Pour quoi allons nous passer dorénavant ?

La France a derrière elle une longue tradition diplomatique. Parmi les grands noms nous pensons forcément à  Charles-Maurice de Talleyrand,  François-René Chateaubriand, Pierre Mendès-France, ou Hubert Védrine. Soyons bons joueurs pour les souverainistes : Dominique de Villepin. Ce poste requiert une personne qui a de la classe, une bonne élocution (avec si possible des prédispositions à être fin lettré), une compréhension des enjeux internationaux et des connaissances approfondies sur les populations de ce monde. Hélas, la dernière quinzaine d’années aura été marquée par des « nominations discutables » ( Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, et actuellement Laurent Fabius)

Et cette bourde n’est pas là pour améliorer la note.

L’ennemi numéro un des USA est pire qu’un terroriste armé jusqu’aux dents et tanké comme un Rambo. Il s’agit d’un geek chétif tout intimidé derrière sa paire de lunettes. Alors c’est normal qu’on lance après lui toutes les polices du monde. Rien de mieux pour célébrer le cent-trentième anniversaire de Franz Kafka. Et pour lui rendre hommage, on a fait arrêter le deux juillet au soir, dans l’aéroport de Vienne, un avion soupçonné de transporter Edward Snowden qui fait les frais des deux minutes de la haine sur les réseaux sociaux américains.

Snowden, l’homme le plus dangereux du monde.

Tout d’abord le Portugal a refusé une escale technique, puis la France, l’Italie, et l’Espagne en ont fait de même pour le survol de leurs territoires respectifs. Motif : des suspicions qu’Edward Snowden soit à l’intérieur. Toutefois, le rôle de Joseph K ne sera pas joué sous les traits d’Edward Snowden. Ce sera à Evo Morales de l’endosser. Ainsi, un pays aura été privé de son chef d’état pendant approximativement 13 heures. Evo Morales verra des policiers autrichiens investir son avion pour procéder à une fouille minutieuse, traitement plutôt réservé au baron d’un cartel dont l’appareil dissimule une cargaison importante qu’au chef d’un état où le PIB s’élève à moins de 25 milliards de dollars. Un chef d’état qui a livré une guerre aux propriétaires terriens de son pays afin de lutter contre les inégalités. Un homme qui a fait élire une assemblée constituante, qui met en avant l’alphabétisation de son pays, qui a réduit son salaire, et qui cherche un moyen pour solutionner les problèmes de mortalité infantile…

Finalement, apprenant après toutes ces heures que c’était son homologue Bolivien qui se trouvait dans l’avion, notre « bien-aimé président » autorisera le survol du territoire – François Hollande prétextera avoir eu vent d’informations contradictoires. Les autres feront de même.

Seulement, une bourde c’est une bourde. Et le sentiment en Bolivie, voire en Amérique du Sud (notamment via Christina Kirchner), c’est de s’être fait cracher à la figure. C’est d’être pris pour des idiots. Devant l’ambassade française, des protestataires sont venus brûler des drapeaux tricolores en lançant des « France fasciste ». Cette « bourde » intervient alors que les pays d’Amérique du Sud comptent se distancer de l’Oncle Sam en renforçant leurs coopérations régionales. Lors des dernières décennies, ce sont les chefs d’état les plus hostiles aux USA qui ont marqué la politique sud-américaine ( Chavez, Morales, Bachelet, Kirchner, Correa, Ortega…). Forcément, après avoir mangé du dictateur fascisant made in CIA, on les comprend ! Dans ce jeu, seul le Mexique semble encore croire à la tutelle Étasunienne.

1) La procédure prévaut sur le relationnel : logique américaine en vigueur bien avant que George W. Bush ait lancé sa guerre du Bien contre le Mal ; ce qui est contraire à l’approche française, qui cherche traditionnellement à mettre les interlocuteurs au même niveau.

2)  Message subliminal de l’Axe Atlantiste à destinations des « petits pays » : vous voyez, il suffit d’un ordre pour qu’on vous fragilise. Et peu importe s’il faut piétiner des accords diplomatiques selon lesquels un avion ou une résidence, où se trouve le représentant d’un état, est considéré comme partie intégrante de la nation concernée.

Au Parti de Gauche et au Front National, les critiques acerbes fusent et s’accordent à dire d’une même voix que « la France est vassalisée par les USA ». Notre actuel Ministre des Affaires Étrangères gère son portefeuille comme s’il avait celui de Bercy entre les mains, probablement parce que ses supérieurs hiérarchiques ne voulaient pas entendre les observations d’un économiste en temps de crise. Malheureusement, l’esprit d’un économiste diffère de celui d’un diplomate – en témoigne sa gestion du dossier syrien où il s’est clairement engagé du côté des « Gentils Rebelles » . Naturellement, suite aux révélations d’Edward Snowden, qui confirme ce que la moitié de la planète osait à peine penser tout bas, il va de soi qu’on choisisse le camp du pays observateur…

Comme il fallait se ranger jadis aux côtés d’un certain pays envahisseur. Un Reich de mille ans, ou bien un Marché Transatlantique, c’est porteur d’avenir n’est-ce-pas?


Question : pourquoi n’interdisons-nous pas le survol de nos territoires au Roi Abdallah et à l’Emir du Qatar ?

 

A propos de l'auteur :

Habite dans le sud-est de la France depuis mes 5 ans. Je suis passé par différentes branches de métiers ( transport-logistique, action sociale) pour échouer dans l'hôtellerie de luxe, parle correctement l'anglais, baragouine l'Allemand, et je suis intéressé par tout. Je cherche toujours a être disponible pour mon prochain, et ne suis encarté dans aucune des formations politiques qui confinent aux clivages via leurs logiques binaires. La normalité pathologique me dégoûte, tout autant que le superficiel ou la très haute estime de soi.

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5 commentaires

  1. Valls contre l’asile politique d’Edward Snowden en France car « les Etats-Unis sont nos amis »

    http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/valls-contre-l-asile-politique-d-39829

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