Du feu qui consume les peuples européens (2/6) : Grèce et Portugal

Voici la suite de notre série « Du feu qui consume les peuples européens », dans laquelle nous tentons de récapituler la situation actuelle des pays persécutés par la Troïka. Aujourd’hui, cette série nous mène à la fois sur les bords de la méditerranée orientale chez nos amis grecque, ainsi que sur les bords de l’océan atlantique, au Portugal, au bout de l’Europe. En route pour le grand écart !

La situation en Grèce

En ce qui concerne l’actualité grecque de fin 2012, nous vous renvoyons vers l’interview de Pierre Jovanovic que le Cercle des volontaires a effectué en décembre dernier, à l’occasion de son retour d’Athènes.

Rappelons que Loukás Papadímos fût nommé à la place de Papandréou suite à sa démission forcée. Rappelons également que le 11 octobre 2011, le « diable » de Papandréou avait eu l’outrecuidance de vouloir demander au peuple grecque, par biais de référendum, si celui-ci était d’accord avec le « plan de sauvetage » proposé par la Troïka. Horreur dans les couloirs de Bruxelles ! Comment ? Un procédé démocratique ?! Ô Infamie ! Car oui, il était certain que les grecques auraient répondu largement défavorablement à une telle question. Et si les grecques n’allaient pas payer la crise, qui l’aurait fait ? Une telle extrémité aurait été fort gênante pour l’UE, qui à préféré faire pression sur le gouvernement et placer Loukás Papadímos, ancien vice-président de la BCE (Banque Centrale Européenne) afin de s’assurer que la saignée du peuple grecque allait continuer selon le plan de nos oligarques… Et elle continua !

Amusant de rappeler que la Grèce est parvenue à rentrer dans la zone euro grâce à un trucage de compte mis en place par… Goldman Sachs ! Habile manœuvre, diront certains cyniques. Pour voir la vidéo explicative de ce trucage, cliquez ici.

Un manifestant devant le Parlement grec à Athènes. (Reuters)

Juste avant de revenir sur l’actualité grecque de 2013, je souhaiterais vous faire partager ce lien vers le site d’Euronews qui répertorie tous les reportages fait par cette même chaîne sur toutes les manifestations, grèves, accord gouvernementaux, etc depuis fin 2011. Je les ai compté : il y en a… 99 !!! Et parmi ceux-ci, certains touchant à l’actualité grecque : le projet de vente de la banque nationale grecque ou encore les multiples ventes et locations d’îles grecques dans la méditerranée, au profit d’investisseurs étrangers qui ont pour projet, entre autres, de faire de ces îles de gigantesque complexes hôteliers, ou tout simplement pour le petit plaisir de quelques riches personnes au melon certain.

C’est un pillage à ciel ouvert qui s’opère en Grèce. Tout est bon pour renflouer une dette qui ne le sera jamais de toute évidence !

Au niveau social, nous sommes très loin d’un retour au calme, selon l’analyse de Leonidas Chrysanthopoulos dans Le Monde :

« Ancien haut niveau grecque diplomate Leonidas Chrysanthopoulos dit New Statesmandu Royaume-Uni la semaine dernière que des discussions avaient eu lieu entre les hauts responsables politiques grecs et des forces armées sur la réponse de l’armée à ce Chrysanthopoulos décrit comme une «explosion de troubles sociaux » devrait avoir lieu « très bientôt ».

Chrysanthopoulos dit que, dans les prochains mois, « il y aura de nouvelles hausses des actions armées. Il y aura des manifestations sanglantes ».

Son constat contredit celui d’un de nos Volontaires (qui a tenu à rester anonyme) présent sur le territoire grecque. Sur le sujet des manifestations, voici son témoignage:

« De même, j’ai de gros doutes sur les manifestations sanglantes à suivre. Les choses sont beaucoup plus calmes que l’année dernière, et si la troïka s’y prend petit à petit, il y a peu de chances que le peuple se réveille ».

Une autre citation vient contredire le témoignage de notre Volontaire et appuyer celle de Leonidas Chrysanthopoulos, en la personne de Salim Laïbi (alias le libre penseur) dans son ouvrage « La faillite du monde moderne« . Extrait : « Pour une fois le peuple grec réagit bien, la grève générale est suivie dans tout le pays, tant dans le secteur public que privé. On voit même dans le zapping télé, un Grec appeler à prendre les armes contre le népotisme du gouvernement et des députés ! Le pays est bloqué mais ses dirigeants corrompus continuent à travailler inlassablement pour mettre le pays en coupes réglées, en votant des lois engageant par la même le peuple, contre sa volonté. Des manifestants crient à la corruption, à la trahison et au clientélisme ; pourvu qu’ils tiennent et s’organisent sans se faire infiltrer » (extrait de la page 77).

Chacun se fera sa propre opinion. En attendant, affaire à suivre….

