Élections US : les 30 candidats censurés dont vous n’entendez jamais parler

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Jill Stein du parti vert, Gary Johnson du parti libertarien, Evan McMullin, candidat indépendant, 3 des 30 candidats censurés par le pouvoir bipartite et l’écrasante majorité des médias

Aux États-Unis, c’est la commission sur les débats présidentiels qui détermine quels candidats ont le droit de participer à ces débats ou non. Cette commission est exclusivement gérée par des parlementaires démocrates ou républicains, et les débats sont financés par des contributions de fondations ou d’entreprises.

C’est l’une des raisons pour lesquelles ni vous, ni la majorité des électeurs des États-Unis, ni même la majorité des journalistes n’a jamais entendu parler de la plupart des candidats se présentant aux élections présidentielles dans ce pays.

Malgré l’incommensurable avantage de cette exclusivité, les deux candidats les plus médiatisés des élections ont souffert tout au long de la campagne d’un taux de popularité historiquement bas, ce qui, en soi, en dit long sur leur incompétence.

Un peuple écœuré

Selon un récent sondage publié par le New-York Times, 82 % des États-uniens seraient écœurés par la tournure de la campagne. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est peut-être un signe de bonne hygiène politique de la part des citoyens états-uniens.

Par manque d’information, peu d’entre eux savaient que le choix de l’élection ne portait pas seulement sur ces deux candidats. Pour l’écrasante majorité, les noms de Jill Stein du parti vert, de Gary Johnson du Parti libertarien, de Darell Castle du Parti de la constitution,  d’Alyson Kennedy du Parti socialiste des travailleurs, de Roque « Rocky » de la Fuente du Parti américain Delta, de Dan Vacek, du Parti pour la marijuana légale maintenant, de Zoltan Itsvan, du Parti transhumaniste, de Jerry White, du Parti de l’égalité socialiste,  ou encore de l’indépendant mormon Evan McMullin sont demeurés parfaitement inconnus.

Le système bipartite à bout de souffle

Peut-être la campagne aurait-elle suscité plus d’intérêt et moins de dégoût, si elle ne s’était résumée en un flot d’insultes et d’humiliations réciproques aussi dégradantes que pathétiques entre les deux candidats vedettes. Peut-être ne se serait-elle pas résumée à cela, si les candidats précités avaient été invités par les médias à participer aux trois débats au cours desquels Clinton et Trump se sont écharpés sans argument politique aucun comme des clowns au milieu d’un chapiteau de cirque.

La connaissance des positions du Parti pacifiste des États-Unis par exemple, aurait certainement plus intéressé les électeurs des milliers de foyers ayant perdu un proche dans des guerres absurdes lors de la dernière décennie, que les chantages au scandale auxquels se sont livrés les acolytes Trump et Clinton. Comme dans la majorité des « démocraties de marché », une frange croissante du peuple des États-Unis d’Amérique est fatiguée et dégoûtée par les faux-semblants du système bipartite à bout de souffle, ce système au bout de lui-même, sans idée, et sans autre perspective que celle de la protection de la main qui le nourrit tout en lui serrant la laisse autour du cou.

Vers de nouvelles perspectives politiques ?

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Exemple de bulletin de vote du comté de Ganes au Texas. Les Bulletins sont extrêmement longs et comportent plusieurs parties, car les électeurs y inscrivent également leurs choix pour les parlementaires à différents échelons d’organisation du pouvoir. Leur forme varie non seulement d’un État à l’autre, mais également d’un comté à l’autre (division territoriale plus petite qu’un État). Ils sont parfois composés en plusieurs langues, dans les comtés où les minorités ethniques concernées sont fortement représentées.

La multiplication des modes d’organisation alternatifs, la diversification des champs d’entrée, de résistance et de perspective, la mise en place de systèmes de contradiction constructive où les individus puissent se retrouver pour deviser sur la nature de leurs désaccords et converger dans la lutte pour faire advenir ce qui les rassemble, telles sont les orientations menant à la croisée des chemins où se retrouvent un jour tous ceux qui ont progressivement appris à cesser de se soumettre aux trompe-l’œil de la peur pour porter sur le monde un regard singulier. Avant toute chose, l’accès à une information qui ne soit pas outrageusement tronquée, comme c’est le cas aujourd’hui en particulier dans les pays qui prétendent donner aux autres des leçons de politique, est une première indication vers cette croisée des chemins.

En attendant la constitution d’un paradigme où la notion de « démocratie représentative » nous semblera de nouveau, comme à bien des époques dans l’histoire du monde, complètement absurde et contradictoire, voici la liste non exhaustive des candidats ayant présenté leur candidature à l’élection présidentielle aux États-Unis en 2016. Il faut rajouter aux noms figurant sur ce tableau certains de ceux référencés plus haut, pour lesquels certaines données sont difficilement accessibles. Ce qui porte le nombre réel de candidats à 30 au moins, et qui ne le réduit pas, en réalité, aux deux clowns dont tous les médias du monde nous ont rebattu les oreilles depuis près d’une année.

