« Manifeste pour un média citoyen » : info ou intox ?

Média citoyenVous êtes nombreux, probablement, a avoir vu passer depuis lundi cette pétition pour soutenir la création d’un nouveau média citoyen. Initiative que nous ne devrions à l’évidence en principe qu’applaudir des deux mains.

En effet, nous adhérons pleinement aux deux idées-forces exposées dans le premier paragraphe de ce manifeste. A savoir, que « l’information et la culture sont trop souvent traitées comme des marchandises » et que « les citoyens ont un rôle à jouer pour faire vivre le pluralisme et le débat ».

Mais la diffusion en grande pompe de cette pétition, très largement relayée dans une presse d’habitude peu réceptive aux initiatives médiatiques citoyennes et indépendantes, nous a tout de même mis la puce à l’oreille. Nous sommes comme ça.

Nous vous proposons ici une enquête détaillée sur cette initiative. Enquête en réalité lancée depuis plusieurs mois, quand pour la première fois nous avons été informés par des sources internes de la volonté de l’équipe audiovisuelle de la France Insoumise de lancer un grand média français « indépendant ».

Enquête.

Un manifeste publié dans Le Monde

C’est à l’évidence le premier élément qui à lui seul devait laisser penser que ce manifeste, présenté comme citoyen, ne pouvait en fait pas émaner d’un simple collectif citoyen. Il a en effet été publié par le journal Le Monde lui-même, dont le bras armé qu’est le Decodex a justement pour vocation de discréditer les médias citoyens. Etrange !

Pire, une recherche google sur les mots clefs « media citoyen » montre que nombre d’autres médias traditionnels ont pris le pas du Monde pour relayer le manifeste. C’est par exemple le cas de L’Express, de Libération ou encore de 20 minutes.

Gérard Miller, l’un des co-signataires, était même ce lundi soir l’invité de l’émission C à Vous sur France 5 pour parler du projet :

Quelle ne fut pas notre surprise de l’entendre critiquer (ô combien à juste titre) la concentration des médias entre les mains de neuf milliardaires et de nommer Patrick Drahi, Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère (très bien) mais d’oublier Xavier Niel, Mathieu Pigasse et feu Pierre Bergé, les actionnaires du Monde qui a diffusé le manifeste. Un oubli regrettable.

La liste des signataires

Si la pétition donne assez peu d’informations par elle-même, la liste des signataires par contre nous en apprend beaucoup. A l’heure où nous écrivons ces lignes, elle est constituée de 99 signataires répartis comme suit :

  • 52 acteurs du monde des arts
  • 9 youtubeurs ou médias internet indépendants
  • 13 femmes et hommes politiques
  • 8 journalistes
  • 10 intellectuels (sociologue, politologue, etc.)
  • 2 chefs d’entreprise
  • et une poignée d’inclassables

Les acteurs du monde des arts, dont la liste est détaillée ci-dessous (1) est un mixe assez original de soutiens traditionnels des grandes pétitions de la gauche « progressiste » (comprendre : « les libéraux de centre droit petits bourgeois qui, sous couvert de positions féministes et anti-racistes, d’apparences progressistes, ne remettent nullement en cause les fondements du capitalisme sauvage et ses ravages, qui caractérisent la mondialisation actuelle), tels que Josiane Balasko, Jacques Weber, ou encore Cédric Klapisch ; de soutiens historiques de la France Insoumise, tels que François Morel ou Yvan Le Bolloc’h ; et de soutiens plus inattendus, tels que les excellents Bruno Gaccio (engagé historiquement à Nouvelle Donne) et Karl Zéro.

Mais ce mélange hétéroclite ne fait que se renforcer à la lecture de la liste des youtubeurs et médias indépendants (2) également signataires. Si l’on y retrouve Usul ou Demos Kratos qui ont toujours plutôt soutenu la France Insoumise, il est plus surprenant d’y découvrir Le Comptoir qui produit une critique proche de celle du Cercle à l’égard de l’Union Européenne, ainsi que Le Vent Se Lève (dont nous avions relayé un excellent article ici) ou encore La Relève et La Peste, qui vient de publier un livre d’Etienne Chouard (à commander ici). Ces présences parmi les signataires pourraient peser en ce sens qu’elles sont les seules vraies cautions citoyennes d’une démarche par ailleurs très mainstream.

