À Rome les urnes, par la grâce de Jupiter, ressuscitent le socialisme national italien

Beppe, de son vrai nom Giuseppe Piero Grillo un inconnu populiste italien, fait la « une » des journaux en Europe en donnant à son Mouvement cinq étoiles ( M5S) aux dernières élections législatives italiennes 108 sièges à la Chambre des députés et 54 au Sénat. Ce blogueur, humoriste et acteur devance l’ex-commissaire européen Mario Monti en recueillant près de 26,5% des suffrages et devient ainsi le premier parti en Italie (les coalitions Bersani et Berlusconi comptant chacune 4 ou 5 partis).
Ce nouveau paysage politique met l’Italie devant un « imbroglio exécutif » posant ainsi la problématique de la gouvernabilité de la péninsule. Aucune majorité véritable n’est sortie des urnes avec pour corollaire une plausible instabilité gouvernementale de plus en plus menaçante pour l’avenir du pays.

De prime abord, la lecture de ces résultats montre le « ras-le-bol » les électeurs, trouvant que les politiciens étouffent les sujets primordiaux. Favorisant l’assistanat, ces derniers prônent un libéralisme inhumain implacable pour les citoyens à la place d’un protectionnisme européen les protégeant. Les électeurs se sont éloignés des figures politiques connues qui semblent se confondre avec l’Etat et se sont rapprochés des candidats n’utilisent pas des concepts creux.  « Un électeurs sur quatre se défie des élites (…) et préfère des véritables personnalités dont sont supposées garanties les compétences circonscrites, les savoir-faire précis, le refus des phrases creuses. » (2) Les italiens, essentiellement les jeunes, ont exprimé la volonté d’en finir avec un système politique qui, pour eux, n’est qu’une manière de répartir les privilèges et les postes.

A travers ces résultats, nous pouvons souligner aussi le désarroi et la détresse des européens. Inquiets pour leur avenir devant la crise, ils semblent remettre en cause une construction européenne mortifère, ne protégeant pas les citoyens mais servant les meilleurs intérêts du capital. Une construction rimant avec « Europe élargie » impliquant une perte d’autorité face à la Chine, l’Inde ou encore le Brésil.

Devenant un acteur incontournable avec lequel il faudra compter sur la scène politique italienne, « Grillo va jouer un rôle décisif. Il doit décider s’il va conclure un accord limité avec la gauche ou alors militer encore pour de nouvelles élections » souligne Roberto D’Alimonté, professeur de sciences politiques à l’université romane Luiss.« Il a tous les atouts de son jeu » conclut ce dernier (3).

Ratissant large, Beppe Grillo s’adresse dans ses discours à l’ensemble des électeurs en général, mais aussi à ses militants anti-libéralisme, à ceux qui se considèrent comme nationalistes.

Ses principales revendications peuvent être résumée ainsi :

A l’adresse de l’ensemble des électeurs, Beppe Grillo promet :

1- la diminution des coûts de la vie politique et l’abolition du financement des partis politiques, l’abolition des départements et le regroupement des communes pour une démocratie directe. Les citoyens pouvant participer via internet aux débats publics et à l’élaboration des lois.

2- la lutte contre la corruption, l’interdiction aux citoyens condamnés de se présenter aux élections. Respectant ce point, il n’a pas été lui-même candidat, car jugé dans un accident de la route.

3- la moralisation de la vie politique. Un élu ne doit pas faire plus de deux mandats et ne doit pas exercer une autre activité pour éviter tout conflit d’intérêts.

Aux militants de la gauche, Beppe Grillo développe les thèmes suivants :

1- la gauche rénovée : la défense de l’environnement, la lutte contre le fast-food, la défense d’une croissance tirée par un développement durable.

2- gauche classique : la réduction de la semaine de travail à 20 heures et la revalorisation du salaire minimum.

Pour les militants classés par les médias à l’extrême droite, Beppe Grillo promet une lutte contre l’immigration et un durcissement des conditions d’accès à la nationalité pour les étrangers.

Son blog, classé 9éme meilleur blog au monde et suivi par 700.000 comptes sur Twitter selon le quotidien britannique The Guardian, est révélateur de cet engouement pour un personnage insufflant un vent nouveau sur la scène politique.

Au lendemain des résultats, l’Europe se réveille avec la gueule de bois tel un adolescent qui se saoule pour la première fois. Les diplomates européens redoutent l’impasse politique en Italie qui se traduirait par un ralentissement de l’assainissement budgétaire. Didier Reynders, le vice-premier ministre belge écarte, par un euphémisme douteux, un danger immédiat sur l’euro : « Mais, pour l’Italie, si un temps d’arrêt devait survenir sur l’évolution positive engagée par Mario Monti, cela s’avérera très dangereux pour les marchés financiers » (4).

Les marchés financiers frissonnent dans toute la zone euro car Grillo envisage un referendum pour la sortie de la zone euro. L’instabilité politique de la troisième puissance économique européenne pourrait enfoncer encore l’UE dans la crise financière. Les plans comportant des coupes budgétaires ont, nul doute, poussé les Italiens à voter contre l’austérité et par conséquent contre l’assainissement budgétaire imposé par Bruxelles. Ils considèrent que cette dernière porte la responsabilité de leurs difficultés. « Les résultats sont bien plus compliqués (..) et montre la popularité du mécontentement envers l’austérité » déclara Mme Paluch, analyste chez Gekko Markets (5).

André Frossard avait pu dire que « la maladie la plus répandue chez les hommes politiques est l’amnésie ». (6). Cette réflexion s’applique parfaitement aux dirigeants européens. L’Europe ignore l’histoire même la plus récente et reproduit les mêmes causes ayant favorisé la montée de l’extrême droite durant le XXème siècle.
Treize années auparavant, le paysage politique européen commençait à donner des signes d’inquiétude pour l’Union européenne.
En 1999 aux élections législatives en Autriche, un parti d’extrême droite devenait la deuxième force politique du pays en obtenant 27% des suffrages. Pendant sa campagne électorale, Jorg Haider, le leader de ce parti (FPO) nationaliste ne cessait de développer un discours sur « le protectionnisme, la lutte contre l’islamisation du pays, les mesures de protection sociale et l’abolition de la loi interdisant la création de partis nazi » (7).

Plus grave encore, cette idéologie s’étend en Suisse, en Hongrie, en France et en Italie. L’extrême droite est surtout soutenue par les jeunes n’ayant pas connu la deuxième guerre mondiale et la période sombre qui a suivi.

Et Beppe Grillo de conclure en répondant à tous ses détracteurs :

« Au lieu de me diaboliser, les partis politiques doivent me remercier d’occuper un espace vide qui pourrait être pris par les fascistes comme en Grèce et là, ça serait la catastrophe » (8).


Référence :
1- Jorg Haider, né le 26 janvier 1950 en Haute Autriche est un homme politique Autrichien, membre dirigeant du Parti autrichien de la liberté (FPO) de 1977à 2005 et président fondateur de l’Alliance pour l’avenir de l’Autriche (BZO) de 2005 à 2008. Ces deux partis sont populistes et nationaliste, situés à l’extrême droite.
2- Les Échos du 1 mars 2013, Roger-Pol Droit.
3- Le point.fr du 26 février 2103.
4- La libre.be du 26 février 2013
5- Idem.
6- André Frossard, né le 14 janvier 1951 à Colombier – Châtelot (Doubs), mort le 2 février 1955 à Versailles est journaliste, essayiste et académicien Français
7- Geopolis : les enjeux de la vie internationale du 23 aout 2012.
8- Marianne du 25 février 2013.

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