Inégales conditions d’accès au scrutin

La case « accès au scrutin » du tableau ci-dessous fait référence à ce que les américains nomment « Ballot access » . Il s’agit de l’admission au scrutin, dont les conditions d’accès sont extrêmement variables d’un état à l’autre. En Arizona par exemple, un parti souhaitant  avoir accès aux élections doit obtenir les signatures d’au moins 20 000 électeurs inscrits sur les registres. Chaque État impose des conditions extrêmement différentes, parfois surréalistes voire saugrenues pour avoir accès au scrutin. C’est une entrave supplémentaire aux partis pouvant faire perdre des voies aux deux jumeaux républicains-démocrates du système bipartite.

La section « Write-in » du tableau fait référence aux résultats concernant les bulletins des primaires sur lesquels ne figuraient pas les nom des candidats et des partis ci-indiqués, et sur lesquels ils ont été rajoutés de manière manuscrite par les votants, ce qui est parfaitement légal aux États-Unis où la composition  même des bulletins est réputée particulièrement complexe. Elle aussi varie selon les États et leurs Comtés. Dans certains états, les bulletins de vote peuvent comporter jusqu’à 5 parties différentes. Ce tableau n’est pas exhaustif, car les données concernant ces candidats sont relativement peu accessibles.

Liste non-exhaustive des candidats :

Candidats Parti Accès au scrutin Write-in
Présidence Vice-présidence États Délégués États Délégués
Rocky De La Fuente Michael Steinberg Indépendant
Parti américain delta
Parti de la réforme des États-Unis d’Amérique
20 147 14 319
Gloria La Riva Eugene Puryear Parti pour le socialisme et la libération
Parti paix et liberté
Parti de l’union de la liberté
9 112 9 203
Alyson Kennedy Osborne Hart Parti socialiste des travailleurs 7 70 7 123
Monica Moorehead Lamont Lilly Parti du monde des travailleurs 3 30 17 229
James Hedges Bill Bayes Parti de la prohibition 3 21 12 110
Mimi Soltysik Angela Walker Parti socialiste des États-Unis
Parti de la loi naturelle
2 25 14 189
Mike Smith Daniel White Indépendant 2 20 20 186
Richard Duncan Ricky Johnson Indépendant 1 18 17 158
Laurence Kotlikoff Edward E. Leamer Indépendant 2 17 28 323
Tom Hoefling Steve Schulin Parti de l’Amérique 2 17 24 297
Chris Keniston Deacon Taylor Parti des vétérans d’Amérique 2 17 14 258
Dan Vacek Mark Elworth, Jr. Parti de la marijuana légale maintenant 2 16 7 77
Lynn Kahn Kathleen Monahan Indépendant 2 12 13 139
Mike Maturen Juan Muñoz Parti américain de la solidarité 1 9 20 266
Joseph Allen Maldonado Douglas K. Indépendant 1 9 18 180
Ryan Alan Scott Bruce Kendall Indépendant 1 9 10 108
Frank Atwood Blake Huber Parti du vote d’approbation 1 9 8 76
Kyle Kenle Kopitke Narthan R. Sorenson Parti indépendant américain 1 9 8 76
Rod Silva Richard Silva Parti américain de la nutrition 1 9 8 76
Bradford Lyttle Hannah Walsh Parti pacifiste des États-Unis 1 9 8 76
Peter Skewes Parti américain de Caroline du Sud 1 9 8 76
Jerry White Niles Niemuth Parti de l’égalité socialiste 1 8 12 101
Princess Khadijah Jacob-Fambro Milton Fambro Indépendant 1 8 8 75
Rocky Giordani Farley Anderson Parti indépendant américain 1 6 8 73
Scott Copeland J.R. Meyers Parti de la Constitution d’Idaho 1 4 8 71

 

 

Galil Agar

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A propos de l'auteur :

Bonjour, je m'intéresse à la philosophie, à la religion, à la littérature et à l'économie. Mes recherches et mes articles au sein du Cercle sont souvent orientés vers les sentiers jalonnant dans un même mouvement ces différents domaines par le truchement de l'Histoire. Je lutte à ma manière contre ce que Jean-Claude Michéa appelle "l'enseignement de l'ignorance". Je considère que chaque prise de conscience poussant un esprit à s'émanciper du flux continu de l'immédiateté et de la banalité pour s'interroger sincèrement sur ses déterminations historiques, psychologiques et spirituelles est un pas de plus vers la victoire. Je pense que le journalisme citoyen peut être un instrument d'envergure dans ce combat, à condition de redonner au terme de "journalisme" la dignité qu'en exigeait l'écrivain George Orwell: "Le journalisme, c'est publier quelque chose que quelqu'un ne voudrait pas voir publié. Tout le reste relève des relations publiques".

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1 commentaire

  1. cognominal dit :

    Le système bipartite, censé verrouiller l´élection est un déni de démocratie. Ironiquement, la France l´adopte au moment meme où l´on voit qu´il implose aux US. Nous avons le don de copier leurs idées au moment meme où les américains en comprennent leur danger. Idem de l´hyperfinanciarisation.

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