Mais venons-en à présent au cœur du problème, les signataires politiques dont voici la liste :

Marie-Georges Buffet PCF (associé à FI)
Bernard Cassen Attac
Sophia Chikirou FI
Aurélie Filippetti PS
Raquel Garrido FI
Jean-Luc Mélenchon FI
François Ruffin FI
Eva Joly EELV
Pierre Joxe PS
Noël Mamère ex-EELV
Philippe Poutou NPA
Arnaud Montebourg PS
Adrien Quatennens FI

La simple lecture de cette liste pose problème à deux niveaux au moins. Tout d’abord on ne peut que s’étonner de voir des personnalités qui ont toutes ou presque été impliquées dans la vie politique de ces dernières années en tant que ministres, députés français ou députés européens. Mais aussi et surtout s’étonner d’une très forte orientation politique (avec notamment cinq des six ou sept principales personnalités politiques de la France Insoumise), comme si la citoyenneté était un concept « de gauche ». Il n’en est rien ! Bien au contraire, un grand mouvement citoyen ne pourra naître que par dessus le clivage droite/gauche (qui est un clivage bien souvent stérile), afin de rallier l’ensemble des citoyens français sur la base de valeurs et d’objectifs communs.

Le reste de la liste est principalement constituée d’intellectuels, d’universitaires (3) et de journalistes (4) dont certains particulièrement impliqués dans l’indépendance des médias, comme Aude Lancelin, compagne de Frédéric Lordon, qui avait été écartée de la direction de l’Obs l’an dernier, ainsi que de deux hommes d’affaires.

Et voyons justement à présent le cas particulier de deux d’entre eux, le politologue Thomas Guénolé, et l’homme d’affaire Sébastien Vilgrain.

Thomas Guénolé avait vendu la mèche

Si Thomas Guénolé fut l’un des premiers ce lundi matin a relayer l’annonce de la pétition sur son compte Twitter (5), il avait en fait vendu la mèche, quelques jour plus tôt, le 18 septembre dernier, dans l’émission Médiasphère sur LCI (6) :

Guénolé: "Il faut créer un grand média audiovisuel altersystème".

"Environ un quart du public est sur une ligne altersystème, altermondialiste, féministe, antiraciste. Or cette ligne éditoriale n'existe pas dans notre paysage audiovisuel. Il faudrait donc créer un grand média audiovisuel altersystème." => J'étais le 18/09 chez La Médiasphère, sur LCI.

Publié par Thomas Guénolé sur mardi 19 septembre 2017

Transcription des propos de Thomas Guénolé :

Fin août, j’ai participé à la conférence « faut-il dégager les médias ? » de l’université d’été de la France Insoumise. Parmi les intervenants, celui qui a expliqué ce qui devrait être, à son humble avis, un grand média alternatif, alter-système, ben c’est moi. Donc je ne peux pas vous dire, ceci est en préparation, il va se passer cela, parce que je n’en sais rien. Je peux simplement vous dire quelle était l’analyse faite à cette occasion, et que, à ma connaissance, la réflexion de la France Insoumise sur ce qu’il faudrait faire, elle en est là… C’est à dire… Il n’est pas question de faire une espèce de grand centre de propagande audiovisuelle, ce n’est pas le sujet. L’analyse de départ c’est de dire que tout média d’information, a une ligne éditoriale, c’est à dire une ligne politique (…) Le constat de départ est qu’il y a à peu près un quart de la population qui est sur une ligne alter-mondialiste, anti-raciste et féministe et il n’y a pas de grand média audiovisuel à l’heure actuelle sur cette ligne éditoriale. (…) Il faudrait sans doute créer ce grand média audiovisuel là. Cela pose des problèmes en terme de modèle de financement. (…) Si un grand média audiovisuel est créé par un parti politique, je pense que c’est un problème, en revanche si c’est créé par des personnes qui sont proches de cette ligne politique mais qui créent elles-mêmes un média, ce n’est pas la même chose.

Quelques commentaires s’imposent sur cette intervention. Il y est tout d’abord clairement dit, entre les lignes certes, qu’il s’agit d’un projet voulu « par et pour la France Insoumise », et non, « par et pour les citoyens ». Il est dit également qu’il s’agira d’un grand média « de gauche », et non d’un grand média « citoyen ». Mais le propos ici le plus important est clairement celui reconnaissant qu’il serait problématique que ce grand média audiovisuel soit créé par un parti politique. Or, si l’on peut reconnaître à la France Insoumise une certaine volonté d’ouverture à gauche, l’ultra-coloration France Insoumise est à l’évidence un vrai problème.

