Elections anticipées en Grèce

urne-photo-600C’est reparti pour un tour. La Grèce, on nous disait il y a quelques mois que ça allait mieux, mais ce lundi, c’est un choc (vraiment ?) pour les producteurs d’olives. Ils ont le droit à des élections anticipées, ce qui ne plaît pas à la bourse d’Athènes qui prend -11 % au passage ! C’est un peu le flash de l’éclair dont on compte les secondes avant le tonnerre. Espérons que nos chers européistes et notre chère BCE aient prévu de bons paratonnerres…

Les désillusions d’un peuple

La Grèce est entrée dans l’Union européenne en 1981 et adopte l’euro en 2001. Depuis, le pays a une assez bonne croissance (entre 1 et 6%, et une moyenne de 4,2 %), peut être même meilleure avec son entrée dans l’euro, ce qui lui a permis d’emprunter moins cher sur le marché et d’oublier un peu ses dettes publiques. 1 2

Avec la crise des subprimes en 2008, la Grèce est le pays de la zone euro le plus fortement touché. Presque 0 % de croissance pour la fin de l’année 2008 et une entrée en récession avec – 1,1%  en janvier 2009, ce qui marque le début de la chute libre du pays, la perte de confiance des marchés, des chiffres catastrophiques, allant jusqu’à -9 % de croissance (c’est plus de la croissance d’ailleurs 🙂 ) 3 4

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Dès lors, l’Europe aussi plonge, avec la Grèce en pôle position qui reçoit les foudres de la presse : on l’accuse de tricherie sur les comptes, d’impôts non payés, d’économie mal diversifiée et fragile, de mauvaise gestion etc… Sans bien sûr, parler des banques (pas même un certain Goldman Sachs) qui l’ont aidé à tricher sur le budget (un petit prêt pour cacher les déficits), qui ont ensuite misé à la baisse sur les prévisions de croissance du pays, ce qui s’est effectivement produit, puis ils ont profité de leurs misères en leurs prêtant de l’argent avec des taux d’intérêts exorbitants qu’ils ne pourront jamais rembourser et devront de nouveau emprunter, une horreur sans fin… 6 7

Depuis 2011, La Grèce est devenue la championne de la rigueur, 28 milliards d’économie sur la dette publique à faire pour 2015, pour un pays qui pèse 2,4 % du PIB européen et de 10,7 millions d’habitants. Pour comparer, la France, c’est 53 milliards d’économie (65 milliards d’économie en 5 ans) pour 66 millions d’habitants et 19,7 % du PIB européen. 8

Soit 3 fois plus d’économie par habitant à réaliser pour la dette publique grecque, avec 25 % de PIB/habitant en moins et 2 à 3 fois plus de chômage, dont 60 % de chômage chez les moins de 25 ans, le salaire moyen qui a baissé de 25 %, la santé qui s’est dégradée et le nombre de drogués qui a augmenté, voilà le cauchemar grec. 9  10  11

La pression est de plus en plus pesante. En 2012, Mme Lagarde et le FMI estiment qu’ils ont été trop gentils avec les grecs, qu’ils ne payaient pas assez d’impôts et qu’il fallait que le pays renforce son contrôle concernant les fraudes. Une belle leçon envoyée par celle qui ne paie, elle-même, pas d’impôts… 12  13

Le pays touche le fond lorsqu’il est officiellement classé comme « pays émergent », drôle de terme pour un pays en récession qui est plutôt en train d’immerger. 14

En 2014, le pays a pour la première fois depuis 2009, une croissance positive, certains vont même jusqu’à dire que c’est la fin de l’horreur pour la Grèce alors que dans le même temps, elle vend ses plages et ses ports (aux chinois), pourtant un des points forts de l’économie du pays. 15  16  17  18

Les signes de la tempête

En octobre dernier, le taux d’intérêt pour un prêt de 10 ans à la Grèce monte à 9 %, ce qui ferme le pays aux marchés et le plonge de nouveau dans le doute. Fin du coup de pouce du tourisme d’été ou déclarations du parti Syrisa comme cause de la montée des taux ? Certainement les deux, il faut néanmoins pas sous estimer l’impact des sanctions contre la Russie pour la Grèce. 19 20