La situation au Portugal

En guise d’introduction, nous vous conseillons la lecture de notre précédent article sur la situation du Portugal vers la fin 2012.

Cette fois-ci les portugais ont décidé de passer aux choses sérieuses : Avec le soutien de la police et de l’armée (laissant au passage un goût de nostalgie de la révolution des œillets du 25 avril 1975), ce sont des marrées humaines qui ont déferlé dans les rues du Portugal ces dernières semaines. Ouvriers, policiers, fonctionnaires tous sont unis dans les cortèges par les mêmes causes. Quelles sont-elles ? Des coupes budgétaires asphyxiantes, un chômage en hausse constante depuis plusieurs mois, une dette exponentielle et un gouvernement qui plie face aux exigences de Babylone Bruxelles. Bref, le cocktail explosif habituel.

« Le Portugal a traversé en 2012 la récession la plus grave depuis 1975. En fin d’année dernière, le taux de chômage a atteint un taux record de 16,9% » (REUTERS /Jose Manuel Ribeiro. Source : L’express).

Récession tellement grave, qu’à l’instar de la Grèce, le Portugal vient de mettre en vente ses services publics ! Unique moyen trouvé par nos technocrates européens pour trouver des liquidités pour le remboursement d’une dette à la croissance toujours plus exponentielle …

Et la réponse du peuple portugais ne s’est pas fait attendre ! Puisque des centaines de milliers de portugais – soit un dixième de la population (!!!) d’un pays qui en compte un peu plus de 10 millions – sont descendus dans les rues du pays, le samedi 2 Mars, pour protester contre les multiples coupes et privatisations.

Affiche appelant à la manifestation du Samedi 2 Mars

« Tous les médias du pays ont dû se rendre à l’évidence : cette journée de manifestations a été l’une des plus massives qu’a connues le Portugal ces dernières années. Certains journalistes parmi les moins progressistes y voient même l’expression d’une colère sociale grandissante dans un pays qui a vu son activité économique chuter de 3,2 % en 2012 après une récession de 1,6 % en 2011. Le taux de chômage a atteint quant à lui 16,9 % de la population active. Et c’est au moment où le marché de l’emploi connaît les pires difficultés que le gouvernement multiplie les mesures d’austérité imposées par la troïka »  (Source : Agoravox).

Il est intéressant de voir comment certains citoyens européens résistent face à une politique qu’ils n’ont évidemment pas décidée. Peut-être que l’exemple de ce chômeur portugais finira par donner des idées à d’autres, puisqu’en guise de protestation – mais aussi tout simplement pour pouvoir continuer de se nourrir… – Alcides Santos a décidé de ne plus payer d’impôt ! :

« Il accuse le gouvernement portugais de mener une politique de “promotion du chômage”. »

Radical ! Mais peut-être sera-t-il d’avantage écouté (forcement, quand on touche au porte-monnaie…) ? D’un autre côté, nous avons le conseil constitutionnel portugais qui s’oppose aux coupes budgétaires du gouvernement. Lui en revanche est écouté, c’est une certitude ! Puisqu’il vient de supprimer quatre des neufs programmes de coupes budgétaires :

« La réduction des pensions de retraite, la suppression d’un des deux mois additionnels du traitement des fonctionnaires et des coupes dans l’assurance maladie et l’assurance chômage ont donc été déclarées non conformes à la constitution du pays. Du coup, le premier ministre doit trouver 5,3 milliards d’économies nouvelles sur 3 ans ».

Je lance un appel au premier ministre portugais Pedro Passos Coelho : entre nous, ça ne vous dirait pas d’aller piocher dans les poches des banksters de l’Euro-zone, ou dans celle des plus grands industriels ? Je suis sûr que le Portugal vous en serrait éternellement reconnaissant et que vous graverez, par la même occasion, votre nom dans la riche histoire du Portugal. Inutile de copier Manuel Barroso, vous savez, ce n’est pas vraiment un exemple pour nous, ici bas… Non ça ne vous dis rien ? Peut-être ai-je surestimer votre courage et votre logique d’esprit. C’est fort dommage…

Mais comprend-il seulement le français… Bref ! Je m’emporte 🙂

Tout comme chez nos amis grecs, le Portugal est à vendre ! C’est la grande braderie européenne, il y a des affaires à faire et des bénéfices juteux à la clé ! Avis aux amateurs.

Ce sont des exemples probants de peuples et de pays qui ne vont pas se laisser piller et détruire aussi facilement ! Le schéma semble clair : la chute des nations de l’Europe au bénéfice d’un groupe de technocrate sans scrupule et sans légitimité, ou la révolte des nations. Il n’y aura pas d’alternative hélas…

 

Dans le prochain numéro nous évoquerons les situations de l’Italie et son blocage politique, et de l’Espagne avec la menace de coup d’état des militaires à l’encontre du gouvernement espagnol !

 

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