Et voici comment Thomas Guénolé annonçait son intervention sur sa propre page facebook :

Si la ligne politique a l’intérêt d’être clairement annoncée, la dimension citoyenne est plus floue.

L’embarrassant soutien de Sébastien Vilgrain

Mais nous en arrivons à ce qui est probablement la grosse épine dans le pied de ce projet.

La famille Vilgrain et la socité SOMDIAA

SOMDIAA est un groupe agro-alimentaire français de plus de 16 000 salariés, spécialisé dans la production de sucre et de farine. Sa particularité est d’être principalement tourné vers l’Afrique et l’Océan Indien aussi bien pour sa production que pour ses ventes.

Si le groupe est officiellement créé en 1970, l’histoire de la société commence en 1947 lorsque la famille Vilgrain, propriétaire des Grands Moulins de Paris décide d’investir sur le continent africain. Jean Vilgrain, dirigeant du groupe, lance l’acquisition de 12 000 hectares de concession au Congo. S’en suivra pendant près de 30 ans une frénétique succession d’acquisitions dans toute l’Afrique francophone, du Cameroun, au Gabon, en passant par la Côte d’Ivoire, le Tchad ou le Burkina Faso.

Alexandre Vilgrain succède à son père Jean-Louis en 1995 à la tête du groupe et s’illustre en 2010 en remportant l’anti-prix Pinocchio. De quoi s’agit-il ? Comme tous les anti-prix, il s’agit d’une récompense satirique pour mettre la lumière sur des pratiques condamnables. C’est tout particulièrement le cas de l’anti-prix Pinocchio créé en 2008 par l’association Les Amis de la Terre, impliqué notamment contre le CETA et dans la lutte contre le changement climatique.

Et en 2010 donc, La société SOMDIAA a remporté le 1er prix dans la catégorie « Droits humains » pour l’acquisition de 22 000 hectares au Cameroun, et l’expulsion de 6 000 personnes indemnisées cinq euros par famille et par an. Le site de l’anti-prix Pinocchio nous en apprend davantage :

L’entreprise camerounaise Sosucam (filiale du groupe français SOMDIAA, elle-même filiale du Géant JL Vilgrain) a signé avec le gouvernement camerounais en 1965 puis en 2006, deux baux de 99 ans concernant respectivement 10 058 et 11 980 hectares afin d’y développer ses activités de production et de transformation de la canne à sucre.

Le premier contrat prévoyait des indemnités. Elles n’ont jamais été versées. Pour le deuxième contrat la Sosucam verse une indemnité annuelle de cinq euros par famille par an ! (…) D’autre part, les paysans n’ont plus accès à leurs terres et les cultures vivrières qui leur restent pourrissent en raison de la pollution des ressources naturelles induite par les activités de la Sosucam.

Les populations rurales et les ouvriers agricoles de la Sosucam sont par ailleurs victimes de maladies liées aux pratiques de production et de transformation de la canne à sucre, dont l’utilisation de produits chimiques dans les plantations.

Que voilà de belles pratiques bien citoyennes !

Alors me direz-vous, ce n’est jamais qu’un signataire parmi tant d’autres ! En fait, pas tout à fait.

Sébastien Vilgrain, EnormeTV et L’Antenne

Sébastien Vilgrain (un autre fils de Jean-Louis Vilgrain) n’est en fait pas simplement le 96ème signataire de cette pétition. C’est également le Directeur Général de L’Antenne (voir son profil linkedin), un espace de co-working parisien dédié aux médias, et qui accueille déjà les médias Spicee (le média anticonspi bien connu de nos lecteurs) et Accropolis, du youtubeur Jean Massiet, également signataire du manifeste.

En effet, Jean-Louis et Sébastien Vilgrain ont fondé en 2011 le groupe audiovisuel LCTVI, éditeur de la chaine de télévision L’EnormeTV. En 2014, la chaine devient EnormeTV et déménage son siège à l’Espace Kiron (rebaptisé L’Antenne), situé 10 rue de la Vacquerie, à Paris où se trouve encore aujourd’hui ses studios qu’elle partage avec la chaine Accropolis. Satellifax, le quotidien de référence de l’audiovisuel confirmait le 24 mai dernier, le souhait de Sébastien Vilgrain de se consacrer à 100% à l’agence média LCTVI (et donc à L’Antenne).

