Le lobby de l’armement au coeur des institutions européennes : entretien avec David Cronin

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Nous vous présentons une interview que nous avons filmé il y a quelques mois lors d’une manifestation contre le sommet européen. David Cronin est un journaliste indépendant irlandais et résidant à Bruxelles. Il a notamment travaillé pour les quotidiens « The Guardian », « The Wall Street Journal Europe » ou encore « The Sunday Tribune ». Il travaille actuellement pour « The Electronic Intifada » et est un grand militant de la cause palestinienne. Il est aussi l’auteur de deux ouvrages, « Europe Israël : Une alliance contre-nature » (traduit en français par les éditions La Guillotine) et « Corporate Europe » (en anglais).

Dans ce court entretien filmé, David Cronin revient sur le travail des lobbyistes de l’armement au sein des institutions européennes. L’UE dépense en effet des sommes colossales pour subventionner les grands industriels de l’armement en Europe, sans oublier les partenariats économiques avec les USA et Israël et la complicité dans différents complits ayant frappé le monde.

Qui sont financés? Où part cet argent? A quoi est-il destiné? Et ces armes pourront-elles être redirigées contre les citoyens européens? Voici les questions auxquelles le journaliste David Cronin y répond.

Retranscription :

Entre 2007 et 2013, l’Union européenne a consacré plus ou moins 1.4 milliards de dollars à l’industrie de guerre.
Officiellement, l’Union européenne (UE) a affirmé qu’ils ont utilisés cet argent pour un programme de recherche en sécurité, mais la « recherche en sécurité » est un euphémisme pour un programme qui a subventionné l’industrie de guerre. Dans ce programme, il y a beaucoup de projets qui se croisent avec le développement des drones. Les drones sont des avions de guerre que les Etats-Unis ont utilisés en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Et aussi qu’Israël a utilisé contre les femmes et les enfants dans la bande de Gaza. Et moi, comme militant pro-palestinien, c’est très inquiétant que dans l’industrie de guerre israélienne, des sociétés israéliennes ont reçus de grands soutiens de l’UE. C’est-à-dire, en effet, que les mêmes entreprises qui ont profité des attentats contre la bande de Gaza l’an passé, et en 2008 et 2009, ont reçus beaucoup de soutiens avec mes impôts en tant que contribuable. Moi je trouve que c’est vraiment dégueulasse que l’Union européenne a décidé en effet de soutenir les crimes contre l’humanité.

On suppose qu’il y a des lobbys très puissants qui cherchent à influer l’Union européenne, qui finance ce genre de programmes. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur ce travail de lobbying ?

Certainement. Mais à côté d’ici, nous sommes au rond-point Schuman (ndlr : Rond-point au cœur du quartier européen à Bruxelles). Presque tous les grands fabricants d’armes européens ont leurs bureaux ici. Par exemple, « BAE Systems », le plus grand fabricant d’armes européennes a un bureau à moins de cinq minutes à pieds d’ici. Le lobby des guerres dit qu’il peut rapporter des solutions à la crise économique, mais ça c’est vraiment un mensonge. BAE Systems, même si c’est la plus grande société d’armes en Europe, à plus de travailleurs aux Etats-Unis qu’en Europe. Si on veut vraiment trouver une solution à la crise et au chômage, ce n’est pas une bonne idée de soutenir l’industrie de guerre. Il y a beaucoup d’autres industries ou activités plus bénéfiques comme les énergies renouvelables ou l’agriculture biologique que l’UE peut soutenir.

Peut-on craindre que tous ces investissements dans l’industrie militaire et la sécurité, ça soit à terme pour le retourner contre les populations européennes. On voit que la crise avance, que de plus en plus de populations se rebellent, se soulèvent, est-ce que ces investissements payés par les européens se retournent contre eux ?

Il y a toujours ce risque, oui. Par exemple, avec tous ces projets des drones que j’ai mentionné, il y a beaucoup de discussions pour l’instant afin de savoir comment les autorités européennes pourraient utiliser ces drones. Le même jour, ou le lendemain de la crise à Lampedusa en octobre où plus de 300 africains sont décédés à cause d’un naufrage, la Commission européenne a publié une réponse officielle pour dire que maintenant, on doit avoir des systèmes de surveillance maritimes. J’ai étudié ce système de surveillance maritime, il s’appelle « EUROSUR » et l’UE a proposé d’utiliser les drones pour faire la surveillance des frontières. Il dit officiellement qu’il veut utiliser les drones pour venir au secours des demandeurs d’asile qui sont en difficulté, mais ça c’est un autre mensonge puisque si on étudie les vraies planifications de l’UE, elle veut utiliser les drones pour empêcher des chercheurs d’asile de parvenir en Europe. Il y a aussi des risques que les autorités européennes peuvent utiliser des drones pour surveiller des gens comme nous, des manifestations de militants de gauche comme on a organisé aujourd’hui. Ca c’est un grand risque : il y a déjà des projets organisés en Europe sur cette possibilité.

E.I.Anass (CDV) & Jonathan Moadab (AIL)

A propos de l'auteur :

Ayant vécu en Afrique subsaharienne, au Maghreb et en Europe, je suis Suisse de naissance, Marocain de nationalité, de patriotisme et de culture, Français d'éducation et Belge d'adoption et de coeur. Habitant en Belgique, ma vie se partage entre deux mondes: Je consacre mon avenir professionnel à la comptabilité et la fiscalité, puis m'investis durant mon temps libre à comprendre les enjeux de demain en m'intéressant à la géopolitique, la géostratégie et l'Histoire.

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