, disposant d’une liste noire de 50 politiciens kurdes à éliminer en échange de 4 millions de lires turques, selon le site d’information ActuKurde.

Enfin, pour pouvoir entrer dans le mouvement kurde à Paris et se rapprocher des cadres du PKK, Omer s’était inventé une mère kurde. Il est très facile d’entrer dans le mouvement kurde. En effet, celui-ci est constitué de jeunes militants qui sont principalement des citoyens français d’origine kurde.

L’Eden du Bohtan

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