Et l’on peut facilement confirmer que L’Antenne présente clairement La France Insoumise comme l’un de ses partenaires de référence sur son site internet :

Et la boucle est bouclée… L’Antenne est au cœur de la stratégie média de la nouvelle chaine « citoyenne » de la France Insoumise, et cela ne devrait pas manquer de faire bientôt grand bruit !

La chaine de la France Insoumise

Aussi pouvons-nous l’affirmer ici, cette pétition fait bien référence à la chaine voulue par la France Insoumise et sur laquelle nous enquêtons déjà depuis plusieurs mois. Nous avons en effet pu recueillir plusieurs témoignages directs et concordants nous confirmant qu’il s’agit bien ici du projet porté par l’équipe audiovisuelle du parti.

Si le lancement d’une chaine de TV par la France Insoumise est à l’évidence une idée intéressante d’un point de vue de l’indépendance financière et de la pluralité d’opinion, présenter ce projet sous l’apparence d’une chaine citoyenne est par contre fallacieux. C’est de plus une bien mauvaise idée qui devrait rapidement faire déchanter ceux qui auront cru à l’engagement citoyen du projet.

Nico Las (TDH)


(1) : liste des 52 signataires du monde des arts :

Isabelle Alonso, Laurent Baffie, Josiane Balasko, Blick Bassy, Lucas Belvaux, Gilles et Corinne Benizio, Agnès Bihl, Laurent Binet, Stéphane Blancafort, Gaël Brustier, Yvan Le Bolloc’h, Olivia Cattan, Philippe Caubère, Médéric Collignon, Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Gérald Dahan, Eva Darlan, Thomas Dolié, Nawell Dombrowsky, Clément Ducol, Nilda Fernandez, Anaïs Feuillette, Bruno Gaccio, Quentin Garel, Robert Guédiguian, Sam Karmann, Cédric Klapisch, Jul, Juliette, L.E.J, Jean-François Lepetit, Philippe Lioret, Guillaume Meurice, Isabelle Mergault, Giovanni Mirabassi, Gérard Mordillat, François Morel, Tania de Montaigne, Adama Ouédraogo, Gilles Perez, Gilles Perret, Henri Poulain, Sophie de La Rochefoucauld, Léonie Simaga , Soan, Bruno Solo, Jean Teulé, Jacques Weber, Martin Winckler, Karl Zéro.

(2) : liste des 9 signataires youtubeurs et médias indépendants :

Demos Kratos, Usul, Jean Massiet (Accropolis), Les Désobéissants (AlterJT), Le Stagirite, L’indigné du canapé, Le Vent Se Lève, Le comptoir, La Relève et La Peste.

(3) : liste des 10 signataires intellectuels et universitaires :

Nicolas Framont, Jean-Marc Salmon, Thomas Guénolé, Janette Habel, Antoine Comte, David Koubbi, Dany Lang, Roland Gori, Frédéric Gros, Gérard Miller.

(4) : Liste des 8 signataires journalistes :

Cécile Amar, Christian Audouin, Françoise Degois, Jack Dion, Aude LancelinEdouard Perrin, Aude Rossigneux, Guillaume Tatu.

(5) : Relai de l’annonce de la pétition par Thomas Guénolé sur son compte Twitter :

(6)  : Thomas Guénolé a relayé son intervention sur sa page facebook.

 

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A propos de l'auteur :

Passionné de nature, je suis avant tout un "touche à tout". Et c'est ma curiosité insatiable pour ce (et ceux) qui m'entoure(nt) qui m'a amené à rejoindre le Cercle fin 2014. Fan d'art, et en premier lieu de design et d'architecture, dans ma vie personnelle, mes activités au Cercle sont principalement axées sur l'analyse du fonctionnement des médias et de l'information. Convaincu que quel que soit le projet, tout se fait ou rien ne se fait, en fonction de la capacité des hommes (et des femmes !) à se parler et à collaborer, je tâche modestement de poursuivre d’inlassablement ce petit jeu qui consiste à créer du lien. C'est à ce titre que j'occupe au Cercle les rôles d'attaché de presse et de responsable du recrutement.

a écrit 58 articles sur ce site.


