Le pouvoir d’achat « si cher aux français » ou l’arnaque organisée de masse

1996. Pendant que le petit peuple était suspendu aux lèvres de Michel Drucker, la coupe du monde de football en France en pleine préparation et autres hypnotisants, des lois ont été votées dans la plus totale indifférence, sans aucune contestation …

Connaissez-vous la loi Galland ?

Déjà, une présentation d’Yves Galland, qui sera ensuite PDG de BOEING France, s’impose.

Cette loi votée moins de six mois après la mort de Mitterrand le 1 er juillet 1996 (vacances, j’oublie tout ! Farniente, plages, folie légère,  c’est fou !).

Cette loi stipule qu’il est interdit de réintégrer les marges arrières dans le prix de vente par les commerçants, le tarif de base du fabricant devenant alors la référence du prix de vente. Cette loi signe l’abolition de la concurrence pour la grande distribution et surtout l’abolition de votre pouvoir d’achat !

Qu’est ce qu’une marge arrière ?

C’est ce que reverse le vendeur (les marques) aux distributeurs pour mettre en avant ses produits. Budget catalogue, tête de gondole, ristournes de fin d’année, maintien de gamme, référencement, etc.

Un arsenal sans fin qui pouvait atteindre jusqu’à 70 % de marges arrières chez certains fournisseurs. Les distributeurs, avant la loi Galland, injectaient ces budgets dans leur prix de vente pour être moins cher que leur concurrent et ainsi attirer les cons-sommateurs dans leurs magasins. Même s’ils faisaient une marge zéro sur les produits de grande consommation, ils se rattrapaient sur ce qu’ils appellent le Bazar (les produits dont vous n’avez pas forcément besoin ou dont vous n’aviez aucune notion de prix car occasionnels). Cette loi n’a pas interdit les marges arrières, elle a juste interdit de vous les rétrocéder.

La question que je vous invite à vous poser à cette étape de l’article est la suivante :

Mais puisque les marges arrières ne pouvaient plus être répercutées sur le prix de vente, où sont-elles passées ?

Ce qu’il s’est passé, c’est que la distribution française est devenue la deuxième du monde avec votre argent des marges arrières légiférées par la loi Galland.

Carrefour est devenu n°2 mondial de la distribution derrière Wall Mart. Familles Fournier et Halley (comme la comète).

Auchan (famille Mulliez 3e fortune de France) s’est diversifié. Décathlon, Kiabi, Banque Accord, Leroy Merlin, Bricocenter, Boulanger, Norauto, Midas, Flunch, Pizza paï, St Maclou, Phildar, Pimkie, Atac, Kiloutou, et d’autres…

Le Groupe Casino (Famille Naoury : Monoprix, Franprix, Leader Price, …) s’est largement développé à l’étranger, aussi bien pour la distribution, que pour l’approvisionnement de ses filières en Asie fournissant ses magasins occidentaux.

Ou encore CORA famille Bourriez, du groupe Bourbon.

Leclerc / Systéme U fonctionne différemment. C’est une sorte de franchise en interne d’adhérents. Selon la charte originelle, personne ne pouvait posséder plus de deux magasins. A ce jour, les PDG de ces magasins sont tous au moins millionnaires et ont développé des activités extérieures. Ceci dit, c’est dans cette enseigne que j’ai rencontrés le plus d’opposants à la loi Galland. Ils ont été condamnés à faire fortune alors que la charte Leclerc père interdisait plus de 25 % de marge totale par magasin. Avec le fils, ils se sont adaptés à la loi Galland qui ne pouvait pas leur faire du tort sur le plan financier. Au contraire ! Et surtout, ils y étaient « obligés » pour éviter des sanctions financières énormes prévues pour les récalcitrants à la loi et finalement pour leur plus grand bonheur (les actionnaires bien sûr, pas les employés).

Il en est à peu prés de même pour Intermarché.

Après il n’y a plus rien. Cinq groupes se partagent à eux seuls la distribution française, couverts par une loi interdisant toute concurrence.

Ainsi vous l’aurez compris, nous participons au développement et à l’enrichissement de ces entreprises et ces quelques familles, en achetant presque tous nos produits de première nécessité à peu près 50 % plus cher grâce à une loi votée sous le gouvernement Juppé / Chirac qui supprime la concurrence et qui depuis, perdure. Vous êtes des actionnaires, mais vous n’avez pas les actions ! Et passons sur la deuxième couche du passage à l’Euro…

Comme le disent ces personnes dans le milieu : « il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont ».