En tout cas, ce sera le recommencement des protestations avec 25 000 personnes manifestant à Athènes contre l’austérité le 1er novembre, puis une grève générale le 27 novembre, mettant le pays au ralenti. 21  22

Le parlement grec a échoué une première fois le 17 décembre, puis une deuxième fois le 23 décembre, à élire un président, 168 voix de députés s’étant portées sur le nom du candidat Stavros Dimas, alors qu’il en fallait 200 pour l’élire. Le lendemain, une autre information vient apporter de la pression aux élections, le député Pavlos Chaikalis déclare qu’un ancien des banques grecque et allemande a tenté de le corrompre pour orienter son vote, il aurait filmé l’une de ses rencontres. 23  24

La tempête

Cette fois, c’est le coup de trop, troisième échec, néanmoins prévisible pour l’élection en ce lundi 29 décembre. Le pays est obligé d’organiser de nouvelles élections législatives au cours du mois de janvier. Depuis le début du mois de décembre, la Bourse grecque a perdu plus de 20%, avec un crack de -11 % ce lundi, ce qui est plutôt rare en période de fêtes. 25

Par crainte de la non poursuite des réformes demandées, le FMI suspend son aide financière, et décidera après les élections s’ils reprendront leur plan de sauvetage, un bel exemple du rapport de force banque/démocratie. 26

Concernant l’euro, ce lundi 29 décembre, il ne semblait pas touché par l’évènement, il avait eu une très légère baisse sans trop de conséquences. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, demande la poursuite des réformes car il estime qu’elles portent et porteront leurs fruits. Ce qui inquiète toutefois l’Europe, c’est le discours du chef du parti Syrisa, Alexis Tsipras. Les sondages promettent à son parti, près de 40 % des sièges au parlement. Son discours est clairement anti-austérité et il cherche à renégocier la dette (annulation de dette, renégociation des taux d’intérêt, gel des remboursements, etc.) tout en essayant d’inclure son pays dans l’hypothétique (pas tellement) « quantitative easing », un jonglage loin d’être facile! 27  28  29  30 31

Néanmoins, Merkel en avant garde de l’Union Européenne, ne veut pas laisser faire, elle va même jusqu’à dire que si la Grèce venait à renégocier sa dette, le pays pourrait être sorti de la zone Euro. Les déclarations de Draghi n’améliorent pas la situation : il n’est pas très optimiste en ce qui concerne le bilan de la BCE et l’avancée du stimulus monétaire (planche à billet 🙂 ), ce qui a amené le cours de l’euro à chuter sous les 1,20$.     32 33  34

Le coup froid moscovite sur Europe?

En tout cas, il faudra suivre avec un œil attentif les annonces de la BCE et les élections en Grèce qui pourraient fragiliser l’Union Européenne. La Grèce pourrait être la zone de conflits géostratégiques dans un contexte de tensions (elle l’a déjà été pendant la guerre froide dans les années 60/70) entre la Russie et l’Union Européenne (poussée par les États-Unis). La Russie et la Grèce ont déjà tenté des rapprochements commerciaux. La Grèce a ainsi signé en décembre, malgré les sanctions, un contrat pour recevoir des systèmes de défense aériens russes et la Russie a une petite vengeance à prendre suite à l’attaque qu’a subi le rouble début décembre. 35  36 .

Pour cela, Poutine a bien préparé ses armes pour une belle contre-offensive, il s’est rapproché des partis eurosceptiques avec par exemple, Marine Le Pen (FN), qui a reçu un prêt d’une banque russe et a affiché ses relations en se rendant à l’ambassade de Russie à Paris,  et il semblerait que le Front National ne soit pas le seul parti européen à recevoir des aides. 37 38 39

De plus, la Russie a entamé des rapprochements commerciaux avec la Turquie. Alors qu’après l’abandon du projet gazier de South Stream, l’Union Européenne souhaitait construire un nouveau gazoduc en transit via ce pays, pas sûr que cela se passe si facilement. 40  41

 

William Perroquet

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A propos de l'auteur :

Tel un oiseau, je m'envole sur le net et m'évade dans les livres. J'en reviens volontaire après avoir médité et trouvé quelques graines. J'écris, j'assemble, je construis mon nid et l'expose sur la presse libre.

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