18 commentaires

  1. L.Boucher dit :

    Cher Monsieur,
    j’aimerais bien avoir votre définition du mot citoyen. TOUS ces signataires ne sont-ils pas citoyens, ayant donc des droits civils et politiques ?
    Merci.

    • jojo dit :

      citoyen est le contraire de l´oligarchie.

      • L.Boucher dit :

        jojo, désolée mais un citoyen est un individu alors que l’oligarchie est un régime politique. Le «contraire d’oligarchie» n’est pas une définition du mot citoyen.

    • Galil Agar dit :

      Cher Nico Las, média « citoyen », cela signifie-t-il forcément non orienté ? De plus, « les libéraux de centre droit petits bourgeois qui, sous couvert de positions féministes et anti-racistes, d’apparences progressistes, ne remettent nullement en cause les fondements du capitalisme sauvage et ses ravages », ne sont-ils pas eux aussi des citoyens ? Par ailleurs, peut-on les disqualifier en les positionnant au « centre droit », tout en affirmant que le clivage gauche/droite est stérile ? Enfin, le vocable employé dans cette formule (« libéraux », « centre droit », « petits bourgeois », « capitalisme sauvage »), est-il un langage de consensus citoyen ou n’est-il pas justement typiquement un langage de gauche ? Lutter contre « le capitalisme sauvage », cela signifie-t-il qu’il existerait une autre forme de capitalisme, moins « sauvage », contre laquelle il n’y aurait pas besoin de lutter ? Voilà quelques questions que suscite en moi cet article fécond 🙂 .

    • Nico Las (TDH) dit :

      Bonjour L. Boucher, je suis d’accord avec vous, il eut été utile de préciser la définition à donner à un « média citoyen ».

      L’idée maîtresse est d’être un média « par et pour les citoyens », ce qui implique :

      – une participation active et réelle des citoyens.
      => mais ici les socios n’ont même pas de droit de vote en AG

      – une ligne en faveur de l’ensemble des citoyens, c’est à dire à minima des 99%
      (les 100% moins les 1%).
      => Mais s’adresser à 20% de la population amène à en exclure 80%.

    • Sun Tzu dit :

      Oui justement, tous sont des citoyens, c’est pour cela que soutenir un projet politique et idéologique sous prétexte d’«ouvrir des médias citoyens», c’est bof. La majorité du public aujourd’hui, est authentiquement anticapitaliste (pas le trip bio-végan pour se donner bonne conscience en accueillant le Lumpenproletariat des patrons), nationaliste, souverainiste, anti-impérialiste et n’a que peu à faire de l’arnaque du féminisme moderne : cette France-là n’a pas voix au chapitre, pire on pourfend son hérésie, on l’affuble de tous les sobriquets. Donc pourquoi les «médias citoyens» ne devraient-ils représenter que la France Insoumise ?

  2. Enero dit :

    Merci beaucoup pour cet article.

    Le lendemain de cotre publication, Gérard Miller et Sophia Chikirou (qui est apparemment à l’origine de ce Média Citoyen) étaient invités dans Arrêt sur images (https://www.arretsurimages.net/emissions/2017-09-28/Chez-nous-les-journalistes-pourront-dire-pour-qui-ils-votent-id10196)

    Je me permet donc de compléter cet article avec les quelques éléments de réponse que j’ai pu retenir de cette émission.

    Au moment où la remarque leur est faite que les signataires sont majoritairement insoumis, leur réponse est qu’il y a un « initiateur du projet » qui n’est « pas du tout insoumis » et dont le nom est Sébastien Vilgrain. Affirmation étonnante mais pas pour autant contradictoire avec les observations de Nico Las puisque dans le business, un partenaire n’as pas forcément besoin d’être sur la même longueur d’onde idéologique tant qu’il peut être source de profit. Néanmoins ça exclu probablement que sa présence (quand bien même pas insoumis) n’interfère dans la ligne éditoriale du média insoumis (donc qu’il y sois soumis ?).

    Ils affirment ensuite, tout comme Guégnolé dans les propos rapportés dans cet article, qu’ils ne seront pas objectifs et se revendiqueront de ce que Miller appelle une « subjectivité honnête ». Il s’agit, si j’ai bien compris, de traiter l’information de manière partisane mais de le reconnaître et de signaler les différentes subjectivités qui peuvent influencer leur point de vue.