Les conséquences :

Des milliers de gens ont perdu leur emploi. La loi coupant court aux négociations entre acheteurs et commerciaux, ceux-ci sont sont très vite devenu obsolètes. Je me rappelle à cette époque, alors que je travaillais chez Bonduelle comme chef de secteur (compte clé régional), un acheteur de chez Auchan avait calculé le coût de notre force de vente (salaire, véhicule, repas, hôtel, …) et m’a dit :

« Puisque l’on représente 20 % du marché, tu vires 20 % de ta force de vente et tu nous rétrocède 10 % de ce qu’elle coûtait, comme ça on est tous gagnants… »

Bien sûr cela ne tenait pas compte des licenciés ni même de ce pauvre type s’étant fait virer lui aussi quelques mois après la mise en place de la loi Galland.

La grande distribution a détruit des milliers de petits commerces et des milliers d’emplois pour participer à l’enrichissement extrême de quelques personnes. Selon l’INSEE les emplois du commerce pour les produits de grande consommation ont été divisés par quatre et sont passés d’approximativement 600 000 en 1966 à 160 000 en 1998 soit une baisse de 73 % alors que la population, elle, a augmenté de 28 % dans le même temps.  Ces chiffres ne tiennent pas compte des milliers d’entreprises qui ont disparues dans le même temps par la concentration à cinq enseignes d’un commerce auparavant ouvert à tous.

Enrichissement qui ne profite sûrement pas à leurs esclaves employés ni aux producteurs de salades, légumes ou viandes en situation précaire. Ainsi qu’à vous même. Passons sur les grandes marques faisant leurs deals dans des salons pour se distribuer quelques millions d’euros lors de diners mondains bien arrosés et garnis de jolies femmes. Voir sur des green de golf…

Il y en a – et à juste raison – estimant que si l’on critique, il faut alors proposer des solutions. Ou alors « fermes la à tout jamais ! »

Il y a une solution très simple !

Abolir la loi Galland totalement.

Créer des hypermarchés publics « France vie » par exemple dans toutes les grandes villes avec acheteurs ouverts aux propositions des producteurs locaux.

Créer un observatoire français des matières premières qui spéculent à travers le monde. Là aussi depuis trois ans tout le marché mondial des denrées principales a explosé sur le principe du pantalon à une jambe.

Je suis sûr que la grande distribution privée s’adapterait alors très rapidement et que les prix chuteraient de façon vertigineuse. Mais il est clair qu’avec notre paysage politique actuel, cela demeure impossible. La France pourrait le faire. Mais vos élus ne le veulent pas car ils sont payés pour que cela ne puisse pas se faire. Ils ont même le pouvoir d’interdire à un particulier ou à une association de pouvoir créer un supermarché grâce à la loi Royer votée fin 1973 qui oblige toute grande surface à obtenir une autorisation de l’état pour pouvoir s’implanter.

1973 grande année de trahison. Année durant laquelle Pompidou et Giscard ont remis les clefs de la banque de France à la famille Rothschild pendant les fêtes de fin d’année (joyeux Noël !), mais cela fera l’objet d’un autre article…

Marc Blanchard.

PS : la loi Galland et la loi Royer ont été présentées pour sauver le petit commerce. En fait, et l’histoire nous le montre bien, elles ont été faites pour le détruire.

(284)

A propos de l'auteur :

a écrit 3 articles sur ce site.


4 commentaires

  1. Nicolas dit :

    Y a tellement de choses qui devraient être publiques mais qui ne le sont pas…
    De plus les producteurs devraient avoir plus la possibilité de choisir les prix de vente finaux car c’est eux qui font vivre les gens, pas les distributeurs ni les vendeurs qui ne sont que des passerelles

    • Les producteurs de grandes marques ont très bien accueilli la loi Galland car elle leur a permis de détruire de nombreux petits producteurs. De plus, alors qu’ils avaient besoin de grosses forces de vente (négociateurs qualifiés) pour répondre régionalement aux consommateurs. Ils ont pu virer, grâce à la centralisation des milliers de commerdciaux et d’acheteurs qualifiés donc un peu chers.
      En effet avec l’abolition de la concurrence, plus besoin d’être proche du terrain. Les enseignes ont alors créé chacune une centrale d’achat nationale et les marques n’ont eu alors besoin que de 2 ou 3 négociateurs au niveau national. De plus la centralisation a permis de fermer la porte à tous les petits et d’égorger les éleveurs et agriculteurs les mettant en situation de vendre au ras des paquerettes ou de jeter leurs récoltes. Nombreux ont alors chuté.
      Les grandes marques ne se sont pas plaint de la loi car elle était bonne aussi pour eux sur le plan financiar.Ce sont également ces grandes marques qui produisent les marques distributeur et les premiers prix.

  2. Goupil dit :

    Merci pour votre article très intéressant sur cette loi méconnue.

  3. lionel dit :

    Excellent article. Merci

Laissez un commentaire

Why ask?