    Enfin, ils justifient l’emploi du mot « citoyen » en en affirmant que les citoyens seront les propriétaires du média par le sociétariat. En somme, un média qui ne serait probablement pas plus « citoyen » que ne l’est un parti politique. Dommage.

    • L.Boucher dit :

      Enero, merci pour le lien. Ce qui s’y dit est très intéressant. Seul petit problème : en cliquant sur ce lien, je n’obtiens qu’un extrait de l’émission et les passages dont vous parlez dans votre commentaire n’y apparaissent pas. Vous serait-il possible de donner le lien pour l’émission complète ? J’aimerais vraiment l’écouter dans son entier ! Merci 🙂

      • Enero dit :

        Le contenu d’@si est payant, j’ai pu voir la vidéo grâce à mon abonnement. Mais je crois que toutes les semaines le site laisse une partie du contenu disponible pour les non-abonnés et il est probable que cette vidéo soit disponible pour la prochaine semaine (j’ai voté pour). Je vous invite à vérifier dans les prochains jours (si elle est disponible en libre accès elle le restera qu’une semaine).

    • Nico Las (TDH) dit :

      Merci Enero pour ces informations.

      Je suis en train de regarder l’émission d’@SI qui sont toujours très intéressantes.

      Cela confirme en tout cas ce que je disais de l’implication forte de Sébastien Vilgrain dans le projet. Implication que mon enquête avait justement identifié.

      Mon article ne critique en rien le lancement de ce média, bien au contraire, mais remet en question son côté citoyen. Etre propriétaire du média (en fait plus précisément, « pouvoir en acheter des parts de propriétés ») ne garanti en rien le côté citoyen.

      Pour 5 euros vous pouvez aussi acheter une part de propriété de TF1.

      Ce qui est problématique, c’est que si j’achète pour 5 euros de part de propriété de TF1, j’aurai un droit de vote à l’AG annuelle. Ce n’est pas le cas pour Le Média dont le collège des socios n’ont pas de droit de vote à l’AG annuelle.

      • Henry dit :

        Bonjour NICO et félicitations en général pour votre travail.

        J’ai pas beaucoup cherché, mais ou avez vous vu que le collège des socios n’avait pas le droit de vote?
        Perso j’ai compris en visionnant la vidéo de lancement qu’ils se montaient en asso 1901 puis que le statut évoluerait probablement vers une SCIC, mais je n’ai pas vu les statuts.

    • Galil Agar dit :

      Pour le coup, Barthès et son équipe posent de bonnes questions, et les réponses s’avèrent partiellement contradictoires. C’est le paradoxe auquel tout média à prétention « alternative » est confronté : 1. Critique de la partialité des médias dominants 2. Contre-pied critique, lui-même forcément orienté, vis-à-vis de ces médias. Il n’y a pas d’information objective, sans biais, parce que nous sommes des sujets finis et subjectifs. Une voie possible pour palier ce biais naturel (et sain) : œuvrer à la diversité des approches et des initiatives issues de médias à prétention alternative. Ceci dit, la promotion télévisuelle de la chaîne est assez conséquente : Quotidien, C à vous, sans compter les articles dans la presse écrite … Mais cela ne remet pas en cause la qualité du contenu que Le Média pourra offrir. A juger sur pièce, donc.

      • L.Boucher dit :

        Curieusement, je n’y ai pas trouvé de paradoxe. Clairement depuis le début il est affirmé que les médias sont tous orientés : ont une « mission ». D’ailleurs, avant même que Le Média ne commence son travail en janvier 2018, d’autres médias posent son existence comme douteuse, suspecte… Si ce n’est pas « subjectif » ça… C’est clairement de la propagande, tout comme Le Média en fera : donner à voir et entendre des points de vue dans le but d’informer sur les différents courants de pensée et sur les actions collectives de gens ordinaires qui ont de belles expériences à partager.
        Personnellement, j’ai très hâte de voir de mes yeux tous ces gens à l’oeuvre.
        Alors, comme vous dites : À juger sur pièce. Et j’ajoute, avec ouverture. 🙂

  3. Turdus merula dit :

    Celui qui paie les musiciens choisit la musique.

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